Renforcer les compétences TEDS des enseignants du supérieur
Dans le monde universitaire, il y a parfois des sujets qui font consensus. C’est notamment le cas des travaux du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui évalue l’état des connaissances scientifiques, techniques et socio-économiques relatives au changement climatique. La constatation est simple : le réchauffement climatique est d’origine humaine et il s’accélère à un rythme sans précédent. Face à ce sujet de société, il est encore temps de trouver des solutions. Mais pour cela, nous devons tous être mieux formés et mieux informés. C’est la raison pour laquelle l’État et le Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace ont lancé un dispositif demandant à toutes les universités françaises de dispenser 30 heures d’enseignement sur la transition écologique et le développement soutenable. Mais pour cela, il faut former des professionnels.
L’université de Rouen Normandie a fait des transitions socio-environnementales l’un de ses sujets majeurs. Avant même que le dispositif de l’État soit rendu obligatoire, l’URN avait déjà commencé à donner des cours obligatoires sur les transitions à ses étudiants de L1. Désormais, ce sont 30 heures qui sont dispensés aux étudiants de premier cycle. Mais afin que ces enseignements soient faits dans les meilleures conditions, que les étudiants soient le mieux formés possible, il est important que les interlocuteurs qui leur font face soient également bien formés. Jusque-là, la majorité de ces cours étaient assurés par Caroline David et Annabelle Deguigne, deux enseignantes du secondaire affectées à l’enseignement supérieur et appartenant à l’Institut T.URN. Mais le nombre d’heures augmentant, il faut désormais plus d’enseignants formés. Et c’est la raison pour laquelle l’Institut T.URN a lancé un grand module de formation sur l’enseignement des transitions socio-environnementales.
Julien Mignonat est ingénieur formation transition socio-écologique au sein de l’Institut T.URN. Il a été recruté pour former et accompagner les enseignants-chercheurs sur les enjeux de la transition socio-écologique. Sa mission principale est de produire des ressources à destination des enseignants-chercheurs pour qu’ils puissent s’auto-former, mais aussi de créer des parcours de formation. « La première étape de la formation des étudiants aux transitions, et c’est celle qu’on a déjà atteinte : dispenser un socle commun transversal qui est enseigné à toutes les disciplines. La deuxième étape, pour intégrer les enjeux de la transition socio-écologique à la formation des étudiants, c’est le fait de disciplinariser les enjeux de la transition », explique-t-il. « Il faut donc que les enseignants eux-mêmes aient une expertise sur les enjeux de la transition écologique et développent les compétences nécessaires à l’enseignement des enjeux de la transition socio-écologique ». C’est là qu’entrent en jeu les dispositifs sur lesquels travaille l’Institut T.URN.
Un parcours de formation
Le premier de ces dispositifs est la création d’un parcours de formation spécifique. « Enseigner les enjeux de la transition écologique est délicat, et nécessite de développer certaines connaissances et compétences en termes d’enseignement ou de posture enseignante. Quelle posture adopter vis-à-vis des étudiants ? Comment aborder des enjeux qui sont politiques, ce qui n’est pas forcément évident à l’Université ? », poursuit Julien Mignonat. « C’est pour cela que dans plein d’universités, dont la nôtre, il a été décidé de lancer un parcours de formation en présentiel, pour prendre le temps de former les enseignants directement ». Ce parcours se déroulera en cinq journées sur l’année. Une première journée, le 12 novembre 2026, sera destinée à une mise à niveau en termes de connaissances sur les thématiques clés de la transition écologique, telles que définies par le ministère. Ensuite il y aura quatre autre journées, deux fin novembre et deux en février, sur les compétences clés que les enseignants doivent développer chez leurs étudiants au niveau des enjeux de la transition écologique.
« Les thèmes abordés dans cette formation sont la pensée systémique, la question de l’éducation au futur, la pensée prospective, comment apprendre aux étudiants à coopérer, comment développer aussi un côté critique réflexif chez les étudiants, pour définir eux-mêmes à quoi la société qu’ils désirent devrait ressembler », poursuit-il. « Et tout cela se fait avec un angle tourné sur la question des pédagogies. Sur chacune de ces compétences ou thématiques, qu’est-ce que l’on peut transmettre aux enseignants pour qu’ils puissent avoir, clé en main, des outils, des pistes, pour enseigner ces enjeux de façon active auprès de leurs étudiants ? »
Le tour de France TEDS
Autre projet de l’Institut T.URN sur la transmission de pratiques pédagogiques en matière de transitions socio-environnementales : le tour de France TEDS (Transition Écologique pour un Développement Soutenable). Ce projet vise à faire des retours d’expérience en vidéo. Mais initialement, ce n’est pas sous cette forme que ce projet aurait dû voir le jour. Julien Mignonat explique : « En fait ce projet émerge d’une opportunité via un financement COMP. Il y avait une enveloppe pour créer des capsules vidéo qui contribueraient à la formation des enseignants et enseignants-chercheurs. Or, sur différentes plateformes comme l’UVED, l’Université virtuelle Environnement et Développement durable, il y a déjà beaucoup de contenus pédagogiques sur les enjeux de la transition écologique. Nous ne voyions pas en quoi l’URN pouvait contribuer de manière plus importante au niveau de cet angle. Mais en participant à différents événements de retour d’expérience, notamment les colloques organisés par l’association EESES (Enseigner les Enjeux Socio-Écologiques dans le Supérieur), nous nous sommes dits qu’il y avait déjà énormément de choses expérimentées, testées dans tous les établissements. Nous sommes tous confrontés aux mêmes questionnements, aux mêmes défis. Et il y a un enjeu à rendre accessibles tous ces apprentissages, toutes ces expériences à notre communauté enseignante et plus largement à toutes les universités ».
Le projet a ainsi pu se lancer. L’Institut T.URN, avec un prestataire de création vidéo, s’est donc fixé pour objectif de créer 35 capsules vidéo de 6 à 8 minutes, avec 12 universités, afin de proposer des retours d’expérience de manière ludique et dynamique. Elles ont été créées autour de cinq thématiques : le retour d’expérience en matière de pratiques pédagogique, les pratiques et projets de recherche sur la transition socio-écologique ou sur la réduction des impacts de la recherche, la création de nouvelles formations, la formation des personnels, et l’engagement de la communauté universitaire. « Ces capsules sont pensées comme des retours d’expérience de pair à pair. Elles seront mises à disposition de notre communauté enseignante et pédagogique, mais aussi à disposition des autres établissements universitaires français. Nous faisons d’une pierre deux coups », conclut Julien Migonat.
Quelques chiffres sur le tour de France TEDS
- 13 universités impliquées :
- Université de Rennes
- Université de Paris cité
- Nantes université
- Université de Bordeaux
- Université de Poitiers
- Université Claude Bernard Lyon 1
- Université Lumière Lyon 2
- Université Clermont Auvergne (UCA)
- Université Grenoble Alpes
- Université de Lorraine
- Université de Lille
- Université de Pau et des pays de l’Adour (UPPA)
- Université de Rouen Normandie
- 21 jours de tournage
- 96 heures de train
- 88 personnes interviewées
- 35 capsules vidéo
- 5 thématiques
Le témoignage d’un participant
Guillaume Blanc est enseignant-chercheur en physique à l’université de Paris Cité. Il a participé à l’une de ces capsules vidéo. Il témoigne sur cette expérience.
« J’ai pris conscience de la nécessité de former les étudiants, futurs citoyens vers 2018-2019. À partir de là je me suis engagé dans le collectif Labos1point5 autour d’une équipe enseignement que j’ai animé pendant trois ans. Cette équipe est ensuite devenue l’association « Enseigner les Enjeux Socio-Écologiques dans le Supérieur » (EESES) en 2024. Une revue académique a été créée dans ce cadre, JEESES, ainsi que des colloques sur ces sujets. En parallèle, j’enseigne ces enjeux à l’Université depuis 2021, à différents niveaux, dans différents enseignements, dont celui de « préprofessionnalisation » en L2 physique qui a fait l’objet de l’attention du « Tour de France TEDS ». Mon université m’a proposé de présenter un de mes enseignements qui traite des enjeux socio-écologiques dans ce cadre, et j’ai accepté.
En fait, dès que je me suis engagé dans cette voie, celle de l’enseignement des enjeux socio-écologiques, j’ai compris qu’il fallait faire essaimer ce type d’enseignements. C’était avant le rapport Jouzel-Abbadie et les circulaires ministérielles. C’est pour cela que l’on a créé le colloque et la revue, puis l’association. La volonté ministérielle d’aller dans ce sens a décuplé les initiatives, enseignements et pratiques pédagogiques, il est d’autant plus important d’échanger, de faire communauté, pour former au mieux les futurs citoyens. Ce faisant, j’ai l’espoir qu’une bascule sociale finisse par advenir et que la société finisse par entreprendre le nécessaire virage écologique. C’est également important de partager nos expériences pour contrecarrer des sentiments de solitude qui peuvent prévaloir quand on s’engage en tant qu’enseignant-chercheur sur ces sujets, qui peuvent malheureusement être clivants ».
Date de publication : 03/11/26