RECHERCHE
Les programmes de recherche 2000-2004 ont été organisées autour d'axes fédérateurs. Certaines recherches sont transversales à plusieurs axes. Le LEDRA a développé des recherches autour de cinq axes thématiques, que relient deux axes transversaux, l'un tourné vers la réflexion conceptuelle, l'autre méthodologique. L'essentiel des recherches porte sur l'Afrique de l'Ouest et l'Inde.
Les axes thématiques
Axe : Identités et lieux
Participant à l'axe " Identités et lieux " primitivement prévu mais dont l'intitulé et l'orientation ont beaucoup varié au gré des circonstances UMR, les chercheurs du LEDRA sont restés à peu près calés sur le thème du rapport " identité-localité " pris du point de vue des idéologies spatiales.
- Ville et identité
Après les travaux sur la ville de nomades et ceux qui portaient
sur la forme de nouvelles questions se posent. Si l'urbanité est
fondée sur la mobilité, il est difficile d'ancrer l'identité
dans une parcelle comme le quartier qui reste la transposition du village.
En ville, les formes de la distance sont mêlées et non réglées
par la terre. Les découpages " écologiques " et
les typologies socio-économiques et culturalistes des villes sont
apparus insuffisants. De la même manière, tous les stéréotypes
" moraux " positifs ou négatifs (la ville rend libre,
on y perd son âme) ont été écartés des
implicites fréquemment décelables. Cela conduisait à
réviser le concept même de ville lorsqu'il est apparu qu'en
fait de concept, c'est un modèle idéal (classique européen)
qui était la base de toute observation. L'urbanité ne pouvait
pas se traduire en agglomération-ségrégation.
Le programme VOLE (l'alternative de la ville ou de l'Etat) satisfaisait
à la confrontation de deux objets qui ne sont pas seulement spatiaux.
La ville et l'Etat sont universels (Lefebvre) et présentent en
même temps une figure de l'alternative géographique dont
disposent (métaphoriquement) les sociétés pour affirmer
leur identité au monde quand la relation l'emporte sur la disjonction
communautaire (Wachter). Ville et Etat méritent une visite conceptuelle
sous l'angle géographique puisque la part spatiale de leur définition
est importante et l'effet de modèle très prégnant.
Un rapport scientifique remis au MAE via l'IRD qui ont financé
cette opération est à la base d'un ouvrage en cours de publication
aux Presses Universitaires de Rouen.
- Territoires tribaux
Comme pendants aux travaux sur l'urbanité, ceux qui ont été
consacrés aux territoires tribaux de nature très différente
selon qu'il s'agit des nomades mauritaniens ou des semi-nomades du Deccan
central cherchaient à définir les ancrages spatiaux de populations
mobiles considérées comme peu touchées par les mutations
contemporaines habituellement réunies sous les appellations d'urbanisation
et de mondialisation. Pourtant, le mouvement et la participation à
l'espace général doit y être reconnu et non seulement
comme une sédentarisation ou une acculturation. Le maintien des
identités et, mieux, la capacité de jouer la carte de l'espace
fondaient l'hypothèse d'une continuité et non d'une rupture
à la fois dans le temps et dans l'espace et par là dans
la société. Les oppositions habituelles nomades-sédentaires,
tribaux-castes ne fonctionnent pas sur le modèle du découpage
spatial. Six thèses en cours (Inde et Mauritanie) seront soutenues
entre 2005 et 2006.
D'autres approches de l'identité ont été tentées, par les représentations (V. Coeffé) et les images (G. Liscia), dans des espaces (Hawaï, Sahara) peu explorés par le laboratoire, qui nourrissent la réflexion théorique.
Axe : Mobilité, ruralité, développement
-Fragmentation, enclavement, exclusion socio-territoriale
Une étude approfondie des interactions entre milieu, histoire et
sociétés dans et autour des monts Nallamalai en Andhra Pradesh
central, dernier massif forestier de l'Inde péninsulaire, relativement
protégé par un triple statut de réserve nationale
et mondiale pour sa biodiversité et de territoire protégé
de la tribu de chasseurs collecteurs Chenchu est poursuivie par Luc de
Golbéry depuis 2000. Il prévoit l'étude du milieu
forestier des montagnes semi arides en collaboration avec le Département
des forêts d'Andhra Pradesh et les forestiers de l'Institut Français
de Pondichéry ; sa dégradation sera suivie par imagerie
satellitaire.
L'Inde des régions et populations défavorisées (c'est
l'Inde rurale qui, aux élections de mai 2004, a renvoyé
sans ménagement les artisans de la politique de développement
de " l'Inde qui resplendit " (shining India), essentiellement
urbaine) fait l'objet d'une recherche et d'une expertise qui se placent
en intersection de ces deux thèmes.
- Enclavement, circulation, recompositions spatiales
Les travaux consacrés à l'enclavement et la fragmentation
spatiale et territoriale avec les exemples régionaux du Sénégal
oriental (avec l'IRD), des Açores, du Cap-Vert posent le problème
de la capacité des circulations physiques et du poids des identités
à surmonter les différentes formes d'enclavement. Les indicateurs
socioculturels, les acteurs de l'échange et l'analyse des liens
entre vie de relations et territoire par la dynamique des lieux et des
réseaux permettent d'affiner la mesure du " développement
" compris ici comme le ou les projets économique et social
des acteurs dans les espaces et les territoires.
Confrontés aux circulations virtuelles de la révolution
de l'information et de la communication, les identités territoriales,
traditionnelles ou " forcées " par la décentralisation,
sont inégalement réactives et produisent pauvreté,
vulnérabilité et nouvelles inégalités sociospatiales.
Elles mettent à nu les enjeux sociaux, économiques et identitaires
sans pour autant lever l'ambiguité de l'enclavement (Ninot 2003,
Porcheret 2003, Lesourd 2003 et 2004).
- Migration, TIC et développement
Eric Leclerc, de son côté, aborde l'étude de la communauté
informatique indienne transnationale et son rôle dans le développement
des technologies de l'information à partir de l'Inde. Estimée
à 15 millions de personnes, la communauté d'origine indienne
vivant à l'étranger est la seconde par le nombre après
les Chinois. Dans le secteur des technologies de l'information, ils ont
joué un rôle moteur dans le rôle de cette activité
faisant bénéficier l'Inde de leur position dans les entreprises
américaines ou en investissant pour fonder de nouvelles entreprises
en Inde. L'objectif de cette recherche est double, étudier la façon
dont ces migrants hautement qualifiés participent au développement
économique de leur pays et de leur communauté en redéployant
ces activités vers les marchés émergents à
partir de l'Inde.
D'autres aspects de la mobilité ont été abordées,
comme l'immigration guinéenne au Sénégal, qui met
en évidence les problèmes d'insertion autant que de fragmentation
sociospatiale, mais souligne également la relation forte entre
dynamique économique et réseau ethnique, entre efficacité
économique et identité.
Axe : Etat, politique, pouvoirs
Les interrogations sur la consistance des Etats africains, sur leurs
frontières, sur les conflits (Sahara occidental), les relations
entre Etat et pouvoirs, la gouvernance et la décentralisation,
donc la nature de l'Etat, sont posées à travers le cas de
la Mauritanie (A. Antil).
Plusieurs études s'attachent à montrer la faillite de l'Etat,
et la montée des pouvoirs de la société civile en
Afrique. Mais, au delà du contrôle des aménagements,
l'Etat peut-il gérer les sociétés et influencer les
modèles culturels (Inde) ?
Face aux innovations qu'apporte l'avènement de la société
de l'information, quel peut être le rôle des TIC sur les politiques
publiques, la décentralisation, la gouvernance dans les pays du
Sud (Sénégal, Cap-Vert)
Axe : Santé, culture, mondialisation
Dans les espaces de la santé, qui ne sont plus seulement vus comme
les espaces de la maladie, une dizaine de mémoires de maîtrise,
des articles et plusieurs thèses en cours), ont permis d'ouvrir
des voies aussi diverses que celles du genre (espaces de la maternité
en Inde (V. Chasles), de la mondialisation culturelle et politique par
la diffusion d'une pratique corporelle et spirituelle, le yoga
(A-C Hoyez), ou de la mondialisation économique et politique dans
les tensions installées pour le contrôle du secteur galénique
(A. Vaguet). La géographie des maladies reste présente par
une observation sociale et spatiale et pas seulement " écologique
" de leur système (Burkina Faso, Mali).
La question sanitaire renvoie au concept de risque, à une "
cosmopolitique " (I. Stengers), et interroge le concept d'environnement.
Axe : Dynamiques socio-environnementales : géoarchéologie et risque climatique
Les recherches récentes au LEDRA se sont orientées vers la compréhension des rapports des sociétés anciennes et actuelles avec leur environnement. M. Rasse poursuit les collaborations scientifiques entamées en 2001 avec les Universités de Genève, de Paris X, Oxford et Caen sur les thématiques de géomorphologie et préhistoire, paléo-environnements continentaux quaternaires, espaces et territoires. Elles sont appliquées aux sociétés actuelles, mais aussi aux problématiques des préhistoriens au Mali principalement sur le site de Oujongou au Mali, en Syrie centrale et dans la région de Yushan en Chine (Trois Gorges) qui a donné lieu à de nombreuses publications collectives. Pour sa part, Z. Nouaceur met en évidence la mutation des paysages mauritaniens en relation avec la crise climatique sahélienne.
Les axes transversaux
Les axes transversaux mettent en exergue le savoir-faire cartographique du laboratoire, mais aussi sa capacité de réflexion conceptuelle et théorique. Ils ont pour but de montrer les interactions existant entre méthodes, outils, concepts autant que de valoriser et diffuser la production scientifique.
Axe : Graphique et cartographie
Depuis sa création, le laboratoire LEDRA participe à une recherche et des expérimentations en graphique et cartographie (en collaboration avec le laboratoire MTG) précocement micro-informatisées (dès 1972 !). Ces travaux ont été principalement orientés vers l'objectif " d'aide à la décision " qui se retrouve dans la production d'atlas pratiques et de SIG.
- Atlas " Population et Gestion du Territoire " du Mali (parution
décembre 2004)
Dans la suite de l'atlas de Mauritanie, il veut montrer les articulations
de territoires en pleine transformation par la réinterprétation
des positions. Dans les circonstances de décentralisation qui prévalent
désormais, les unités ordonnées du tableau géographique
sahélo-saharien sont de nouveau invalidées par la mise en
évidence de " régions " qui sont autant de trajets
plutôt que des situations.
Comme tous les programmes C.A.M.P.U.S., le projet comportait trois volets
:
1. Un volet formation pour les chercheurs maliens. Ainsi, 7 enseignants
chercheurs ont été formés, en informatique, cartographie
sur ordinateur et Systèmes d'Information Géographique (S.I.G.),
lors de stages de deux à trois mois à Rouen. Par ailleurs
une enseignante de la Faculté des Lettres Arts et Sciences Humaines
(F.L.A.S.H.) de Bamako a été accueillie pendant un semestre
à Rouen comme professeur invité, en 2001. Cette formation
a été complétée, sur place, à Bamako,
lors de missions de courte durée.
2. Un volet équipement : le département de géographie
de la F.L.A.S.H. a ainsi reçu son premier matériel informatique,
deux ordinateurs Macintosh ainsi que les accessoires nécessaires,
les logiciels de cartographie et le S.I.G. Mac Map.
3. Un volet réalisation concrétisé par cet atlas,
permettant la mise en pratique par une réalisation concrète,
de la formation dispensée.
Cet atlas, comme son nom " Population et Gestion du Territoire "
l'indique, se veut orienté résolument vers le développement.
Pour cette raison, un certain nombre de planches que l'on trouve dans
les atlas classiques, (relief, géologie, sols
), ont été
écartées ici. À côté des cartes habituelles
par unité administrative, ont été réalisées
des cartes de localisation, évolution, structure, au niveau le
plus fin, c'est-à-dire le village, et surtout des cartes par isolignes,
les plus aptes à une analyse fine des relations hommes/espace et
donnant une vision nouvelle et plus précise du territoire malien.
Les travaux et les données recueillies dans le cadre de cet ouvrage,
ont par ailleurs été utilisés pour actualiser et
rénover le vieil atlas réalisé en 1980 par les Éditions
Jeune Afrique, sous la direction de Yves Monnier et avec la participation
de Jean Gallais. On pourra utilement se référer à
cet ouvrage, à vocation plus scolaire, paru en octobre 2001, pour
tout ce qui est données générales sur le Mali (relief,
géologie, climat, économie, études régionales
),
le présent atlas se consacrant uniquement à une analyse
fine de la population.
PLAN DE L'OUVRAGE
L'atlas comporte 44 planches en couleur au format A3 (29,7*42), à
différentes échelles et un recueil de notices au même
format, avec, en moyenne une feuille A3 recto-verso par thème.Planches
1 (a-b-c) : Les densités par arrondissements en 1976, 1987,1998
(population totale).
Planches 2 (a-b-c) :les variations de densités par arrondissements
en 1976, 1987,1998 (population totale).
Planche 3 : La population urbaine.
Planche 4 Les villes et leur évolution.
Planches 5 (a,b,c,) : Les taux de féminité en 1976, 1987,1998.
Planches 6 (a,b,c) :Les migrations 1992 et 1998.
Planches 7 (a,b, c, c1, c2, c3, c4) : La répartition de la population
sédentaire en 1976, 1987,1998.
Planches 8 (a, b, c, c1 ,c2 ,c3 ,c4) : Les taux de croissance de la population
sédentaire entre 1976 et 1987, 1987 et 1998, 1976 et 1998.
Planches 9 (a, b, c, c1, c2, c3, c4) : Les densités de la population
sédentaire par isolignes en 1976, 1987,1998.
Planches 10 ( a, b, c, c1, c2, c3, c4) : Les variations de densité
de la population sédentaire, par isolignes, entre 1976 et 1987,
1987 et 1998, 1976 et 1998.
Planches 11 (a, b, c, ) : les taux de féminité par village
en 1976, 1987,1998.
Planche 11 d : les taux de féminité dans les villes en 1976,
1987,1998.
Participants au programme :
Jean-Claude Arnaud, Professeur, responsable et rédacteur des notices,
LEDRA Rouen, Eric Leclerc, Maître de Conférence, LEDRA Rouen,
Pierre Chapelet, Doctorant, ATER, LEDRA Rouen, Aude Meunier, Docteur en
géographie, LEDRA Rouen, Florence Dumont, Doctorante, LEDRA Rouen,
Diama Togola-Cissouma, Maître de Conférence, FLASH Bamako,
Sibiri Doumbia, Cartographe, FLASH Bamako
- D'autres réalisations ont renforcé cet axe ou sont en cours de développement : un deuxième atlas du Mali (éditions Jeune Afrique) a été réalisé en 2002. En Inde rurale, un programme met en place des systèmes de décision et de suivi (SIG ruraux) des opérations de développement inspirées des méthodes infographiques rouennaises. Les résultats de l'étude seront mis à disposition des Ministères du Développement rural et des Affaires sociales.
Axe : Concepts
A partir des villes indiennes et en particulier du modèle indien
de ville, O. Louiset a engagé une réflexion épistémologique
sur la ville (cerner le concept de ville en géographie en privilégiant
l'apport de disciplines voisines et en s'attachant au problème
de la complexité de la situation urbaine) et une comparaison des
villes du monde (rencontre de l'universel, concept de ville, et du singulier,
modalités locales du fait urbain). Dans quelle mesure le modèle
indien de ville existe-t-il et comment y discerner la part de l'universel
(" ce qui fait d'une ville une ville " J. Lévy) et du
singulier (ce qui renvoie aux conceptions philosophiques, sociales, spatiales
de la société indienne).
D. Retaillé a mené des recherches sur le concept d'espace
nomade en Mauritanie et d'une manière plus générale
dans l'ensemble du Sahel. Plus largement, les concepts de territoire,
aménagement, mais aussi d'expertise ont été interrogés,
qui ont fortement contribué aux avancées de l'UMR (D. Retaillé,
2003). Avec le besoin vérifié d'une prise en compte des
idéologies spatiales, spécialement en matière de
" développement " comme l'on disait encore pendant cette
décennie, c'est la conceptualisation même de l'espace de
la société et l'expertise de l'expertise (la question des
transferts) qui paraissaient devoir retenir l'attention. Ce furent les
axes privilégiés pour une contribution à l'UMR IDEES
s'inscrivant dans la proximité de ses objectifs.
Politique scientifique pour la période 2006-2009
Axes de recherche en cours et en évolution
La collaboration du LEDRA avec l'UMR est organisée dans cinq axes thématiques. La diversité affichée n'est qu'apparente. En effet, les axes problématiques transversaux de recherche sont solidement ancrés dans les priorités affichées par la FRE IDEES et dont les mots-clés sont : " analyse spatiale ", " développement ", " identité ", " innovation ", " méthodes et outils ", " mobilité ", " recompositions urbaines ", " risque ", " santé ". Rappelons ici que l'UMR IDEES a mis en avant (1999-2002), parmi ses préoccupations scientifiques, une exigence de réflexion conceptuelle transversale. Ces cinq axes thématiques prolongent des programmes de recherche en cours ou en proposent de nouveaux.
Axe 1. Identités, intégration, développement
Les travaux consacrés à l'enclavement et la fragmentation
spatiale et territoriale avec les exemples régionaux du Sénégal
oriental (avec l'IRD), des Açores (thèses, 2003), de l'Inde
rurale et urbaine (mémoires et thèses) posent le problème
de la capacité des circulations physiques et du poids des identités
à surmonter les différentes formes d'enclavement. Les indicateurs
socioculturels, les acteurs de l'échange et l'analyse des liens
entre vie de relations et territoire par la dynamique des lieux et des
réseaux permettent d'affiner la mesure du " développement
" compris ici comme le ou les projets économique et social
des acteurs dans les espaces et les territoires.
Confrontés aux circulations virtuelles de la révolution
de l'information et de la communication, les identités territoriales,
traditionnelles ou " forcées " par la décentralisation,
sont inégalement réactives et produisent pauvreté,
vulnérabilité et nouvelles inégalités socio-spatiales.
- Circulations territoriales et identités
L'interrogation sur les recompositions identitaires en Afrique de l'ouest
se fera par l'observation des mobilités humaines dans leurs aspects
organisationnels à fondement social et culturel (réseaux
religieux, culturels, ethno-territoraux) notamment dans les métropoles.
En Inde et dans le monde, les identités se régénèrent
ou se transforment également par le culturel.
- Circulations, acteurs et réseaux dans les territoires
Dans leur composante matérielle (réseaux de transport, pôles
d'échange). Le travail des acteurs montre que les analyses de la
finalité économique et de la structure sociale d'organisation
de ces réseaux dynamiques sont méthodologiquement indissociables.
On insistera sur la nature et le fonctionnement des objets géographiques
nés de la circulation et leurs conséquences sur l'organisation
des espaces et des territorialités.
Axe 2. NTIC, politique et mondialisation
L'approche des dynamiques des diasporas par les NTIC permet de cerner les enjeux identitaires et socio-économiques qui sous-tendent ce type d'organisation. Les enjeux économiques dans la société mondialisée peuvent être classiquement d'insertion dans un segment de marché (Afrique), mais aussi révéler le " retournement " des pôles décisionnels technologiques (Inde) tout en contribuant au renforcement des identités
- Diaspora, TIC et mondialisation:
" La circulation des travailleurs indiens très qualifiés : rôle de la communauté transnationale indienne dans la révolution des technologies de l'information à partir de l'Inde ". Il s'agit d'analyser l'entrée de l'Inde dans un espace intra-mondain à travers l'influence d'un groupe professionnel constituant une petite partie d'une diaspora indienne. Réfutant toute délimitation culturelle, sociale ou territoriale, le choix de ce groupe social se justifie aussi par son insertion dans la mondialisation. Emblématiques d'une économie de la communication, ces entreprises de hautes technologies permettent d'étudier les différentes modalités de la distance qu'elles mobilisent, ubiquité, circulation et co-présence pour organiser une répartition internationale du travail. L'analyse de la circulation de leurs employés à différentes échelles de temps (migration, déplacement) et d'espace (nationale, internationale) sert d'indicateur des transformations de la dimension spatiale de la société indienne dans son ensemble. Elle permet également de situer ce groupe social par rapport à une société-monde en formation.
- Enjeux politiques des NTIC :
Confrontées à la révolution de l'information et de
la communication, les sociétés et les pouvoirs créent
de nouvelles formes de contrôle et d'action politique. Les enjeux
politiques ne sont pas moins intenses : le virtuel est un enjeu de pouvoir
autant qu'un outil de gestion des ressources humaines et politiques éclatées.
Les NTIC révèlent les enjeux, les tensions et les stratégies
des acteurs. A la gestion territoriale de l'Etat répondent la dynamique
des pouvoirs locaux et le comportement des acteurs " citoyens "
de la société de l'information. Comment les sociétés
locales s'approprient-elles le nouvel outil ? Quelles évolutions
identitaires en résultent ? Confrontés aux circulations
virtuelles, les identités territoriales, traditionnelles ou "
forcées " par la décentralisation, sont inégalement
réactives et produisent pauvreté, vulnérabilité
et nouvelles inégalités sociospatiales.
Axe 3. Santé et développement
Les nouvelles orientations de la géographie de la santé impliquent la prise en compte de mouvements généraux comme le développement de la privatisation et la commercialisation des soins, le développement des ONG et des contre-pouvoirs, le jeu des règles du commerce international jusque dans ce secteur. De nouvelles perspectives sont établies comme les liens entre le genre et la santé, ou la mise en perspective des lieux de pratique des médecines alternatives, pour une géographie post-médicale, plus ouverte à toutes les définitions de la santé.
Axe 4. Dynamiques rurales en Afrique et en Inde
L'Inde des régions et populations défavorisées fait
l'objet d'une recherche et d'une expertise qui se placent en intersection
de ces deux thèmes. C'est l'Inde rurale qui, aux élections
de mai 2004, a renvoyé sans ménagement les artisans de la
politique de développement de l'Inde qui resplendit" (shining
India), essentiellement urbaine.
Si ce résultat a pris tout le monde par surprise, c'est que la
méconnaissance des campagnes indiennes par les cercles d'influence
et de pouvoir s'est approfondie au fil des années, en même
temps que l'abîme économique et social entre grandes villes
et zones rurales. Les plus récentes études sur la pauvreté
rurale montrent que loin de reculer elle va ré-augmenter avec l'épuisement
de ressources de base comme l'eau et la terre, le renchérissement
et la raréfaction inéluctables de l'énergie.
L'activité urbaine est incapable d'absorber le surplus de population
rurale due au croît démographique encore sensible et surtout
à la prolétarisation générée par la
dégradation des structures foncières. Les à coups
de l'agriculture amplifiés par des crises climatiques à
répétition, plongent les paysans dans le désespoir,
les poussant au suicide. La perception de l'injustice qui leur était
faite est exacerbée par l'accumulation ostentatoire de la richesse
urbaine désormais visible à travers les médias. Les
politiciens ayant pris clairement conscience que leur réélection
dépendrait de leur capacité à régler ces crises,
le branle-bas de combat a sonné tant au gouvernement central que
dans les états pour améliorer le sort des ruraux en général,
des minorités défavorisées en particulier, dont les
voix sont cruciales.
Le mouvement de décentralisation des actions de développement
rural a créé en Inde une demande pour les systèmes
d'information au niveau local : micro-SIG décentralisés
et cartographie destinée aux paysans L'expérience du LEDRA
dans ce domaine a donné lieu à plusieurs collaborations
avec le gouvernement d'Andhra Pradesh, (Andhra Pradesh Rural Livelyhood
Programme, APRLP).
Pour une expertise sur les méthodes d'analyse et de diagnostic
(i. l'identification des zones les plus défavorisées, ii,
la mise en uvre et le suivi des programmes de développement,
iii. la définition de méthodologies d'approches plus globales
que celles pratiquées par les département ministériels
, toujours étroitement focalisées sur leurs domaines de
compétences techniques au détriment des contextes humain
et environnemental, et en décalage constant avec les attentes des
bénéficiaires. Cette expertise se traduit essentiellement
par i. la production de documents pour l'aide à la décision
au plus haut niveau (direction de ministère et commissariats spécialisés
dans les actions de développement : Irrigation, Panchayati Raj
-Développement Rural, Affaires Tribales), à partir de bases
de données intégrées dans des SIG, ii. la formation
de techniciens au niveau gouvernemental et de décideurs au niveau
régional (préfecture), iii. la mise en uvre d'un "cyberatlas"
accessible par Internet d'aide au diagnostic et à la décision,
destiné aux hauts fonctionnaires de gouvernement d'Andhra Pradesh,
aux préfets de régions, aux sous-préfets et chefs
des services techniques ruraux. Pour un apport de connaissances sur les
populations, régions ou domaines-clés caractérisés
soit par des problèmes spécifiques (grande pauvreté,
dégradation du milieu de vie d'ethnies fragilisées, déforestation,
utilisation de ressources hydriques en voie d'épuisement). Pour
une intervention directe dans la programmation des opérations de
développement de la zone. Une coopération est en cours de
montage avec le département de l'Irrigation pour le pilotage des
programmes de réhabilitation des Tanks (réservoirs villageois)
de la sous-préfecture d'Achampet.
En Afrique : les dynamiques rurales renvoient à la problématique de l'enclavement/ouverture. Les circulations permettent l'essor des interactions rural-urbain. La production d'espace et de territorialités nouvelles doit être analysée en fonction d'indicateurs forts : pôles de l'échange matériel et des sociabilités, lieux de pouvoir économique, social, culturel (religieux), politique. La dynamique de décentralisation implique dans les territoires locaux une confrontation des différents types de pouvoirs, que peuvent contrôler une société civile plus avertie et plus active. Les systèmes de revenus, en milieu rural sont confrontés à la question foncière et à l'innovation.
Axe 5. Dynamiques socio-environnementales passées et actuelles
Au cur des préoccupations culturelles et humanistes, le " développement durable " pose clairement la question de la dynamique du progrès dans un contexte de pauvreté grandissante et de pluriculturalisme. La gestion environnementale urbaine et rurale, notamment dans les Suds, implique des outils techniques et sociaux (structures foncières, formation ) innovants. Comment les structures et les outils " traditionnels " des populations concernées, confrontés aux enjeux environnementaux passés et contemporains contribuent-ils à l'innovation pour la durabilité ?
- Géo-archéologie et environnement durable
Une collaboration pluridisciplinaire (M. Rasse) a donné lieu à
des publications collectives sur les paléo-environnements au pléistocène
et à l'holocène (Mali, Syrie, Chine). La compréhension
des comportements des sociétés passées dans leur
environnement permet de dégager des modèles utiles à
une gestion mondialisée du problème. Elle conduit à
une réflexion sur la transposition des concepts de la géographie
à des territoires de groupes culturels exclusivement connus par
l'archéologie
- Environnements durables et pauvreté
Les questions environnementales sont un révélateur fort
d'une distribution sociale et spatiale inéquitable des richesses
matérielles et du bien être social. Sur les littoraux, les
enjeux fonciers s'ajoutent à une gestion délicate et sélective
des ressources, qui renvoient au politique et à la mondialisation.
Cette problématique de la durabilité est également
au cur de l'observation du changement climatique et de ses effets
terrestres, notamment dans les régions écologiques côtières
les plus fragiles et les espaces à haute densité de population.
Thématiques transversales de la FRE IDEES et
recherche LEDRA
2004-2007
La FRE IDEES a défini pour les années 2004-2006 cinq axes
mobilisateurs, qui serviront de trame au projet scientifique ultérieur
de la FRE. C'est dans ce contexte que plusieurs opérations de recherche,
en démarrage ou identifiées et en cours de montage, et proposées
par le LEDRA, devraient s'insérer afin de nourrir une réflexion
comparatiste. Elles s'appuient sur des thèses ainsi que sur des
projets spécifiques et concernent quatre des cinq axes.
Axe mobilisateur : Acteurs et formes de la mobilité
- Opération : Circulation, acteurs et réseaux dans les
territoires
Cette opération de recherche en construction portera sur l'analyse
des réseaux commerciaux et des acteurs de l'échange dans
des régions-témoins du sous-espace régional (Sénégal,
Guinée, Guinée Bissau, Cap-Vert).
- Opération : La circulation des travailleurs indiens très
qualifiés : rôle de la communauté transnationale indienne
dans la révolution des technologies de l'information à partir
de l'Inde(E. Leclerc).
Axe mobilisateur : Recompositions urbaines et périurbaines
- Opération : Circulations territoriales et identités
L'analyse des réseaux identitaires en recomposition dans les villes
: réseau pluriethnique chrétien et réseau guinéen
à vocation socio-économique dans la ville de Dakar.
Axe mobilisateur : Innovation et développement :
Dans ce programme, décliné en 3 thèmes, les opérations suivantes, relevant de la rencontre de l'innovation et du développement sont en cours ou identifiées :
- Opération : Effets des technologies modernes de l'information
et de la communication sur la construction des identités territoriales
de populations immigrées (Haute Normandie-Afrique de l'ouest).
Ce programme, initié en 2004, est financé par la Région
Haute Normandie (B. Steck , M.Lesourd). Il s'achèvera à
la fin de l'année 2006.
- Opération : Enjeux politiques des NTIC en Afrique.
Sans négliger la question de l'identité approchée
par le politique, ce programme s'attachera à montrer comment les
accès et l'appropriation des technologies importées sont
conditionnés par le politique tant au niveau national que des collectivités
territoriales mais aussi transforment profondément le pratiques,
en permettant peut-être de faire progresser les droits humains.
Les réponses citoyennes renvoient à la question des identités
et des transferts. Ce programme est en cours de montage, en collaboration
avec le réseau Africa'nti (CEAN-IEP Bordeaux), dans le cadre d'un
projet de GDRI ou en association.
- Opération : Développement rural et gestion innovante par
les SIG en Andhra Pradesh
Plusieurs projets pilotes dans deux régions Telengana méridional
et le Rayalaseema ariide dans le but de mettre en uvre des systèmes
d'informations villageois destinés aux acteurs locaux : ONG, organisations
paysannes, Self Help Groups. Deux d'entre eux démarrent fin 2004
dans deux des villages étudiés lors de maîtrises :
Maddimadugu et Chitlamkunta. Un SIG régional permettant le suivi
des programmes d'intervention rurale par le préfet de la région
de Mahbubnagar est opérationnel. Le Ministère de l'Irrigation
nous a demandé d'intervenir dans l'identification et le classement
des zones à risque hydrique. Une étude pilote a été
réalisée dans la région de Pulivendla, qui doit servir
de modèle aux 260 autres circonscriptions de l'Etat.
Axe mobilisateur : Santé et risques sociétaux
- Opération : continuation de la recherche en Géo-archéologie
- Opération : (Progr socio-envir littoral/pauvreté (Chaire
Unesco Sénégal et CV) : programme de recherche en partenariat
avec le DEA Chaire Unesco de la Faculté des Lettres et Sciences
Humaines de l'Université de Dakar (Sénégal) et projet
de soutien à la création d'une chaire Unesco au Cap-Vert
(Institut Supérieur d'Education) sur le thème " Gestion
des environnements côtiers et insulaires .
- Opération : Besoins et offre de soins en Inde du Sud, en collaboration
avec le South Indian Population Information System (A. Vaguet, C. Guilmoto,
IRD).
