Fermer le menu

Quand les BU aident à découvrir l’histoire de la Seconde Guerre mondiale

La plupart des bibliothèques universitaires de l’université de Rouen Normandie possèdent des fonds anciens, véritable richesse pour découvrir ouvrages et autres documents du passé. La BU du campus Sciences et ingénierie possède notamment un fonds patrimonial rare, mêlant histoire, science et industrie. Des documents vieux de 80 ans, légués il y a quelques années, présentent une énigme à résoudre : comment des rapports britanniques et américains d’espionnage sur l’industrie allemande, et parfois l’industrie nazie, se sont-ils retrouvés dans une usine de chimie normande ?

Ce fonds provient d’une usine de chimie située en Normandie, dans la ville d’Oissel, et qui a fait partie des établissements Kuhlmann, un important groupe industriel chimique français. L’usine est rachetée en 2005 et à cette occasion fait don au Service commun de documentation de l’université de Rouen Normandie d’importantes collections de périodiques et de monographies, ainsi que de plusieurs documents internes tels que des nuanciers. Au sein de ce don, le personnel de la bibliothèque découvre au début des années 2010, un millier de rapports rédigés en anglais et datant de l’après Seconde Guerre mondiale.

Des rapports témoins de l’histoire de la Seconde guerre mondiale

Ces rapports ont été écrits par plusieurs organismes gouvernementaux des Alliés et rendent compte de visites effectuées lors de la Libération, dans de nombreuses usines sur le sol allemand. Quelques rapports, marginaux, décrivent des visites réalisées en Italie, en Autriche et au Japon. Tous ont été publiés à Londres par les publications britanniques d’État, Her Majesty Stationery Office, entre 1945 et 1948. Au total, le fonds des Alliés comprend 1 014 titres, répartis en plusieurs collections nommées d’après les organismes gouvernementaux producteurs.

Les usines visitées sont chimiques, textiles ou pharmaceutiques, rattachées pour beaucoup d’entre elles à la société allemande IG Farben. Cette dernière, créée en 1925, regroupe plusieurs entreprises, dont Bayer, BASF et Agfa, et constitue avant et pendant la Seconde Guerre mondiale un empire économique lié au régime nazi. C’est l’une des filiales d’IG Farben, Degesch, qui a mis au point un insecticide tristement célèbre, le Zyklon B utilisé dans les chambres à gaz. En France, pendant la Seconde Guerre mondiale, une commission basée à Wiesbaden est chargée de l’application et du contrôle des décisions prises lors de l’Armistice du 22 juin 1940. IG Farben obtient, lors de ces négociations, le contrôle de l’essentiel des industries chimiques françaises, par le biais d’une filiale, Francolor, dont elle détient 51% des capitaux. La société regroupe alors plusieurs entreprises, dont Kuhlmann. Dans l’usine d’Oissel, plusieurs de ses ouvriers sont envoyés travailler en Allemagne, parfois jusqu’à la fin de la guerre.

Ces rapports sont un témoin précieux de la Seconde Guerre mondiale et des liens que des entreprises ont entretenus avec le régime nazi. Ils nous donnent une connaissance détaillée de l’état de la science allemande – en tout cas telle que montrée aux experts visitant les usines. Les rapports sont régulièrement illustrés de planches explicatives et de données quantitatives de production. Ils sont également riches de noms des scientifiques et des industriels rencontrés. Certains s’intitulent « Interrogation », suivi du nom du scientifique questionné. On trouve enfin de nombreuses mentions géographiques dans les titres. Les sites sont répartis à travers tout le territoire allemand.

Des documents uniques et précieux

Ces documents nous apprennent également l’histoire d’une usine, ou plutôt d’un groupe. Les diverses estampilles présentes sur l’ensemble du don racontent ses changements de noms et les différents sites du groupe. Des transferts de documentation ont eu lieu, qui complexifient la compréhension de l’arrivée du fonds des Alliés en Normandie.

Ces rapports dressent un état de l’art des techniques de l’époque en Allemagne, ainsi qu’un épisode de la Libération méconnu du grand public. Unique collection identifiée en France et cataloguée titre par titre pour chaque rapport, d’autres exemplaires existent de par le monde : dans Worldcat, le catalogue mondial des bibliothèques, les notices des collections sont signalées par une trentaine de bibliothèques.

Ce fonds constitue un matériau de recherche que le Service commun de la documentation souhaite mettre à la disposition des chercheurs. Un projet de bibliothèque numérique est en cours, dans laquelle la publication de ces rapports est à l’étude. Les rapports sont déjà disponibles et consultables au sein de la BU du campus Sciences et ingénierie de l’URN, sur demande préalable. Les personnes qui souhaiteraient les consulter deviendraient alors témoins de la petite histoire qui fait la grande.

Date de publication : 06/05/26