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Se prémunir face aux risques sur le terrain

Tout établissement d’enseignement supérieur et de recherche doit assurer la sécurité et protéger la santé de ses personnels et de ses usagers pendant l’exercice de leurs activités. À l’université de Rouen Normandie, c’est la Direction de la prévention des risques qui est en charge du sujet. Parmi ses missions, il y a évidemment tout ce qui concerne les risques au sein des laboratoires. Mais il existe un aspect parfois plus méconnu qui touchent directement les chercheurs : les risques sur le terrain.

Enseignants-chercheurs, ingénieurs, chercheurs associés, doctorants… ils sont nombreux à se déplacer sur le terrain dans le cadre de leurs recherches. Afin que cela se passe le mieux possible, que personne ne subisse un accident, la Direction de la prévention des risques (DPR) a mis en place une démarche pour accompagner les chercheurs. C’est Elodie Langer, ingénieure en prévention des risques, qui pilote ce projet, assisté de des assistantes de prévention de l’UFR Santé et du laboratoire ECODIV. « Je travaille sur ce dispositif depuis environ trois ans. Jusque-là, nous n’avions pas forcément les informations autour de ce que faisaient les chercheurs sur le terrain, de comment ils le faisaient, des risques qu’ils rencontraient, de ce dont ils avaient besoin ou non. J’ai pris tous les renseignements possibles, en essayant de bien prendre en compte ce qui avait déjà été mis en place par les unités de recherche ». Tout le travail préalable s’est fait en lien avec plusieurs laboratoires et notamment M2C, ECODIV et IDEES. L’idée était de découvrir les différentes pratiques, tant sur les phases de recherche que lors de travaux pratiques en extérieur.

L’évaluation des risques avant le départ

Comment fonctionne ce dispositif mis en place par la Direction de la prévention des risques ? Au moment de saisir son ordre de mission, il est demandé au chercheur de compléter un document d’évaluation des risques, sans quoi celui-ci ne pourra pas être établi. Le chercheur peut bien sûr sur se faire aider de l’assistant de prévention de son laboratoire. La DPR évalue ensuite le risque via trois axes. Le premier : où ? Dans quels pays ? Dans quelle zone ? Quel milieu ? Le deuxième : pour quelle activité ? Faudra-t-il creuser ? Utiliser un bateau ? Bivouaquer ? Le troisième : quels secours ? Est-ce que ce sera en milieu isolé ? À deux ? En groupe ?

Il faut croiser ces trois aspects pour bien évaluer les risques de terrain. Après analyse et en fonction des risques, Elodie Langer avise. « Je peux demander un rendez-vous où il y aura simplement une discussion. Mais parfois il y aura besoin d’acheter du matériel comme des vêtements pour résister à des températures extrêmes de -50°C, un téléphone satellite ou une trousse de secours spécifique ». Dans ces cas-là, il y a des délais à respecter et c’est pour cela que la procédure a été créée, pour que tout soit bien anticipé.

Questionnements et formations

Pour les départs à l’étranger, quel que soit le terrain ou le pays, il y a une procédure rédigée par la DPR à respecter. Dans cette procédure, on apprend notamment quels vaccins sont nécessaires selon le pays.

En sécurité, il y a une partie obligatoire parce qu’il y a certains éléments qui sont écrits dans le code du travail. C’est, par exemple, le cas de la formation au gilet de sauvetage que la Direction de la prévention des risques est en train de développer à l’URN. À côté de cela, il y a des formations qui ne sont pas obligatoires dans le code du travail. « C’est quand on fait l’évaluation des risques qu’on se dit qu’il serait pertinent de dispenser cette formation. Et une fois qu’elle est bien identifiée, elle devient obligatoire au sein de notre établissement. C’est le cas de la formation secouriste en milieu isolé ».

À l’URN, de nombreuses personnes sont formées pour devenir sauveteur secouriste du travail. Mais pour les chercheurs qui travaillent sur le terrain, il faut aller plus loin. D’où la mise en avant de la formation secourisme en milieu isolé que doivent suivre les membres de l’Université concernés par ce type de déplacement.

« On pense souvent aux risques à l’étranger, mais il faut avoir conscience que les risques en milieu isolé concernent aussi la France métropolitaine. La montagne, la mer, même croiser un taureau dans un champ, cela peut engendrer des risques auxquels il faut être bien préparé », poursuit Elodie Langer. « Un des premiers dangers, c’est de ne pas savoir que c’est dangereux. Si on a en tête le danger, il y a déjà une méfiance, une vigilance. La formation secouriste en milieu isolé apprend à ne pas compter sur des professionnels dans l’immédiat. Il faut pouvoir attendre deux heures, dix heures, deux jours. On apprend donc à faire des straps ou à utiliser du matériel pour lutter contre le froid, contre les morsures ».

Développer cette démarche dans tout l’URN

Depuis son lancement ce dispositif a été bien identifié, notamment grâce aux assistants de prévention qui sont le relais de la Direction de la prévention des risques au sein des unités de recherche. Mais la DPR aimerait qu’il soit encore plus visible et plus suivi. « L’obligation n’est pas l’argument principal que nous mettons en avant à la DPR. Nous le disons pour que les gens aient conscience qu’il s’agit de la loi, mais le plus important c’est de faire comprendre à nos chercheurs pourquoi c’est important d’anticiper les risques. Anticiper et se préparer c’est éviter d’avoir un accident. Si le chercheur veut rentrer avec sa recherche, ou même la mener jusqu’au bout, il doit être prudent. Par exemple se faire une fracture, c’est potentiellement ne pas mener sa recherche à bien », continue l’ingénieure. « On sait que cela est peut-être parfois lourd. Parce que la prévention des risques c’est des procédures, c’est du matériel qui peut être plus encombrant. Mais il y en a besoin pour réussir sa recherche. Les enjeux sont conséquents ».

Le témoignage de Lucie Vincenot, maîtresse de conférences à l'UFR Sciences et techniques

Lucie Vincenot, maîtresse de conférences à l’UFR Sciences et techniques de l’URN et membre du laboratoire de recherche ECODIV (Étude et compréhension de la biodiversité) a bénéficié du dispositif mis en place par la Direction de la prévention des risques. Ses recherches portent sur les relations entre la biodiversité et la gestion forestière, notamment les effets des différentes pratiques de sylviculture. Récemment elle s’est rendue à Cuba dans le cadre d’une thèse de doctorat. Elle témoigne.

« Dans notre unité de recherche ECODIV, nous sommes très bien formés sur les risques, au sein du laboratoire, comme sur le terrain. C’est la Direction de la prévention des risques qui se charge de nos formations. Nous sommes notamment formés au secourisme en milieu isolé. C’est quelque chose d’important, même en France métropolitaine. À Ecodiv, nous travaillons beaucoup en milieux prairiaux ou forestiers, parfois à distance des voies de communication, parfois sans réseau. Cette formation est donc importante, tout comme le fait de ne jamais se déplacer seul. C’est une des règles que nous avons établies il y a quelques années.

Par rapport à Cuba, j’avais fait une demande d’ordre de mission. Elodie Langer, de la DPR, m’a alors contactée. Nous avons pris un moment pour discuter ensemble des différents risques à envisager, des choses auxquelles je n’avais pas forcément pensé. Cela m’a permis de reposer des questions d’organisation que je gardais pour moi.

Sur place, j’ai eu la chance d’être prise en charge par les collègues du Jardin botanique de la Havane. Ils avaient pris en charge toute la logistique, les guides d’écotourisme, les transports, le logement, etc.

Pendant ce voyage, nous avons fait un bivouac de plusieurs jours dans le Parc National de Humboldt, en moyenne montagne. Nous étions avec des écoguides et un fermier local qui nous a bien aidés. Mais c’est aussi pour ces quelques jours que l’échange avec la DPR m’a bien aidée. Cela m’a permis de préciser quelles questions poser à mes collègues. Elodie m’a dit que c’était légitime de poser toutes les questions que j’avais en tête. De leur côté mes collègues ont organisé plein de choses, mais moi cela m’a rassuré de pouvoir poser mes questions. Ce rendez-vous m’a aussi permis de penser à certaines choses auxquelles je n’aurais pas forcément pensé. Est-ce qu’il y a des animaux ou des plantes dangereuses auxquelles nous pourrions être confrontés ? Comment on fait pour avoir de l’eau potable ? Quels médicaments je prévois ? Quoi transporter et quoi manger lors du bivouac ? Toutes ces choses qui relèvent de l’habitude en France et auxquelles je n’aurais pas forcément pensé pour aller à Cuba.

La DPR m’a poussé à poser des questions. Ces questions ont montré aux collègues cubains les préoccupations que je pouvais avoir. Ces questions ont permis aux collègues d’anticiper certaines choses et créer un climat sûr et serein qui a permis de travailler correctement. »

Bivouac dans Parc national Alejandro de Humboldt à Cuba

Une conférence pour aller plus loin

Le 10 novembre 2026, la Direction de la prévention des risques organise une conférence autour des risques sur le terrain et de comment se prémunir face à cela. Le but est d’amener un maximum d’informations aux chercheurs. Il peut parfois en manquer à ceux qui débutent. Et il faut parfois faire changer certaines habitudes en fonction des évolutions techniques ou des normes qui changent. Elodie Langer développe : « Pendant les études, il y a tout un apprentissage des risques en laboratoire. Par contre peu de choses sont enseignées autour des risques sur le terrain. Certes, il y a beaucoup de principes liés au bon sens, mais il y a aussi beaucoup de notions qu’il est bon de savoir. C’est l’idée de cette conférence : donner des clés aux jeunes chercheurs,  et compléter les bonnes pratiques des chercheurs expérimentés ».

Pour cette conférence, plusieurs intervenants extérieurs sont invités. Il y aura notamment un explorateur qui a parcouru tout le globe, de l’Arctique aux jungles amazoniennes et qui a une importante expérience des missions scientifiques sur le terrain. Sera également présent un journaliste qui forme les reporters de guerre à la sécurité. Un kinésithérapeute proposera des éléments de préparation physique avant les activités de terrain.

C’est une conférence qui est ouverte au personnel de l’URN, comme aux extérieurs, concernés par ce travail sur le terrain. Lors des recherches sur le terrain, il y a souvent des équipes communes avec d’autres universités. La DPR trouvait donc intéressant que tous les chercheurs puissent avoir le même niveau d’information concernant la prévention des risques sur le terrain. L’avantage de cette conférence est qu’elle permet de transmettre les bonnes pratiques et les bonnes idées afin d’ouvrir des discussions entre chercheurs.

« Nous ne voulons pas tomber dans quelque chose de très descendant, le directif ou le moralisateur. L’idée est plus de donner des conseils et d’informer sur des moyens, afin que cela puisse créer un déclic et donner envie de s’interroger et de se former », conclut Elodie Langer.

En savoir plus sur la conférence

Date de publication : 23/09/26