Alors que les Jeux Olympiques d’hiver et l’enthousiasme qui les accompagne battent leur plein, la recherche scientifique, elle, se poursuit. Que ce soit pour mieux intégrer le public au passage de la flamme, ou aider les jeunes athlètes, les chercheurs et chercheuses de l’université de Rouen Normandie travaillent au quotidien pour faire des Jeux Olympiques et Paralympiques, une fête.
Derrière le stress, l’euphorie et les moments de partage qu’entraînent les Jeux Olympiques et Paralympiques, des chercheurs et chercheuses les analysent sous toutes les coutures. Peu en effet savent que les JOP sont une source inépuisable d’études scientifiques dans de nombreuses disciplines.
Alice Sohier, maîtresse de conférences en science de gestion, marketing culturel et événementiel, au laboratoire NIMEC de l’université de Rouen Normandie s’est par exemple intéressée au passage de la flamme au Havre, dans le cadre du projet de recherche interdisciplinaire Villes en scène et méga-événements culturels. « Nous souhaitions avoir une vue d’ensemble de la réception des citoyens à l’égard de ce type de manifestation, déterminer s’ils étaient heureux, fiers de leur territoire ou si au contraire ils avaient été déstabilisés. Nous voulions voir si ce genre d’événement changeait l’image qu’ils avaient de l’endroit où ils vivent », explique-t-elle. Les résultats des interviews menées dans la foule par les chercheurs et chercheuses montrent que les habitants trouvent que ces événements sont favorables à eux et leur ville : ils apportent de l’art, attirent des touristes. Le passage de la flamme, particulièrement attendu, a rassemblé un public très large : familles, personnes âgées, résidents d’autres communes. « Tous ne pouvaient pas aller aux jeux, mais “ils y étaient” quand même grâce à cette manifestation. Les gens se sont sentis en communion et étaient contents d’être ensemble », ajoute la chercheuse.
Les membres du projet Villes en scène ont aussi constaté que le seul passage de la flamme ne suffit pas à faire changer la vision qu’ont les citoyens de leur territoire. Des activités doivent être organisées autour. Par exemple au Havre, à l’arrivée de la flamme, se tenaient un village sportif, une parade festive et collaborative, gratuits et accessibles, qui ont favorisé une émulation. « Le fait que la flamme passe dans de nombreux endroits différents permet un maillage territorial indispensable afin que les gens ne se sentent pas exclus. Et le centre-ville ne suffit pas pour les activités, il faut également inclure un public le plus divers possible en impliquant les quartiers plus défavorisés », développe Alice Sohier. Les résultats et articles que publiera le groupe de recherche seront destinés aux chercheurs et professionnels afin de les aider à l’organisation d’événements futurs. Les JO d’hiver seront ainsi l’occasion de modifier ou de confirmer ce qui a été observé.
Accompagner les jeunes athlètes
Les sportifs les plus chanceux qui concourent aux Jeux Olympiques et Paralympiques sont tous issus de structures qui les accompagnent tout au long de leur carrière. Mais quelles sont les formes de coopérations éducatives, entre les structures sportives et les familles des athlètes, qui participent au bon développement de l’enfant sur les plans personnels, sportifs et scolaires ? C’est la question que se pose Antoine Lefebvre, membre de l’équipe olympique d’aviron et en première année de thèse au CETAPS de l’université de Rouen Normandie et de Genève. « Nous allons analyser différentes variables : individuelles et propres à l’athlète telles que son âge, son sexe ou son régime (en internat ou en famille) ; familiales c’est-à-dire les styles éducatifs des parents, les formats familiaux (ouverture à l’extérieur, interactions entre les acteurs) ; et enfin les variables sportives : les dispositifs mis en place, les relations entre les partenaires éducatifs », explique le doctorant. Un axe de recherche qui comble un vide. En effet, si les liens entre les athlètes et leurs entraîneurs ont été très approfondis, les relations entre les organisations et les parents sont quasiment inexplorées. Pour y pallier, quatre études seront menées, en partenariat avec les fédérations de Gymnastique et de Judo) : deux quantitatives (envoi de questionnaires aux athlètes engagés dans un dispositif d’accession au haut niveau et à leurs parents) et deux qualitatives. Des entretiens seront réalisés avec les cadres des différentes structures. À cela s’ajoute un suivi de près de 20 familles dans chacune des fédérations avec des interviews plusieurs fois par an.
« Les recherches scientifiques ne sont pas forcément toujours au service des acteurs du terrain. Mais dans notre cas, nous voulions rester au plus près des personnes concernées et que ce projet soit utile et concret pour les fédérations, les athlètes et leurs familles. Nous voulons que le résultat de nos recherches puisse faire l’objet de formation, de guides à destination des familles et des entraîneurs, de la communication auprès des fédérations afin de faire évoluer l’accompagnement des sportifs de haut niveau », ajoute Antoine Lefebvre.
Dans le cadre de leur étude, Antoine Lefebvre et ses directeurs de thèse, Damien Féménias (Université de Rouen Normandie) et Éric Widmer (Université de Genève), ont constaté que les structures sportives mobilisent beaucoup d’athlètes, dont peu parviennent à entrer au sein des équipes nationales. « Les autres sont oubliés et vont retourner à une vie plus “classique”. Nous voulons savoir ce que l’accès à ce dispositif de haut niveau leur a apporté, pour que les fédérations investissent davantage dans ces athlètes et qu’ils restent intégrés au monde du sport », précise le doctorant. Selon ce dernier, ces profils sont trop peu étudiés et il espère leur faire prendre conscience de la singularité de leur parcours afin de mieux se valoriser dans leurs projets futurs. « Nous souhaitons offrir toutes les armes aux structures sportives pour qu’elle les prépare de la meilleure des façons à leur carrière », conclut Antoine Lefebvre.
Date de publication : 11/02/26