La Coupe du Monde de football de la FIFA vient de débuter, avec ses scandales, ses célébrités suivies par des millions de fans sur les réseaux sociaux, ses milliards d’euros dépensés pour l’organisation ou encore ses importants enjeux sportifs. À des milliers de kilomètres de là, c’est un tout autre événement lié au sport qui s’apprête à commencer : le 29e colloque du Comité européen d’histoire du sport (CESH). Daphné Bolz, la présidente du comité d’organisation, professeure des universités à l’UFR STAPS et au laboratoire CETAPS de l’université de Rouen Normandie, nous explique les enjeux de cet événement.
Le Comité européen d’histoire du sport est une société savante qui, loin des affres et des enjeux médiatiques du sport professionnel, s’attelle à étudier l’évolution du sport. Ses membres réfléchissent et travaillent autour d’enjeux plus profonds, qu’ils soient sociologiques, économiques, politiques, et évidemment historiques. Cette année, la thématique choisie pour ces trois jours de colloque est d’ailleurs la discrimination et l’inclusion (« Discrimination and Inclusion. The Organisation of Sport and Physical Education in Europe from Antiquity to Modern Times »).
« Nous avons choisi ce thème car nous voulions proposer un événement scientifique où on réfléchit à l’organisation du sport de manière générale, avec une vision critique dans le sens scientifique du terme, sans filtre idéologique », explique Daphné Bolz. « Le sport est souvent perçu comme quelque chose de forcément positif. Or le sport, comme l’éducation physique, est un produit culturel qui a des racines historiques et c’est pour cela que le sport reproduit les tensions et injustices sociales ».
Le sport, source de discrimination
Pour la professeure c’est clair, le sport est une source permanente de discrimination, mais dans le sens qu’il fait une distinction entre les individus. « Historiquement, quand on remonte aux débuts de l’organisation du sport, on découvre que c’est une activité organisée par les élites masculines britanniques qui veulent reproduire une hiérarchie sociale. Ce n’est pas du tout inclusif. L’idée est d’organiser l’entre-soi des élites. C’est d’ailleurs comme cela que fonctionne le CIO (Comité international olympique) lors de sa fondation par Pierre de Coubertin. Il est obsédé par l’entre-soi des élites. Quand il parle de la jeunesse, il parle de la jeunesse des élites, parce que le peuple n’a pas de jeunesse. Il est enfant, puis il est travailleur ». Mais si à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, ces discriminations ne sont pas surprenantes, c’est toujours le cas actuellement. « Le sport discrimine évidemment les femmes, mais aussi au niveau des classes sociales ou au niveau des nations. Ce sont des aspects qu’on a généralement tendance à oublier quand on met en avant le sport », poursuit la chercheuse.
Le sport, part de la société
Le sport fait rêver, le sport agace, le sport ouvre les esprits, le sport renferme sur soi… Mais alors qu’elle est sa place dans la société ? Quel rôle joue-t-il ? « Certains disent que le sport reflète la société mais c’est faux, il fait partie de la société. Et cela a toujours été le cas », reprend Daphné Bolz. « Si le CIO fondée par Coubertin exclut les classes ouvrières et les femmes, c’est parce que la société est organisée comme cela à l’époque ». Pour elle, il est important de noter que ce n’est pas grâce ou à cause du sport qu’il y a des évolutions de société. « Quand il y a des conflits, les organisations sportives sont rarement motrices. Le sport c’est vraiment un outil du soft power. Il y a des relations politiques et des guerres d’influences et c’est ce qui explique le positionnement des instances sportives, que ce soit de manière positive ou négative. Intégrer les femmes ou les personnes handicapés, c’est beaucoup plus facile car cela montre un visage plus ouvert de l’organisation, mais il y a un aspect commercial et calculé derrière ».
Et pour l’enseignante-chercheuse, ces évolutions sociétales se font également selon les structures, selon le sport ou selon les dirigeants. « Par exemple, le CIO a fait beaucoup d’effort pour la parité. Mais la FIFA n’y arrive pas. La Coupe du Monde de football féminine, n’est pas au niveau de l’organisation de la Coupe du Monde masculine. S’il y un intérêt à développer telle ou telle chose, cela va être fait, mais il y a toujours un calcul politique derrière ».
Le sport, outil de l’inclusion
Le tableau ne doit pas non plus être noirci. Il existe des centaines d’exemples dans le sport où l’inclusion existe. Les Jeux paralympiques se développent et sont de plus en plus médiatisés, les prize money de nombreux sports sont désormais égaux entre femmes et hommes, les compétitions mixtes sont de plus en plus nombreuses. « Lors du colloque, nous avons voulu parler de l’aspect discrimination parce que c’est souvent quelque chose qu’on a tendance à oublier. Mais il y a aussi évidemment un aspect inclusif. Le sport est une activité sociale qui permet le vivre ensemble, qui permet aux pratiquants de trouver un espace inclusif où les gens sont acceptés. C’est par exemple le cas du handisport et du sport adapté. L’idée est de s’intéresser aux deux aspects et d’avoir un peu plus de recul que ce qu’on peut lire dans les discours idéologiques autour du sport », conclut Daphné Bolz.
Le 29e colloque du Comité européen d’histoire du sport (CESH)
Il se déroulera du 16 au 18 juin à l’université de Rouen Normandie.
Il abordera les thématiques suivantes :
- Aspects politiques et idéologiques de la discrimination et de l’inclusion des activités physiques (par exemple le sport fasciste en Italie et le sport nazi en Allemagne, exemple classique de la discrimination par le sport)
- Dimensions biologiques, genrées et raciales de la discrimination et de l’inclusion des activités physiques (ce qui est lié au corps, comme la domination masculine, le handicap physique, les VSS, le sport féminin, la ségrégation dans le sport)
- La question culturelle et sociale dans la discrimination et l’inclusion des activités physiques (l’élitisme dans le sport, le sport des travailleurs)
À noter que c’est un colloque international qui tient à mettre en avant une multitude de langues afin de proposer une ouverture culturelle.

Dernière mise à jour : 16/06/26
Date de publication : 12/06/26