De nombreux enseignants et des institutions comme le mémorial de la Shoah de Paris conçoivent des ateliers où l’on étudie par exemple des passages de la BD Maus d’Art Spiegelman, retraçant la vie de ses parents en tant que Juifs polonais pendant la persécution et la déportation des Juifs en centre de mise à mort, ou des textes de descendants de la troisième génération comme Daniel Mendelsohn, les Disparus, qui relatent l’enquête historiographique familiale.
Il s’agit d’aborder en classe une persécution spécifique, menant à l’assassinat de personnes pour « ce qu’elles sont » et qui touche particulièrement les adolescents en construction d’identité. Lorsque les élèves nouent des liens avec un élément particulier d’un récit, cet enseignement peut commencer comme une sorte d’autoformation. Son contenu est nécessairement historique, spécifique, fondé sur la recherche scientifique, mais il est également émotionnel, particulièrement affectif par l’importance que les jeunes lui accordent.
Le récit construit un sentiment de reconnaissance de l’autre qui résonne avec soi-même. L’objectif ne consiste pas seulement à susciter une identification compassionnelle avec les victimes, qui rendrait les élèves vulnérables et incapables d’élaborer une pensée à partir de ces connaissances, au contraire, il s’agit de les rendre capables de traduire ces catastrophes humaines en un élément important dans leur monde. En s’interrogeant et en enquêtant sur ce que le récit signifie pour eux aujourd’hui, celui-ci résonne avec leur vie.
En tant qu’enseignante d’allemand au lycée et chercheuse associée en philosophie, j’interroge les implications méthodologiques et éthiques de cette démarche dont un concept clé mérite d’être évoqué : le concept de résonance du philosophe contemporain Hartmut Rosa, qui permet de définir et de comprendre l’expérience des élèves.
Hartmut Rosa réfléchit au phénomène de l’accélération qui caractérise notre époque et ne nous permet paradoxalement pas de disposer de plus de temps, temps pourtant nécessaire pour entrer en relation avec le monde, les autres et les objets. Ces relations se situent, selon le modèle de Rosa, sur des axes de résonances et ouvrent un espace commun.