Émouvante cérémonie de Doctorat honoris causa
Le doctorat honoris causa est une distinction honorifique décernée par des universités du monde entier. En France, son attribution obéit à des règles spécifiques, fixées depuis 2000 par le Code de l’éducation. Les principes d’attribution ont connu de nombreuses évolutions depuis 1918 et la remise du premier doctorat honoris causa à Woodrow Wilson, président des Etats-Unis à l’époque. Réservé aux personnalités de nationalité étrangère, il récompense des contributions remarquables aux sciences, aux lettres, aux arts, à la France ou à l’établissement qui le décerne.
Distinction prestigieuse et rare, le doctorat honoris causa a été attribué à un peu plus de 5 300 personnalités par les établissements français depuis sa création. À l’université de Rouen Normandie, cette distinction est encore plus rare. Depuis sa création en 1966, l’Université avait décerné 28 doctorats honoris causa. Jusqu’à ce mercredi 17 juin 2026. Avec les quatre personnalités distinguées à l’occasion de son 60ᵉ anniversaire, ce sont désormais 32 docteurs honoris causa qui composent cette histoire d’excellence et d’ouverture internationale.
L’université de Rouen Normandie compte désormais quatre nouveaux récipiendaires du doctorat honoris causa.
- Nilda Guimarães Alves, professeure émérite de l’université de l’état de Rio de Janeiro (Brésil) et spécialiste des sciences de l’éducation ;
- Ignacio Villaverde, professeur de droit constitutionnel et recteur de l’université d’Oviedo (Espagne)
- Laure Bindels, professeure à l’université catholique de Louvain (Belgique) et spécialiste du microbiote intestinal, en oncologie et en médecine de précision
- Thomas F. Kelly, professeur en science et ingénierie des matériaux à l’université du Wisconsin-Madison (Etats-Unis)

Une cérémonie émouvante et musicale
Quand on est une référence dans son domaine, les honneurs et les distinctions jalonnent souvent un parcours d’excellence. Pourtant, ce mercredi 17 juin 2026, il était palpable dans l’atmosphère que les quatre récipiendaires de cette cérémonie de doctorat honoris causa étaient émus, ravis, touchés par l’hommage qui leur a été rendu. Nilda Alves a eu du mal à terminer son discours, l’émotion traversant sa voix. Et tous les quatre ont remercié à de très nombreuses reprises l’Université pour l’honneur qu’elle leur faisait. « Je voudrais commencer mon discours en exprimant ma sincère et profonde gratitude à l’université de Rouen Normandie pour l’honneur qui m’est fait aujourd’hui en m’accordant la distinction de docteur honoris causa. Je suis extrêmement fière de rejoindre la communauté universitaire de l’URN. Je tiens à féliciter les trois autres récipiendaires de cette distinction. C’est un honneur pour moi de partager cette scène avec de telles personnalités », a dit Laure Bindels dans son discours.
Parmi ces personnalités, Ignacio Villaverde a également tenu à remercier l’URN d’une manière émouvante : « Il y a des moments qui définissent notre vie universitaire : le jour où l’on est diplômé, le jour où l’on devient professeur. Ce sont des moments de joie et d’accomplissement personnel au cours d’un voyage académique. Aujourd’hui, je vis ce moment avec une profonde émotion grâce à l’université de Rouen Normandie. Cela fait partie de ces occasions où l’on se sent humble face à un tel honneur et une telle émotion alors qu’on nous offre une telle responsabilité. Il n’existe pas d’honneur académique plus haut ».
Sur la scène, l’émotion a été sublimée grâce à Pierre Déchelotte, Professeur des Universités – Praticien Hospitalier (PU-PH) en Nutrition. Également chef de chœur de la chorale de l’UFR Santé et du CHU, il a rendu hommage aux nouveaux docteurs honoris causa en interprétant au piano des œuvres choisies en écho à leur parcours et à leur histoire. Un morceau d’un compositeur brésilien, un morceau de Maurice Ravel né à proximité de l’Espagne, ou encore le morceau « Freedom » pour faire écho à certains discours.
Carrière à l’honneur, recherche en exergue
Outre les interludes musicaux, la cérémonie a été rythmée par les présentations des carrières des quatre récipiendaires par un membre de la communauté universitaire rouennaise. C’est Stéphanie Gasse, professeure des universités en sciences de l’éducation, qui a commencé par présenter Nilda Alves. « Nous rendons hommage à une chercheuse dont le parcours exceptionnel a profondément influencé le champ de l’éducation au Brésil, en Amérique latine et au-delà », a expliqué l’enseignante-chercheuse avant de continuer. « Nilda Alves nous enseigne à reconnaître la richesse des expériences ordinaires, à écouter les voix souvent invisibilisées et à comprendre que l’éducation se construit dans la complexité des relations humaines, des cultures et des réseaux qui traversent la vie sociale. Au-delà de la chercheuse imminente à la production intellectuelle féconde, nous honorons aujourd’hui une intellectuelle engagée, une formatrice de générations d’enseignants et de jeunes chercheurs. Une femme qui a toujours placé la connaissance au service de l’émancipation humaine et de la démocratie. Son parcours est indissociable d’un engagement inlassable en faveur de l’école publique, de la justice sociale, du droit à une éducation de qualité pour tous ».
Pour Ignacio Villaverde, c’est Eric Dargent, professeur en physique des matériaux et Vice-Président Relations internationales et Alliance européenne, qui s’est attelé à le présenter. Il a la fois mis en avant le chercheur et l’homme qui travaille à la construction européenne grâce à leur collaboration au sein de l’alliance INGENIUM. « Lorsqu’en 2025 nous avons commencé à réfléchir aux personnalités internationales que nous souhaitions honorer, le nom du professeur Villaverde nous est apparu, au président Le Derf et à moi-même, comme un choix évident. Ce choix s’imposait d’autant plus, qu’outre son prestige académique et son influence scientifique, il apporte une contribution significative à l’internationalisation de notre université », a évoqué Eric Dargent.
C’est ensuite Moïse Coeffier, professeur des université – praticien hospitalier, qui est monté sur scène afin de rendre hommage à Laure Bindels. « La professeure Bindels est encore une jeune chercheuse, et pourtant, elle a déjà une carrière extraordinaire. Elle est une véritable experte du microbiote intestinal, de cancérologie et de la cachexie qui y est associée. Grâce à sa rigueur, sa créativité et son engagement, elle est devenue l’une des personnes les plus influentes dans ce champ de recherche. Aujourd’hui notre université tient à reconnaître les deux dimensions du professeure Bindels : ses exceptionnels accomplissements sur le plan de la recherche, ainsi que ses qualités humaines qui permettent d’amplifier l’impact de ses recherches ».
Enfin, c’est François Vurpillot, professeur des universités en science des matériaux, qui a fait les honneurs et présenté la carrière de Thomas Kelly. Il s’est notamment amusé à faire un parallèle frappant entre Jules Verne et le chercheur américain en présentant différents pans de sa carrière. « Aujourd’hui nous rendons hommage non seulement à un scientifique visionnaire et à un entrepreneur d’exception, mais aussi à un être humain remarquable. À l’image de Jules Verne, Thomas Kelly nous a invités à imaginer des voyages qui semblaient autrefois impossibles. Mais contrairement à Jules Verne, il ne s’est pas contenté de les imaginer : il nous a aidés à les rendre réels. Et tout au long de cette extraordinaire aventure, il est resté celui que ses amis et ses collègues connaissent si bien un homme ouvert aux autres, dévoué, généreux et un véritable ami ».
Après chaque introduction, les nouveaux docteurs honoris causa ont reçu leur diplôme des mains de Franck Le Derf, président de l’université de Rouen Normandie. Ils ont ensuite pris la parole à tour de rôle. Tous ont exprimé leur profonde gratitude, remerciant chaleureusement l’URN pour cette distinction ainsi que leurs proches pour leur soutien tout au long de leur parcours.
Chacun a enfin proposé une présentation d’une dizaine de minutes consacrée à ses travaux de recherche, partageant avec l’assemblée les grandes lignes de son parcours scientifique, les enjeux de ses recherches et les perspectives qu’elles ouvrent pour la société.
Liens avec l’URN et prises de consciences politiques
Lors de ces discours, outre leurs recherches, chacun des récipiendaires a pu mettre en avant les sujets qui leur tenaient à cœur. Thomas Kelly a tenu à mettre en avant sa proximité et la puissance de ses relations avec l’université de Rouen Normandie. « Pendant 35 années, j’ai eu le plaisir de travailler à la frontière passionnante entre les sciences et l’ingénierie. Pendant tout cette période, l’université de Rouen Normandie a été véritable centre névralgique de la recherche dans notre domaine. L’avènement de la sonde atomique m’a tellement enthousiasmé que j’ai orienté mon attention vers ce domaine fascinant. Je garde un souvenir ému des conférences annuelles auxquelles j’ai assisté, notamment sur le campus de Mont-Saint-Aignan. J’attendais à chaque fois avec impatience la conférence donnée par le GPM, le Groupe de physique des matériaux de l’URN. Nous savions à l’époque que nous assistions à un moment historique ».
De son côté, Ignacio Villaverde a voulu mettre en avant son amour et son admiration pour l’Université et tout ce qui l’entoure. « Je suis fier d’être un membre de la communauté universitaire. Je ne sais pas comment être quelqu’un d’autre. Je n’ai jamais voulu être quelqu’un d’autre et faire quelque chose d’autre. Je ne peux pas concevoir ma vie hors de l’Université. Je suis qui je suis parce que j’ai été assez chanceux pour que la vie m’apporte l’opportunité d’être à l’Université. Mais pas n’importe quelle université : une université publique. Je veux donc profiter de cette journée et de cette opportunité pour utiliser ma voix pour défendre l’Université. Elle est l’espoir de tant de personnes, c’est le dernier rempart contre le barbarisme. Il ne peut pas y avoir de liberté, d’égalité ou de démocratie, sans l’Université ». Avant de conclure son discours, Laure Bindels a également tenu ce type de propos. « Nous sommes à une époque où certaines valeurs comme l’égalité et la diversité sont menacées, même dans des démocraties. Nous devons continuer à promouvoir ces valeurs. Cela fait partie du rôle des universités modernes ».
Pour Nilda Alves, ce titre de docteur honoris causa est un immense honneur. Elle le voit comme une récompense personnelle, mais également bien plus globale. « Le titre que je reçois aujourd’hui revêt pour moi une signification toute particulière, pour le domaine de l’éducation au Brésil, ainsi que pour mon université. Du fond du cœur, je vous remercie pour l’honneur que me fait aujourd’hui l’université de Rouen Normandie. Je souhaiterais dédier cet honneur aux enseignantes et enseignants brésiliens qui constituent la plus grande catégorie professionnelle du Brésil et qui, parce qu’ils détiennent le lien quotidien avec la population brésilienne, sont aujourd’hui traités par des gouverneurs et maires de droite comme des personnes qu’il faut éliminer. Vive la France, qu’elle demeure la terre des libertés, égalités et fraternités que j’ai découvertes en 1967 lorsque ma famille cherchait exile ».
Cérémonie réussie et moment institutionnel fort
Pour Franck Le Derf, cette cérémonie a une importance toute particulière. Organisée à l’occasion des 60 ans de l’Université, elle incarne ce que l’Université a de plus précieux : la reconnaissance de parcours scientifiques et intellectuels exceptionnels, la célébration de l’excellence, et l’ouverture de l’université sur le monde. « Au nom de l’université de Rouen Normandie, je tiens à vous exprimer notre reconnaissance la plus profonde. Vous êtes aujourd’hui distingués non seulement pour l’excellence de vos travaux, mais aussi parce que vos parcours, vos engagements et vos collaborations incarnent ce que nous sommes : une université de recherche, ouverte, internationale, et pleinement engagée dans les grandes transitions scientifiques, sociales et démocratiques de notre temps. Votre présence ici nous honore. Elle honore notre communauté universitaire. Elle honore aussi l’idée même d’une science partagée, exigeante et ouverte sur le monde », conclut le président de l’Université avec un sourire.
Dernière mise à jour : 24/06/26
Date de publication : 19/06/26