Rencontre avec un enseignant-chercheur de l'Université
Publié le 09/06/2026
Eric Dargent cordonne la semaine internationale des 60 ans de l’Université.
- Présentez-vous ! Quel est votre rôle au sein de l’université de Rouen Normandie ?
Je m’appelle Eric Dargent et je suis enseignant-chercheur en physique des matériaux. Je suis rattaché au département de physique de l’UFR Sciences et techniques et au laboratoire GPM (Groupe de physique des matériaux). Depuis quelques années maintenant, je suis également vice-président de l’Université.
- Avant d’être vice-président, vous êtes enseignant-chercheur. Sur quoi portent vos recherches ?
Je travaille sur les propriétés physiques des matériaux polymères. J’essaie de caractériser la microstructure d’un matériau, c’est-à-dire de comprendre comment est organisée la matière dans ces matériaux polymères. Je travaille notamment sur les interactions entre les parties ordonnées de la matière, les parties cristallines, et les parties désordonnées, qui sont ce qu’on appelle les parties amorphes du matériau. Connaître les interactions entre ces différentes parties permet de connaître les propriétés optiques, mécaniques, la dégradation, et la durée de vie de ces matériaux.
Concrètement, nous allons regarder à l’échelle des molécules, voir comment celles-ci s’organisent et comment elles bougent dans le temps. Pour cela, avec mes collègues, nous utilisons fréquemment une technique qui s’appelle l’analyse thermique. Nous chauffons les matériaux, puis nous regardons à quelle température ils commencent à changer d’état.
- En quoi consiste un rôle de vice-président relations internationales ?
C’est une mission transversale. Au niveau international, il faut déjà travailler autour de la formation, du service à l’étudiant. Nous créons certaines formations internationales qui permettent à nos étudiants de partir à l’étranger et d’obtenir des qualifications qu’ils n’auraient pas pu avoir s’ils étaient restés en France. Pour développer la mobilité des étudiants, nous avons notamment créé des doubles diplômes, des formations conjointes à tous les niveaux.
Nous travaillons aussi à offrir des opportunités internationales au personnel pour augmenter les compétences professionnelles de chacun d’entre eux. Et puis, il y a aussi le côté recherche. En lien avec les trois vice-présidents recherche, nous travaillons pour soutenir des projets de recherche internationaux.
- Pour quelles raisons prend-on un tel engagement ? Être VP c’est avoir moins de temps pour la formation et la recherche ?
Il faut remonter le temps. Je suis arrivé à l’Université après un bac technique. Je suis issu d’une famille modeste du Pays de Caux. Dans une période un peu difficile de ma vie, je suis rentré à l’Université un peu par dépit, parce que je n’avais rien trouvé d’autre. Les premières années ont été un peu compliquées. Ce n’était pas évident d’arriver dans une faculté de sciences avec un bac technique. Il y avait des cours de haut niveau, un encadrement très différent du lycée. Mais je me suis accroché et j’ai réussi progressivement, en travaillant beaucoup, à élever mon niveau. A la fin du Master, on m’a offert l’opportunité de faire une thèse en lien avec l’industrie, dans un laboratoire de recherche. Cela m’a beaucoup plu. J’ai aussi été initié à l’enseignement. Enseignement plus recherche, cela m’a complètement épanoui. J’ai donc voulu rester à l’université et j’ai été recruté en tant que maître de conférences à l’URN.
Tout cela pour dire que l’Université m’a beaucoup apporté. Dans la 2e partie de ma carrière professionnelle, on m’a proposé de devenir vice-président. C’était une chance et j’ai accepté. Ainsi, je pouvais un peu changer de métier, et rendre, par mon travail, ce que l’Université m’a offert toutes ces années. C’était une opportunité parce que j’aime mon université. Elle m’a donné beaucoup de choses et j’avais envie de les lui rendre.
Par ailleurs, je suis profondément européen dans mes convictions. Or c’était une opportunité de participer, à mon échelle, à la construction de l’Europe.
- Quelles sont les raisons qui font que vous avez hérité de cette partie internationale ?
Par le passé, j’ai eu la responsabilité de mon laboratoire, qui n’était pas le GPM à l’époque, mais qui l’a intégré quelques années plus tard. Or à cette époque, j’ai dirigé un double master international et un laboratoire de recherche avec l’université du Nebraska aux États-Unis. Cela a permis des échanges d’étudiants français qui allaient au Nebraska et d’étudiants américains qui venaient en France. J’ai donc participé à développer des interactions internationales en recherche et en formation, avec les États-Unis. Et finalement, je pense que c’est pour cela qu’on m’a proposé le rôle de vice-président des relations internationales.
- Vous êtes notamment en charge des décisions politiques autour de l’alliance INGENIUM. Parlez-nous de cette alliance qui a une importance toute particulière pour l’URN.
Un jour, un enseignant-chercheur de l’UFR STAPS est venu à la présidence pour nous expliquer qu’il avait été sollicité par une université italienne avec laquelle il travaillait. On lui proposait d’intégrer une alliance européenne, puisqu’à l’époque les alliances européennes étaient en train de se construire suite à un appel de la commission européenne. L’URN a alors décidé de répondre et de profiter de cette opportunité.
INGENIUM c’est quoi ? Comme toutes les alliances européennes, c’est l’idée de travailler avec un groupe défini de partenaires et de ne pas diluer nos partenariats à l’infini. Parfois, les partenariats fonctionnent bien, puis quand le responsable de celui-ci arrête, part à la retraite ou est muté, le partenariat cesse. Ce n’est pas structurant. Ici, l’idée est de sortir des relations interpersonnelles, d’avoir un groupe de partenaires clair et de travailler sur le long terme avec eux pour structurer nos relations internationales. L’université de Rouen Normandie a donc neuf universités européennes partenaires au sein de l’alliance INGENIUM.
Au quotidien, INGENIUM prend environ 80% de mon temps. Évidemment, je ne suis pas tout seul à travailler dessus, mais c’est vraiment l’objet que je développe le plus.
- Dans le cadre des 60 ans de l’Université, une semaine internationale est organisée. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Pendant l’anniversaire des 60 ans de l’Université, nous tenions à faire un point sur nos relations internationales. De façon assez traditionnelle, l’université de Rouen Normandie remet des doctorats honoris causa pendant ses anniversaires. Nous l’avions fait pour les 50 ans, il nous a semblé évident qu’il fallait le faire pour les 60 ans. Ce n’est pas quelque chose qu’on fait régulièrement à l’URN.
Nous organisons aussi le conseil de l’alliance INGENIUM, puisqu’on a beaucoup de décisions à prendre pour la suite entre les partenaires. Enfin, j’ai proposé un séminaire d’un format un peu différent, puisque qu’il est ouvert à tous les personnels et tous les étudiants. Ce ne sera pas une réunion d’hyperspécialistes et de responsables d’INGENIUM, mais plutôt une sorte de bilan. Ce sera aussi un échange pour montrer comment fonctionnent d’autres alliances.
- Il y aura donc une cérémonie pour mettre à l’honneur des docteurs honoris causa. Comment ont été choisis les récipiendaires ?
Nous avons fait appel aux laboratoires, aux composantes et à la Commission des relations internationales et de la coopération (CRIC) pour nous proposer des noms. Nous avons demandé qu’ils réfléchissent aux noms de personnes de rayonnement international, de haut niveau scientifique, et qui auraient un lien avec l’URN. Nous voulions remettre des diplômes honoris causa à des personnes qui collaborent avec nous et qui nous permettent de progresser dans différents secteurs. Nous avons eu une trentaine de noms proposés. Nous avons alors fait une répartition entre hommes et femmes et entre domaines disciplinaires. La liste s’est arrêtée sur quatre noms car c’était le maximum que nous imposait le Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace. Cette liste a finalement été votée par le conseil d’administration.