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Rencontre avec un enseignant-chercheur de l'Université

Renaud Garcia-Bardidia, laboratoire NIMEC

Enseignant-chercheur et directeur du laboratoire NIMEC (Normandie Innovation Marché Entreprise Consommation)

"Je conçois le lien enseignement-recherche comme une co-production de connaissances dans laquelle mon rôle est de donner envie de s’approprier des méthodes et des théories pour penser."

  • Pouvez-vous vous présenter ? Quelle est votre thématique de recherche ?

Je suis Professeur des Universités à l’IUT d’Évreux depuis cinq ans. J’y enseigne principalement le marketing, le comportement du consommateur et les méthodes d’enquête. Cela correspond aux thématiques de recherche que je développe au laboratoire NIMEC : ce qui m’intéresse, c’est la manière dont Internet – dans son ensemble, avec tous les usages que l’on peut en faire – transforme la consommation, la socialisation et les marchés. Je travaille sur ces thématiques depuis 20 ans à partir de terrains qui ont suivi les évolutions de cet objet : groupes de discussion, réseaux socio-numériques, téléchargement, jeux vidéo, plateformes collaboratives…

 

  • En quoi consiste la recherche en sciences de gestion ?

Les sciences de gestion sont une discipline assez récente et sans doute moins connue que d’autres qui peuvent porter sur des objets proches comme l’économie. Une première manière de décrire ce que sont les sciences de gestion est de rappeler qu’elles rassemblent des disciplines variées qui découlent des fonctions qu’on trouve dans les organisations : marketing, finance, ressources humaines, comptabilité, stratégie etc. Mais il y a de nombreuses approches possibles pour faire de la recherche en sciences de gestion. Pour certains collègues, il s’agit d’aider les praticiens à élaborer des outils de gestion qui améliorent l’efficacité au travail et la performance des entreprises. La part statistique de ces travaux est assez importante. Pour d’autres, l’objectif est plutôt de comprendre comment fonctionnent ces organisations dans lesquelles nous passons une grande part de notre vie, comment leurs membres s’approprient des outils, des techniques ou des manières d’être, et comment en retour cela fait évoluer les marchés, voire la société dans son ensemble. Ceux qui adoptent cette posture vont souvent avoir des méthodes plus orientées sciences sociales, par exemple issues de la sociologie, de la psychologie ou encore de l’histoire.

 

  • Quelle est l’articulation entre vos enseignements et la recherche ?

Cela marche dans les deux sens. Mes recherches nourrissent mes cours car j’ai la chance d’enseigner sur des thématiques liées à mes recherches qui portent sur la compréhension des usages d’Internet et la manière dont cela transforme la consommation au quotidien, les modèles économiques, la manière dont les gens socialisent avec ces outils. Je le fais sur des terrains qui sont particulièrement parlants pour les étudiants : les jeux vidéo, le téléchargement, les plateformes collaboratives. Les échanges que j’ai avec eux lors des cours ou des projets me permettent aussi d’enrichir mes connaissances sur ces domaines, de tester des idées avec eux. Je conçois en fait ce lien enseignement-recherche comme une co-production de connaissances dans laquelle mon rôle est de donner envie de s’approprier des méthodes et des théories pour penser. C’est d’ailleurs en ce sens que nous avons monté avec des collègues de différentes universités des modules de cours communs dont l’objectif est de produire des documentaires vidéographiques orientées recherche avec l’idée de les partager dans un festival itinérant entre ces universités. J’ai la chance de pouvoir ainsi faire de la formation à la recherche par la recherche y compris en premier cycle, ce qui me paraît être l’un des rôles essentiels de l’université.

 

  • Comment s’intègrent vos travaux de recherche sur le territoire normand ?

Travailler sur des objets comme les miens permet de nouer des liens avec des acteurs locaux (collectivités, associations, entreprises) qui ont besoin de mieux comprendre leur fonctionnement ou leur public. Faire de la recherche orientée terrain rappelle qu’on est toujours inscrit dans un territoire. Mais ce n’est pas la seule manière de faire vivre la recherche sur un territoire : l’enseignement et la médiation scientifique sont très importants. C’est avec cette transmission que nos résultats se diffusent. À titre personnel, j’aime beaucoup intervenir dans des lieux normands autres que l’université – lieux culturels, festivals – sous forme de conférence : cela oblige à mieux comprendre ce qu’on fait pour le transmettre et en discuter avec un public beaucoup plus large.

 

  • Comment pourriez-vous encourager un étudiant qui souhaite poursuivre ses études dans les domaines de la recherche ?

C’est un métier passionnant pour de nombreuses raisons. Pouvoir enseigner, faire de la recherche, gérer des projets ou des équipes, c’est une chance. Peu de métiers le permettent à ce point. Et encore une fois, le fait de travailler sur des objets qui font partie du quotidien est fascinant et riche d’échanges. Le meilleur moyen d’encourager les étudiants pour suivre cette voie, c’est de vivre son métier avec passion, et honnêteté sur les difficultés aussi, de construire avec eux des savoirs qui nous soient utiles notamment pendant les cours. Leur donner le goût de comprendre et de transmettre !