Rencontre avec un personnel de l'Université
Alexandre Legay, médiateur scientifique
Institut des Transitions
« L’expression « médiation scientifique » n’est pas vraiment connue. L'idée de la médiation, c'est vraiment de créer le contexte de rencontre entre la science et le grand public, c’est d’ouvrir le dialogue science-société qui est primordial. »
Publié le 01/07/2026
- Présentez-vous ! Quel est votre rôle au sein de l’université de Rouen Normandie ?
Je m’appelle Alexandre Legay, je suis médiateur scientifique au sein de l’Institut des Transitions de l’université de Rouen Normandie. Mon rôle est de vulgariser des recherches autour des transitions socio-environnementales et des risques climatiques. Je le fais par le biais du développement de contenus comme des expositions, des conférences, des jeux sérieux, des ateliers, mais aussi via l’animation de ces contenus auprès du public universitaire, mais également du grand public.
- Le travail de médiateur scientifique est peu connu. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Déjà, l’expression « médiation scientifique » n’est pas vraiment connue. On est souvent obligé de réutiliser le mot vulgarisation, qui est un mot que j’aime moins. Dans le mot vulgarisation, il y a un côté très descendant et un peu négatif. L’idée de la médiation, c’est vraiment de créer le contexte de rencontre entre la science et le grand public, c’est d’ouvrir le dialogue science-société qui est primordial. Une fois qu’on a créé ce contexte de dialogue, il y a, en effet, une part de vulgarisation au sein du métier. C’est le moment où l’on va choisir quel contenu on veut mettre dans ce dialogue. C’est là où on va vulgariser des projets de recherche, vulgariser des contenus en tout genre qui ont pu être produits par la science. Mais j’insiste sur ces deux aspects. La médiation, c’est aussi de créer le contexte, alors que vulgarisation, c’est plus réduit.
Au niveau de la médiation scientifique, il y a une créativité énorme. J’ai beaucoup de libertés. D’ailleurs, quand j’ai pris mon poste, c’était un peu une page blanche. J’ai développé des partenariats avec plein de lieux différents. J’interviens dans les bibliothèques de la ville, j’interviens dans un bar, un café associatif, je travaille avec des associations étudiantes comme Sonanbul, la médiathèque étudiante de Mont-Saint-Aignan. Il m’arrive également de fonctionner directement avec des composantes, ou lors de journées que l’Institut des transitions organise comme la semaine de la transition ou les rencontres multirisques. L’idée est de trouver plein de contextes différents pour toucher une diversité de public la plus grande et variée possible.
- Vous travaillez au sein de l’Institut des transitions (T.URN), mais vous dépendez du projet TRANSITION. Comment votre poste s’inscrit dans ce grand projet d’établissement ?
Le principe du poste est vraiment d’être médiateur pour le projet TRANSITION. Celui-ci porte autour du concept du multirisques. Il étudie tous les risques sur un territoire et toutes les interactions qu’il y a entre ceux-ci. Cela peut être une concomitance c’est-à-dire deux risques, deux aléas qui surviennent en même temps et qui font qu’il y a une difficulté de réponse. Par exemple une tempête qui survient pendant une épidémie de Covid19. Les événements sont juste survenus en même temps, mais cela crée des problèmes de gestion dus à ce concept de multirisques. Le deuxième type d’interaction entre risques, c’est la cascade. Pour le coup, c’est vraiment un aléa qui va en déclencher un autre. Par exemple, un feu de forêt qui se propage alors qu’il y a une usine à la lisière de cette forêt. Il y a un risque que cela se propage dans l’usine et provoque une explosion, avec un risque chimique derrière.
L’idée est donc de faire de la médiation autour de ce concept de multirisques, même si je touche évidemment aux sujets autour des transitions environnementales ou du changement climatique. L’objectif est de mettre en avant les projets, notamment au niveau de la recherche, qui s’inscrivent dans le projet TRANSITION. Nous allons chercher à montrer l’expertise que l’on a à l’URN sur tous ces types de sujets.
- Parlez-nous de la programmation que vous êtes en train de prévoir pour l’année prochaine ?
Ce qui est déjà en place, ce sont toutes les animations qu’il y aura pendant la « Semaine des transitions » qui portera sur la thématique de la coopération. Il y aura des conférences, et notamment des conférences interactives, des ateliers, des chantiers participatifs, mais également un ciné-débat sur la convention citoyenne pour le climat.
Je travaille également à des projets en lien avec les acteurs du territoire comme les bibliothèques de la ville, pour des ateliers arpentage. Nous organisons aussi un gros événement sur la thématique art et sciences le 22 octobre. L’objectif est de mettre en avant le dialogue entre les arts et les sciences afin de sensibiliser aux transitions socio-environnementales et de montrer comment l’art aussi peut être un vecteur de sensibilisation. De nombreux artistes seront présents, du milieu de la BD, de la création sonore et du spectacle vivant.. Il y aura aussi une facilitatrice graphique tout le long de la journée
- Ce 9 juillet, vous organisez un événement qui s’appelle Jeux-di Pizza Science, pouvez-vous nous en dire plus ?
En effet, jeudi 9 juillet à 19h30, au 128 bis, un café culturel associatif, j’organise le deuxième Jeux-di Pizza Science. C’est un cycle de conférences que j’ai lancé en début d’année qui comprend trois conférences par semestre. Le concept est d’aller faire des conférences dans un bar avec une chercheuse ou un chercheur de l’Université. Cela se fait de façon ludique puisque j’intercale des temps de jeu entre les interventions de notre expert. Je construis ces temps de jeu coopératif, par table, avec une petite compétition. Ils sont bien sûr en écho avec les contenus de la présentation. Parfois, ils introduisent des concepts qui vont être réutilisés juste après. D’autres fois, ils répondent à ce qui vient d’être dit afin d’ancrer la connaissance. Et bien évidemment, comme son nom l’indique, cela se fait en mangeant de la pizza cuisinée par le pizzaïolo du bar. C’est vraiment une façon de créer un dialogue science-société au plus proche des habitants et habitantes des quartiers.
Pour cet événement, c’est Florence Koltalo, maîtresse de conférences à l’IUT d’Évreux, qui vient animer cette conférence. Elle nous parlera de la dépollution d’anciens sites industriels grâce à des méthodes écoresponsables comme les plantes, les champignons, ou encore les courants électriques. Toutes ses recherches et ses expériences sont très concrètes et se font au sein du territoire, pas uniquement en laboratoire. C’est très intéressant. Nous organiserons cette même conférence le 1er octobre, cette fois à Évreux, dans le bar l’Écume des jeux.
- Vous mettez également en place des ateliers arpentages. Qu’est-ce que c’est exactement ?
C’est quelque chose de très nouveau pour moi puisque j’ai commencé cela en septembre dernier. L’arpentage est une méthode de lecture d’un livre de façon collective. C’est un concept qui vient de l’éducation populaire. On va prendre un livre et le découper en plein de petites parties. Historiquement, ils déchiraient même le livre afin de désacraliser l’objet au sein de classes plus populaires. De mon côté, je ramène huit ou neuf exemplaires pour en avoir assez pour tous les participants. Ensuite, chacun lit son petit extrait en lecture individuelle pendant une trentaine de minutes. Puis chacun va venir raconter son extrait. Cela se fait sans aucune pression. L’idée n’est pas de retranscrire tout ce qu’on a lu. On peut s’arrêter sur des parties qui nous ont marqué, raconter ce qu’on a compris, ressortir des citations. Une fois cet exercice individuel terminé, on va chercher à comprendre l’ouvrage dans son entièreté. Quel est le but de l’auteur quand il a écrit cet ouvrage ? Qu’est-ce que cela nous a apporté ?
J’en ai organisé dans de nombreux lieux différents afin de toucher des publics différents : pour les étudiants, à Sonanbul sur des BD, un format un peu plus accessible, à la librairie L’Armitière, dans le cadre de l’université buissonnière, etc.
- Beaucoup de vos événements sont tournés vers la société. Pourquoi ce choix de ne pas parler uniquement à la communauté universitaire ?
Je trouve que le dialogue science-société est vraiment quelque chose de primordial. Essayer de toucher des publics qui sont au plus loin de la science, dans des milieux parfois plus ruraux ou populaires, c’est important. Dans les grandes villes, il y a une effervescence culturelle et scientifique. Mon idée est d’aller aussi toucher des publics qui ne sont pas forcément en lien direct avec la science. C’est d’ailleurs un des objectifs du projet TRANSITION qui cherche à créer une ouverture sur le territoire. Le but est de faire naître un dialogue avec les acteurs socio-économiques du territoire, avec les habitants et habitantes, avec les collectivités. Mais évidemment, nous nous adressons aussi à la communauté universitaire de l’URN.