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Rencontre avec une étudiante de l'Université

Maëlle Leguay, gagnante du concours d’éloquence Oratio 2023

Étudiante en Master 2 droit international et européen

"Il faut beaucoup travailler le texte que l'on écrit. Un concours d’éloquence, ce n'est pas juste une prestation orale, c'est aussi une prestation d’écriture."

  • Bonjour Maëlle, pouvez-vous présenter ?

Je m’appelle Maëlle Leguay, j’ai 22 ans, je suis actuellement en Master 2 de droit international et européen. Je viens de rentrer de mon séjour à Oslo où j’étais en mobilité internationale. Si j’ai fait du droit c’est parce qu’à base, je voulais être artiste, mais également activiste en travaillant dans des instances comme l’ONU ou au sein d’ONG. L’art, c’est clairement ce qui peut, à un moment donné, sauver le monde. Un artiste a clairement une voix que nous, personnes lambda, nous n’allons pas nécessairement avoir.

À l’Université, je suis adhérente à la Corpo Pasteur et j’ai été chargée de mission défense des droits. Je devais m’entretenir avec les institutions pour aider les étudiants qui pouvaient avoir des problèmes au niveau de leur situation personnelle.

 

  • L’an dernier vous avez remporté le concours d’éloquence Oratio organisé au sein de l’URN par la Corpo Pasteur. Pouvez-vous nous parler de cet événement ?

Ce concours m’a aidé à me construire. J’y avais déjà participé l’année précédente, quand j’étais en L3 et j’avais été éliminée par le gagnant. Or je suis une personne très résiliente. Je n’aime pas ne pas aller au bout des choses. Je ne me suis pas laissée abattre et je l’ai retenté l’année dernière. Je suis quelqu’un de nature stressée, mais quand je fais du théâtre, de la musique, ou de l’art en général, c’est du stress positif. Cela m’a fait le même effet avec le concours d’éloquence Oratio.

C’est une expérience qui est vraiment dingue. C’est à la fois une expérience orale parce que c’est un concours d’éloquence, mais c’est aussi une expérience écrite qui est clairement géniale parce qu’on doit réfléchir à des thématiques et défendre des thèses auxquelles on ne croit pas forcément. Et parfois, on arrive même à se dire « oui, j’ai raison en fait », parce qu’on cherche toutes les failles possibles du sujet pour tomber en accord avec la décision.

 

  • Comment se déroule-t-il ?

Au début, il y a des séances de qualifications avec des joutes de quatre minutes qui peuvent être préparées 48 heures à l’avance. Ce sont souvent des sujets humoristiques et moins sérieux que ceux qu’il va y avoir pour la suite de la compétition. En fonction de notre performance, nous obtenons un score qui nous permet ensuite de nous qualifier pour les 1/8 de finale.  À partir de là, on passe sur quatre minutes de plaidoirie préparée et une contre-plaidoirie de deux minutes qui est complètement improvisée suite à la joute de notre contradicteur. À partir de ce moment, c’est de l’élimination directe. Pour la finale, il y a 20 minutes de plaidoirie et 10 minutes de contre-plaidoirie. Un jury est là pour juger la personne la plus convaincante.

 

  • Comment vous étiez-vous préparée ?

Il y a un film, Le Brio, avec Daniel Auteuil et Camélia Jordana, qui m’a aidé parce que j’étais très stressée. Les vidéos de Bertrand Périer, un avocat, m’ont également aidé au niveau de l’art oratoire. Je suis également une très grosse lectrice, j’ai donc beaucoup lu sur le sujet. Je voulais avoir de nombreuses références culturelles dans mon escarcelle car le jury est composé de personnalités parfois bien différentes. Je préparais mes textes en amont. Je pense que nous avons tous une manière différente de préparer nos textes. Moi, je vais avoir tendance à écrire tout mon texte, le préparer pour qu’il n’y ait aucune faille dans celui-ci, quitte à l’apprendre par cœur. Enfin quand je dis par cœur ce n’est pas de manière robotique et mécanique, mais en sachant exactement à quel moment je vais devoir dire telle ou telle chose. À côté de cela, d’autres vont uniquement mettre quelques tirets, mais ce n’était pas la manière qui fonctionnait avec moi.

 

  • Est-ce que cette victoire vous a apporté quelque chose de nouveau ? Sur le plan personnel ? Professionnel ?

Bien sûr ! J’avais clairement un syndrome de l’imposteur suite à ma sélection en Master. Cela fait cinq ans que je fais des études de droit, et depuis la première année, je me remets en question constamment par rapport à ce choix d’études. Ce sont des études qui sont vraiment très difficiles, même d’un point de vue psychologique. Or ce concours a appuyé ma légitimité d’être recrutée en Master, par exemple auprès de ma directrice de Master, qui a eu cette gentillesse de m’accepter dans sa formation. Cela m’a permis de gagner une certaine confiance et une légitimité que je n’avais pas nécessairement. D’autant plus qu’au vu de ce que je veux faire plus tard, cela aide de prendre part à un concours d’éloquence, qu’on le remporte ou non. Cela permet de créer des contacts. Rien que de participer, je trouve que c’est déjà énorme comme exploit. Donc oui, cela m’a clairement aidé dans ma construction personnelle.

 

  • Qu’auriez-vous envie de dire aux concurrents de cette année ?

Si Oratio est connu pour mettre de l’humour dans les joutes de qualification, il faut avoir en tête que ce n’est pas nécessairement la clé au niveau du concours d’éloquence. Il faut beaucoup travailler le texte que l’on écrit. Un concours d’éloquence, ce n’est pas juste une prestation orale, c’est aussi une prestation d’écriture.

Et une autre chose, apprenez aussi à jouer avec les silences. On l’oublie souvent, mais jouer des silences, c’est une pièce maîtresse du concours d’éloquence. Quand on sait où mettre les silences, alors notre argumentaire va avoir d’autant plus d’impact.

Vous voulez assister à la finale ?

Rendez-vous au Palais de justice de Rouen, le samedi 23 mars, de 9h à 13h.