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Rencontre avec des personnels de l'Université

Caroline David et Annabelle Deguigne, enseignantes du secondaire affectées à l’enseignement supérieur

Institut T.URN

« Cet enjeu de l'anxiété et de la peur, nous savons aussi qu'il peut avoir une dimension transformative. Notre rôle est d'accompagner les étudiants pour qu'ils puissent gérer ces émotions, qu'ils puissent les transformer de façon active et qu'elles se matérialisent par des projets. »

Publié le 30/09/2026

La 2e édition de la Semaine des transitions se déroulera du 12 au 16 octobre 2026. Caroline David et Annabelle Deguigne y participent et travaillent au quotidien sur les enjeux socio-environnementaux.

 

  • Présentez-vous ! Quel est votre rôle au sein de l’université de Rouen Normandie ?

Caroline David : Je m’appelle Caroline David et je suis enseignante du secondaire affectée au supérieur (ESAS) depuis septembre 2023. J’étais professeure de SVT. Je travaille sur la formation à la transition environnementale pour un développement soutenable, notamment sur les modules développement durable. Je travaille sur le montage et le suivi de projets, toujours dans le cadre de la formation à ces enjeux socio-environnementaux. Et je fais partie de l’Institut T.URN.

Annabelle Deguigne : Quant à moi, je m’appelle Annabelle Deguigne et je suis également enseignante du secondaire affectée à l’enseignement supérieur, en sciences économiques et sociales. Je suis arrivée à l’Université en septembre 2022, un an avant Caroline. J’ai aussi ma charge de cours et ma charge de mission qui consiste à accompagner le développement de formation sur les enjeux de la TEDS (la transition écologique pour un développement soutenable) et plus globalement des projets transversaux pour favoriser les sensibilisations à la transition socio-écologique. Je travaille également au sein de l’Institut T.URN.

 

  • L’Université a inscrit au cœur de son projet pédagogique les thématiques de la transition socio-écologique. Elle propose des formations sur ces enjeux de la L1 au doctorat. Parlez-nous de ces modules de formation ?

AD : Dès septembre 2021, une expérimentation a été menée pour introduire dix heures d’enseignement au sein des maquettes de formation des étudiants de L1 pour favoriser la compréhension des enjeux de transition socio-écologique. Nous avons identifié des thématiques qui étaient celles des ressources, du changement climatique, de la biodiversité et des nouveaux modèles économiques et sociaux. Ce module, initialement en expérimentation en 2021, s’est ensuite diffusé de façon large et complète à l’ensemble des formations de L1 et de première année de BUT. Aujourd’hui, cela correspond à dix heures réalisées au sein des différentes promotions par Caroline et moi, mais aussi, parfois, par des enseignants des départements.

CD : Par la suite, à partir de janvier 2025, nous avons pu compléter ces formations en L2 et en deuxième année de BUT par 20 heures. Cela a été un projet intense : créer l’architecture de cours, comment les intégrer dans les différentes formations, comment intégrer aussi les collègues des différents départements. Pour ces 20 heures, nous avons réalisé 8 heures de MOOC en ligne, qui s’appelle le MOOC des possibles. Il y a également une partie en présentiel avec des cours magistraux, qui permet d’approfondir et de disciplinariser petit à petit les cours. Le but est d’intégrer les enjeux socio-environnementaux au sein des disciplines, que ce soit en sociologie, en biologie, en lettres, en physique, en droit…. Nous avons aussi cherché à élargir un maximum les différentes formations. Nous proposons donc des formats un peu différents, comme des conférences, des ateliers ou des fresques. Nous cherchons vraiment à diversifier nos contenus par rapport au format de cours magistraux.

AD : L’ambition de l’URN est d’atteindre 50 heures au total sur la transition socio-écologique. Il faudrait donc ajouter 20 heures en L3. Il y a une cartographie qui est menée aujourd’hui sur des enseignements disciplinaires qui pourraient être identifiés comme des enseignements sur la transition socio-écologique au sein des maquettes. Cela dépasserait les ambitions ministérielles de 30 heures intégrées en licence, mais permettraient, pour l’Université, de répondre aux objectifs intégrés dans son projet TRANSITION.

 

  • L’URN a été une des premières universités françaises à s’engager pleinement sur ces modules de formation. Parlez-nous de la genèse de ce projet ?

AD : L’université de Rouen Normandie a été précurseuse. Elle s’est positionnée sur ces sujets très en amont des demandes ministérielles, puisque dès 2021, l’expérimentation a été lancée. L’obligation ministérielle d’intégrer les enseignements sur les transitions était pour septembre 2024. Et aujourd’hui, nous sommes vraiment dans la construction de ces 50 heures pour en faire un positionnement stratégique et pour permettre aux étudiants d’intégrer ces enjeux dans leur cursus disciplinaires. Nous avons beaucoup de responsables de Master qui viennent vers nous pour nous demander des enseignements supplémentaires afin, justement, de bien former les étudiants sur ces thématiques. Nous espérons donc rester dans les précurseurs.

 

  • Que cherchez-vous à transmettre lors de ces cours ?

CD : Lors de mes premiers cours, j’ai un peu modulé le contenu par rapport à d’habitude. Généralement, nous commençons sur les enjeux énergétiques. Mais suite à l’été que nous venons de passer, j’ai commencé directement sur le changement climatique en prenant en compte les éco-émotions des étudiants et en commençant par leur demander leurs ressentis. Lors d’un premier atelier, avec un nuage de mots, j’ai tout de suite vu ressortir les mots « canicule », « incendie », « catastrophe », « inquiétant ». Ce sont des éléments que nous devons prendre en compte et intégrer. Nous cherchons à laisser une place aux échanges, parce que c’est essentiel. Nous sommes aussi là pour initier des discussions, indiquer que l’éco-anxiété c’est quelque chose qui existe, que toutes ces émotions mélangées, que ce soit de la colère vis-à-vis de l’inaction climatique, de la peur, du catastrophisme, etc., c’est quelque chose qui se généralise et sur lequel il est important de se baser pour montrer qu’il y a des initiatives et des choses à faire de manière positive. Nous voulons montrer comment ces éco-émotions peuvent permettre de passer à l’action et d’aller vers autre chose.

AD : L’éco-anxiété est une tendance de fond que nous avons essayé de mesurer il y a deux ans dans le cadre d’un questionnaire anonymisé que nous avons diffusé aux étudiants. À ce moment-là, l’éco-anxiété n’était pas le sentiment qui ressortait de façon majoritaire chez les étudiants. Cela représentait environ 30% des répondants, sachant que tous les étudiants n’ont pas répondu. Mais c’est une lame de fond qui a plutôt tendance à s’amplifier. Toutefois, ce qu’on voit, c’est que cette éco-anxiété, quand on l’associe à des connaissances, à une meilleure compréhension des enjeux sociaux, politiques, économiques et environnementaux, peut amener une transformation en action. D’ailleurs, dans ce questionnaire, nous avons constaté que parmi ceux qui disaient développer de nouveaux gestes individuels ou des dynamiques collectives autour des sujets de la transition socio-environnementale, il y en a deux tiers qui se disaient aussi éco-anxieux. Cet enjeu de l’anxiété et de la peur, nous savons aussi qu’il peut avoir une dimension transformative. Notre rôle est d’accompagner les étudiants pour qu’ils puissent gérer ces émotions, qu’ils puissent les transformer de façon active et qu’elles se matérialisent par des projets.

 

  • Une nouveauté est mise en place avec les open badges en BUT. Pouvez-vous nous expliquer cette initiative ?

CD : C’est quelque chose que nous avons créé l’année dernière en raison d’une particularité pour les BUT. Les 20 heures de deuxième année n’ont pas pu être mises en format obligatoire dans les maquettes, parce que les IUT ont un programme nationalisé. Conséquence, ils ne peuvent pas avoir de note sur ces modules de formation. Nous avons donc proposé une autre forme de valorisation pour ces étudiants avec la réalisation de cet open badge. Celui-ci a permis de valoriser 300 étudiants, ceux qui ont obtenu la moyenne sur ce module l’année dernière et l’année précédente. C’est un badge que nous leur transmettons par email. Ensuite, ils peuvent le rebasculer sur LinkedIn, sur leur CV, sur Facebook, sur tout un tas de réseaux.

 

  • Vous participez à l’organisation de la Semaine des transitions qui se déroulera du 12 au 16 octobre. Qu’est-ce que cet événement ?

CD : En effet, dans quelques jours aura lieu la deuxième édition de la Semaine des transitions.  C’est un temps fort durant lequel nous essayons d’organiser un maximum d’actions assez diversifiées pour pouvoir atteindre tous les publics. Cette semaine est à destination des étudiants et des personnels en premier lieu, mais il y a aussi une idée d’ouverture vers les partenaires, vers les territoires et vers le grand public. Cette année la thématique est la coopération. Cette idée de la coopération, nous la développons déjà dans la manière d’organiser l’événement, avec des ateliers bénévolats associatifs, des plantations, des chantiers nature, mais aussi des temps d’échange sur le midi avec d’autres services de l’URN comme le SAPHIRE, la Directions des relations internationales et de la coopération ou la Direction de la culture. Nous avons également une forme de coopération avec la Métropole de Rouen, ainsi qu’avec des associations étudiantes.

La coopération revient aussi dans les thématiques des conférences et des cours ouverts que nous proposons. Il y en a quatre au total, où nous avons demandé à des intervenants extérieurs de venir parler de ce sujet-là. Cela va permettre de faire se rencontrer nos étudiants et d’autres personnes, extérieures à l’Université et expertes sur les transitions socio-environnementales. Il y aura également des soirées avec des ciné-débats, des conférences dynamiques, une soirée organisée par l’association étudiante Meridio, et une soirée de projection de courts métrages du Deauville Green Awards au Quartier libre en clôture de la semaine le 16 octobre.

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