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Paris 2024 – Histoire olympique

Qu’on soit un grand passionné de sport ou un consommateur occasionnel, on a tous de belles images sportives et olympiques qu’on gardera toujours en tête et qui auront marqué le monde. Tommy Smith et John Carlos sur le podium du 200m des JO de Tokyo 1968, le 100 m d’Usain Bolt à Pékin et son record du monde en 9.58, Teddy Riner et David Douillet devenant doubles champions olympiques de judo, Michael Phelps décrochant son 23e titre olympique, Serena et Venus Williams se sautant dans les bras pour célébrer leur médaille d’or, Bob Beamon s’élevant plus haut et plus que loin que tout le monde pour devenir champion olympique de saut en longueur, Jeannie Longo levant enfin les bras à 38 ans aux JO d’Atlanta, Jesse Owens écrasant l’Allemagne nazie à Berlin en 1936, Nadia Comaneci réussissant des prouesses techniques aux JO de Montréal 1976… Mais les Jeux Olympiques, ce sont aussi des images incongrues comme l’Equatoguinéen Eric Moussambani nageant seul dans la piscine à Sydney 2000, les larmes de Derek Redmond soutenu par son père après sa blessure en demi-finale du 400 m au JO de Barcelone 1992 ou encore les deux Corées défilant ensemble lors de la cérémonie d’ouverture en 2000 à Sydney.
Tous ces moments, mais aussi ceux plus dramatiques liés à la géopolitique comme les nombreux boycotts, l’attentat à Atlanta en 1996 et évidemment l’attaque sur la délégation israélienne à Munich 1972, font partie de la grande histoire des Jeux Olympiques.

 

Les prochaines lignes de cette belle et grande histoire olympique s’écriront dans un an et demi du côté de Paris. Voir les JO se tenir sur son territoire national, c’est une chance pour les sportifs, pour les supporters, mais aussi pour une multitude d’acteurs locaux dont l’université de Rouen Normandie fait partie. Plusieurs chercheurs travaillent sur la thématique olympique, des spectacles s’approprient le sujet, des étudiants vont s’investir dans l’événement. C’est la raison pour laquelle, le site Internet de l’université de Rouen Normandie s’apprête à faire une série d’articles sur la thématique de Paris 2024 à l’URN.

De l'amateurisme à la commercialisation

Pour débuter, Daphné Bolz, professeure des universités en STAPS à l’université de Rouen Normandie, spécialiste de l’histoire du sport et membre du laboratoire CETAPS, évoque la plus grande compétition sportive du monde, son histoire et se projette sur 2024.

En avril 1896, sont organisés les premiers Jeux Olympiques de l’ère moderne. Depuis, si l’on excepte les périodes de guerres mondiales, la compétition se tient tous les quatre ans. Au fil du temps, de petit événement amateur, on est passé à l’un des deux plus grands événements de la planète. « L’histoire du mouvement olympique, débute en 1896, mais on peut parler des JO organisés à Paris en 1900. Ces premiers Jeux parisiens sont finalement assez modestes, noyés dans le contexte de l’organisation de l’exposition universelle », explique Daphné Bolz. « Pour continuer sur l’exemple parisien, en 1924, le sport est de mieux en mieux organisé. Le mouvement olympique va vraiment décoller après la Première Guerre mondiale. En raison du contexte international, avec par exemple le nazisme en Allemagne, il va y avoir un investissement politique du sport. À partir de là, les grands événements sportifs vont être de plus en plus importants. Cette tendance va se renforcer après la Seconde Guerre mondiale dans le cadre de la guerre froide, avec la concurrence entre l’URSS et les Etats-Unis, entre le bloc de l’Est et le bloc de l’Ouest. La concurrence sportive prend ici la place du combat militaire. À partir des années 80, on assiste à une commercialisation de plus en plus poussée non seulement du sport, mais surtout du mouvement olympique, ce qui est un revirement à 180 degrés des valeurs olympiques. Celles-ci sont fondés sur l’amateurisme, mais finalement, le sport de haut niveau, le sport commercial va devenir dominant dans le mouvement olympique. Ce dernier a besoin de ces revenus et c’est pour ça qu’il accepte ce changement idéologique. Cela va conduire à des organisations assez gigantesques des Jeux olympiques. Une course vers le toujours plus vite, plus haut, plus fort (ndlr : la devise olympique), mais version commerciale. Et depuis une vingtaine d’années, depuis les JO de Sydney, il y a de nouveaux enjeux qui monopolisent le mouvement olympique et notamment l’écologie qui entre officiellement dans les préoccupations olympiques ».

Des préoccupations olympiques qui sont multiples et souvent liées à l’actualité. En effet, comme tous grands événements, les JO doivent faire face aux critiques de leur temps. « Le mouvement olympique a réussi à s’adapter constamment. Il a toujours été critiqué, mais il cherche à s’adapter au monde actuel car il rencontre les mêmes problèmes que toute autre grande organisation sportive. Il y a les problèmes des droits de l’homme, de l’environnement, etc. C’est une organisation culturelle et par définition, elle se doit d’affronter les problématiques internationales inhérentes à tous les grands évènements », continue la professeure des universités.

La France, terre olympique

Dans un an, les Jeux Olympiques d’été reviennent à Paris, 100 ans après leur dernière venue. « La France est un des pays pionniers dans l’organisation sportive. Il y a de nombreuses fédérations, notamment internationales, qui ont leur siège à Paris dès la fin du XIXᵉ siècle. Donc il y a une sorte de tradition de l’organisation du sport en France, ce qui explique la tenue en 1900 et en 1924 des Jeux Olympiques à Paris », reprend Daphné Bolz. « Ensuite il y a la politique de Charles de Gaulle à partir de 1958. C’est une véritable politique sportive, dynamique, qui vise aussi à placer la France sur la scène internationale sportive dans un contexte de guerre froide. Il souhaite une France qui ne serait ni du côté des Soviétiques, ni du côté des Américains. La politique sportive de De Gaulle vise très clairement l’amélioration des performances. D’où aussi l’importance des Jeux d’hiver de Grenoble qui s’inscrivent dans cette politique-là. »

La politique, c’est justement l’un des aspects essentiels de toute organisation d’un grand événement sportif comme l’explique l’enseignante-chercheuse. « À l’heure actuelle, l’objectif est toujours le rayonnement de la France. Je pense que pour les politiques français, ce qui est important en 2024 c’est l’organisation des Jeux Olympiques. Ce n’est pas tant la pratique sportive, mais tout ce que les JO représentent, c’est à dire une France dynamique, une France capable d’organiser un événement spectaculaire. C’est une vitrine politique et diplomatique d’abord, et culturelle et sportive dans un second temps ».

Des JO à la sauce normande ?

On l’entend souvent, si les Jeux Olympiques sont attribués à une ville, ils sont en réalité ceux de tout un pays. En 2024, c’est donc la France qui accueillera le monde. Et la Normandie en profitera sûrement un peu. « La Normandie a une histoire sportive qui est très intéressante et qui commence dès Pierre de Coubertin qui était normand de par sa mère. Finalement, l’enjeu de ces Jeux Olympiques de Paris est de se réveiller un peu cette histoire et de la valoriser. Paris 2024 est une bonne excuse pour réfléchir sur le sport de manière générale, mais aussi sur l’apport de chaque région et notamment de la Normandie au sport français, voire international », poursuit Daphné Bolz. « À l’université de Rouen Normandie, et notamment au CETAPS, nous sommes plusieurs enseignants-chercheurs à travailler depuis très longtemps sur l’olympisme, sur son histoire, sur des disciplines spécifiques, sur les performances sportives, ou encore sur le management. Il y a tout un pôle de recherche au CETAPS ».

 

Les Jeux Olympiques, un rêve pour beaucoup de spectateurs

On l’a vu récemment avec la Coupe du Monde de la FIFA 2022 au Qatar, malgré les critiques que les grandes compétitions sportives essuient constamment, le sport continue de faire rêver et d’intéresser les spectateurs. Les Jeux Olympiques ne sont pas en reste. « Je vois deux raisons au fait que les JO continuent de faire rêver. D’une part, c’est tout simplement la plus grande compétition sportive au monde. Il y a toutes les disciplines sportives. Ce sont deux semaines de sport de très haut niveau, avec des performances fascinantes et toutes les histoires qui en découlent. Les journalistes arrivent à nous présenter les athlètes et à nous faire vivre leur vie. Ils la mettent en scène et c’est très plaisant à suivre. Le second aspect qui est aussi important, c’est celui des valeurs que veulent transmettre les Jeux Olympiques qui sont définis par l’histoire du mouvement olympique. On remonte évidemment aux principes qui ont été posés par Pierre de Coubertin, et ce sont des belles valeurs de partage, de fraternité. Donc, même si on consomme du sport de haut niveau, si on consomme à côté des gadgets, des chaînes de télévision,… le spectateur n’a pas mauvaise conscience parce que finalement il fait ça pour adhérer à des valeurs qui lui sont chères. C’est pour ça que les Jeux olympiques sont aussi un peu un rêve, une bulle de fraternité, une bulle où les conflits politiques n’ont théoriquement pas lieu d’être. Ce sont nos rêves qui arrivent sur Terre. Mais évidemment, il est important aussi d’avoir un regard critique et de se rendre compte que ce n’est pas non plus une planète absolument idéale », conclut Daphné Bolz.

Dernière mise à jour : 16/01/23

Date de publication : 12/01/23