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Interroger les écolières et écoliers sur leur spiritualité

Dans le cadre de l’évènement Pint of Science, la doctorante en psychologie à l’université de Rouen Normandie Camille Péré-Fam intervient au cours d’une conférence intitulée « Les femmes et les enfants d’abord ! ». Elle y fait une intervention sur la thématique « À quoi ça sert la vie ? La parole est aux enfants ! ». En plus de ses travaux sur la question de la spiritualité chez les enfants, elle souhaite rendre plus accessibles les études effectuées en sciences humaines et sociales.

Depuis 2014, le festival Pint Of Science permet aux chercheurs et chercheuses de parler de leurs travaux dans des lieux propices aux échanges, les bars et des lieux culturels de la ville. « Ce sont des évènements nécessaires pour que la recherche sorte de sa tour d’ivoire et aille vers les gens. Nous devons participer à combler l’écart qui existe entre les scientifiques et le public », explique Camille Péré-Fam, doctorante en psychologie au laboratoire CRFDP (Centre de recherches sur les fonctionnements et dysfonctionnements psychologiques) de l’université de Rouen Normandie. Avec certains scandales comme Lubrizol, le cadmium dans les aliments, la prolifération des PFAS, le public est de plus en plus curieux de ces sujets qui touchent les domaines de la physique, de la chimie, de l’environnement. « Nous assistons à une démocratisation et une levée du tabou sur les questions de santé mentale. Le grand public s’intéresse de plus en plus à ces sujets. En parallèle, le concept de « développement personnel » connaît un engouement important, tant dans les lectures que dans les pratiques », ajoute la doctorante.

Penser aux personnes interrogées

Mais cet écart entre le monde de la recherche et le grand public reste un frein au sein même des travaux de la chercheuse. Pour ramener ces questionnements au cœur des laboratoires, elle s’est engagée en tant que représentante des doctorants et doctorantes au comité consultatif d’éthique du laboratoire. Elle participe à l’analyse des projets de recherche soumis par les chercheurs et chercheuses. « Une des réflexions qui m’anime c’est : si j’étais un participant ou une participante, est-ce que je comprendrais les documents qu’on me fournit ? Est-ce que nous sommes trop intrusifs dans ce qui est demandé aux participants et participantes ? Les volontaires ne doivent pas se sentir mal après avoir contribué à nos travaux. Nous devons nous mettre à la place de ces personnes, nous avons un devoir de transparence envers elles. Il nous faut respecter l’autre, sa dignité, son consentement et son avis », ajoute Camille Péré-Fam.

Interroger les enfants sur la spiritualité

Cette volonté de respecter la parole des participants guide aussi son approche auprès des plus jeunes. La plupart des recherches menées sur la spiritualité interrogent des personnes souvent âgées et en fin de vie. Lorsque sont questionnés les enfants, ils sont atteints de maladies incurables ou ont vécu des épisodes traumatisants. Mais le cadre est toujours celui du soin ou de l’hôpital. Qu’en pensent les plus jeunes en dehors de ce contexte ? C’est pour pallier ce vide que Camille Péré-Fam a commencé sa thèse. « Je m’intéresse au développement typique, c’est-à-dire de l’enfant sans trouble ou événement de vie majeur. Je souhaite interroger les plus jeunes en me rendant dans leurs écoles afin de comprendre comment ils voient le sens de la vie, la raison et le but de leur présence sur Terre. Je les laisse échanger entre eux sur le sujet et j’analyse ensuite leurs propos », développe Camille Péré-Fam. Ses recherches sont qualitatives et émiques, autrement dit, elles se basent sur l’analyse du discours produit par la population cible. Le savoir est produit par eux. Dans les études classiques, on connaît le développement classique d’un enfant qu’on compare ensuite au développement de personnes avec un handicap. Mais dans le cas qui intéresse la chercheuse, c’est plutôt le contraire.

Un panel difficile à trouver

Les recherches seront menées auprès d’enfants de six, huit et douze ans. Mais la doctorante éprouve des difficultés à trouver un panel d’individus. « La thématique peut faire peur. La spiritualité est souvent associée à la religion. Et dans un pays comme la France qui a très à cœur la laïcité, c’est compliqué », regrette Camille Péré-Fam.

Pourtant, de plus en plus de parents s’intéressent aux pédagogies alternatives, au fait de laisser l’enfant faire ses propres expériences, développer sa personnalité et ses compétences par lui-même. Ce changement de mentalité se constate à travers la multiplicité des ateliers et des œuvres destinés aux enfants qui abordent les sujets de la vie, la mort, l’humain, les droits de l’Homme ou le bien et le mal, voire la religion. « Malgré la multiplication de ces réflexions, je suis étonnée que ces questions ne soient pas plus investiguées dans le domaine de la psychologie », ajoute Camille Péré-Fam.

Écouter les enfants

Au cours de l’un de ses stages dans un centre médico-psychologique, elle s’interroge sur le rapport qu’ont les enfants au sens de la vie, ce qui sera la genèse de son sujet de thèse. « Ils ne voyaient leur valeur intérieure qu’à partir du prisme de leurs parents ou de leurs professeurs et professeures : ils devaient avoir de bonnes notes et être sages. Mais qu’est-ce qui les faisait vraiment vibrer ? », se désole la chercheuse. Dans le cadre de son mémoire de Master, elle constate que les enfants qu’elle questionne et avec qui elle organise des moments d’échanges sont heureux d’avoir ces espaces à disposition. « Un jour l’un de ces groupes est venu me voir et m’a remercié. Ils étaient contents d’avoir pu échanger, donner leur avis et débattre. Cela les a poussés à déterminer ce qu’ils pensaient au fond d’eux. D’avoir quelqu’un qui les écoute leur a fait du bien et ils étaient rassurés de réaliser que nous pouvons tous avoir notre opinion, notamment sur des thématiques ou personne n’a ni la vérité ni la réponse », remarque la chercheuse. Surtout sur des questions qui sont rarement abordées avec les parents et les professeurs et professeures. La doctorante met en avant le fait que les enfants, tout comme les adolescents et adolescentes, sont prêts et prêtes à échanger sur de nombreux sujets et qu’ils possèdent des convictions, même sur des thèmes complexes. Le cliché selon lequel l’avis des plus jeunes n’aurait pas d’intérêt vient en partie de la façon dont ils ont été vus par la psychologie. « Jusqu’à très tard, les enfants n’étaient considérés que comme étant une vision miniature ou amoindrie des adultes. Il y avait l’idée qu’ils ne sont pas des personnes abouties. Nous avons négligé d’étudier l’enfant pour lui-même », conclut Camille Péré-Fam.

Le festival Pint of Science

Le festival Pint of Science se tient à Rouen du 18 au 20 mai

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Date de publication : 18/05/26