La prestigieuse bourse Fulbright à l’honneur
Le programme Fulbright est un prestigieux système de bourses. En France, il permet de créer des échanges entre les universités américaines et françaises. Il délivre des montants conséquents permettant de se consacrer pleinement à sa recherche. L’université de Rouen Normandie accueille la semaine prochaine plusieurs membres d’une délégation américaine afin de leur présenter l’établissement, ses grandes orientations, ses infrastructures, ses projets et sa vie étudiante. Nous vous proposons d’en savoir plus sur cette illustre bourse.
La bourse Fulbright, qu'est-ce que c'est ?
Depuis sa création en 1946 sur la proposition du sénateur américain éponyme, Fulbright est le programme phare de mobilité internationale universitaire du gouvernement américain. Grâce au financement du programme Fulbright, plus de 380.000 lauréats de 160 pays ont pu effectuer un séjour d’études ou de recherche dans un autre pays. Parmi les lauréats figurent des prix Nobel et chefs d’état ou de gouvernement. Il existe 49 commissions bilatérales dans le monde chargées d’administrer le programme Fulbright entre les US et le pays dont elles dépendent.
En France, le programme est administré depuis 1948 par la Commission Franco-Américaine, un organisme binational. Sa gouvernance et son financement sont partagés entre le Département d’État américain, le Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères, le Ministère de l’Enseignement Supérieur de la Recherche et de l’Innovation, et des partenaires régionaux, universitaires et privés.
Depuis 1948, 21.244 lauréats des deux pays ont pu bénéficier du programme Fulbright France :
- 12.294 français pour aller aux États-Unis d’Amérique
- 8.950 américains pour venir en France
La Commission favorise les échanges éducatifs et culturels entre la France et les Etats-Unis dans le but de partager, de promouvoir, de faire progresser des savoirs et des compétences, de répondre aux défis auxquels sont confrontés nos sociétés, d’établir des liens durables au niveau personnel et professionnel entre les deux pays, et de contribuer à la compréhension mutuelle entre les peuples.
Source : https://fulbright-france.org/fr)
Rencontre avec un lauréat de la bourse Fulbright
Steeven Chaloyard est Docteur en psychologie cognitive. Il a effectué sa thèse à l’université de Rouen Normandie, au sein du laboratoire CRFDP (Centre de recherches sur les fonctionnements et dysfonctionnements psychologiques). Il a récemment obtenu la bourse Fulbright et réalise un séjour de recherche à l’université du Missouri du 1er septembre 2026 au 31 août 2027.
- Vous avez récemment obtenu la bourse Fulbright, grâce à elle, vous faites vos recherches à l’université du Missouri. Parlez-nous de ce séjour.
Je viens de commencer un projet de 12 mois à Columbia, Missouri, dans le Midwest américain. Le climat n’est pas trop dépaysant pour le moment, et les habitants sont très accueillants. Ce que j’ignorais avant d’arriver, c’est à quel point l’histoire du Missouri est liée à celle de la France. Cet État faisait autrefois partie de la Louisiane française, et on en trouve encore des traces aujourd’hui, notamment une communauté francophone assez développée pour la taille de la ville. Columbia abrite l’université du Missouri, et plus particulièrement l’« Attention & Distraction Lab » du professeur Nicholas Gaspelin, avec qui j’espère mener une collaboration fructueuse cette année. Au-delà du laboratoire, c’est aussi une immersion complète dans un quotidien nouveau qui m’est presque totalement inconnu. Tout est relativement nouveau pour moi, mais chaque nouvelle rencontre et chaque visite me rendent très optimiste vis-à-vis de l’expérience scientifique et humaine que cette bourse Fulbright Chercheur – Normandie représente pour moi.
- Sur quoi portent vos recherches ?
Mes recherches portent sur l’attention, et plus précisément sur la manière dont notre cerveau distribue ses ressources et gère les situations multitâches. Lors de ma thèse en psychologie cognitive à l’université de Rouen Normandie, j’ai étudié les mécanismes attentionnels en jeu lorsque nous devons partager nos ressources mentales entre plusieurs informations. Bien que nous nous placions régulièrement dans de telles situations au quotidien ,le téléphone au volant étant sans doute l’exemple le plus parlant et le plus problématique, il apparaît que le cerveau humain est relativement limité dans sa capacité à traiter deux tâches simultanément. Classiquement, lorsque nos ressources sont mobilisées sur une tâche, une seconde tâche se retrouve mise en attente faute de ressources disponibles. Mes travaux ont cherché à comprendre pourquoi et à identifier les facteurs qui facilitent ou contraignent nos performances dans ces situations, à travers plusieurs expériences en laboratoire. Ma thèse défend l’idée que cette limite n’est pas tant imposée par une structure cognitive rigide empêchant tout partage des ressources que par la manière dont nous évaluons et nous nous préparons à la situation. En priorisant, souvent inconsciemment, une tâche au détriment d’une autre, nous condamnons la seconde à être ralentie. C’est une vision plutôt optimiste des capacités cognitives humaines, puisque la limite cognitive serait moins une barrière fixe qu’une stratégie entraînant un déséquilibre préparatoire qu’il est possible d’ajuster.
C’est dans cette continuité que s’inscrit mon projet avec le professeur Gaspelin, dont le laboratoire est aujourd’hui l’un des laboratoires de référence dans l’étude de l’attention. Il s’appuie sur des méthodes de pointe comme l’électroencéphalographie (EEG) et l’eye-tracking, qui permettent de mesurer l’attention non seulement à travers le comportement, mais aussi directement à travers l’activité cérébrale et les mouvements oculaires. Le couplage de ces méthodes permet une précision impossible à atteindre autrement, et donc une compréhension fine des mécanismes attentionnels. Les travaux de son laboratoire portent sur un autre aspect de l’attention : comment notre cerveau parvient, ou au contraire, échoue à ignorer des distracteurs saillants (une notification, une couleur vive) lorsque nous sommes concentrés sur une tâche ? Son laboratoire a notamment contribué à l’hypothèse de la suppression du signal, selon laquelle notre cerveau ne se contente pas d’ignorer passivement une distraction, mais met en œuvre un mécanisme actif pour en supprimer le traitement. Notre collaboration sur ce projet, rendue possible par Fulbright et la Région Normandie, vise à adapter les méthodes de pointe développées dans son laboratoire à mes propres questions de recherche : existe-t-il des preuves physiologiques d’une stratégie comme origine des limitations en situation de double tâche ?
- En quoi ce programme vous aide-t-il ?
Ce programme m’aide à plusieurs niveaux. D’abord, au niveau de ma recherche, cette année devrait me permettre de me former à des méthodes de pointe telles que l’EEG et l’eye-tracking afin de les mettre au service de mes propres questions. C’est également l’occasion de construire des ponts entre deux littératures de l’attention jusqu’ici étudiées séparément, afin d’avoir une compréhension plus globale de cette fonction cognitive. C’est aussi l’occasion de tisser une collaboration durable entre la Normandie et un laboratoire reconnu mondialement pour ses recherches sur l’attention, et d’élargir mon réseau au contact de chercheurs issus d’horizons différents. Sur le plan professionnel, mon objectif est de devenir enseignant-chercheur : au-delà de la ligne qu’elle ajoutera à mon CV, cette expérience de collaboration et d’immersion dans un laboratoire international, avec le pilotage d’un projet dans une autre langue, dans un nouveau laboratoire, me semble être une préparation concrète à ce métier. Enfin, sur un plan plus personnel, ce séjour est une découverte. C’est une chance unique de s’immerger dans une nouvelle culture, de faire de nombreuses rencontres et de faire tomber de nombreux stéréotypes. Fulbright m’offre une chance unique de grandir à la fois comme chercheur et comme personne.
Date de publication : 02/10/26