Présentation


Le LEDRA : une riche histoire scientifique

La tradition rouennaise de recherches menées dans les espaces et les sociétés des " Suds " est ancienne. C'est en 1967, peu de temps après la fondation de l'Université de Rouen, que Jean Gallais lança des recherches en Afrique de l'Ouest sahélienne, en Inde sèche (Andra Pradesh) et dans le Nordeste du Brésil, qui continuaient celles qu'il avait précédemment menées dans le cadre de l'ORSTOM au Mali puis avec l'équipe du Centre de Géographie Appliquée (CGA) de Strasbourg. Elles furent menées dans le cadre institutionnel du CRADER (Centre de Recherche pour le Développement Economique Régional) et donnèrent lieu, entre 1968 et 1982, à plusieurs publications, notamment dans les Cahiers Géographiques de Rouen (CGR).
Issu du CRADER, le LEDRA (Laboratoire d'Etude du Développement des Régions Arides) a été fondé par Jean Gallais en 1982. Il devient une équipe RCP (Recherche coopérative sur programme) reconnue par le CNRS en 1986, puis un GDR " Sahel " (CNRS 0801).

Orientées d'abord vers de études régionales et les problèmes généraux du " développement ", les recherches du LEDRA entre 1985 et le début des années 1990 se structurent progressivement autour :
- de l'analyse thématique et comparative des problèmes du Sahel (observation et suivi de la sécheresse, dégradation des milieux, lutte contre la désertification),
- des questions de mobilité pastorale, de migrations régionales et internationales en relation avec le développement rural,
- des systèmes de production africains et indiens et des opérations de développement,
- des structures territoriales, notamment sahéliennes,
- des petites villes, puis des questions métropolitaines,
- de la géographie de la santé (endémies et milieux, systèmes de soins).

Par la suite (1990/1995-2000), tandis que l'intitulé du GDR se transforme en " Sahel et sahels, dynamiques territoriales comparées ", l'orientation des axes de réflexion devient plus politique, sociale et culturelle, comme en témoignent l'ouvrage de Jean Gallais " Les tropiques. Terres de risque et de violence " (A. Colin 1994), et le colloque organisé en 1993 " Pauvreté et crise dans le monde tropical " (Cahiers Géographiques de Rouen 1994) . Sans négliger les thématiques précédentes, les champs se recentrent sur l'espace du politique (enjeux territoriaux et politiques), préparé dès la fin des années 80 (colloque de Rouen " Etat et Sahel ", 1988), les aires culturelles (représentations de l'espace et du territoire selon les cultures), les relations entre santé, migrations, occupation de l'espace, les dynamiques territoriales liées à la mobilité, notamment par des approches urbaines, la ruralité en mouvement, tandis que les préoccupations méthodologiques et cartographiques s'affirment (Atlas de Mauritanie, télédétection urbaine en Inde, outils d'aide à la décision)

En 1996, les équipes CIRTAI (Université de Le Havre), GEOSYSCOM (Université de Caen), MTG (Université de Rouen) et LEDRA se fédèrent pour former l'UMR IDEES 6063. Les activités du LEDRA se préoccupent alors davantage de la mise en cohérence de ses thématiques avec celles structurant la recherche dans l'UMR, et de nouveaux axes fédérateurs apparaissent :
- Identités et lieux (Ville et identité, Territoires tribaux),
- Mobilité, ruralité, développement (Fragmentation, enclavement et exclusion socio-territoriale, Enclavement, circulation et recompositions spatiales, Migration, TIC et développement),
- Etat, politique, pouvoirs
- Santé, culture, mondialisation
- Dynamiques socio-environnementales (Géoarchéologie et risque climatique)
Des axes transversaux mettent aussi en exergue le savoir-faire cartographique du laboratoire, mais aussi sa capacité de réflexion conceptuelle et théorique. Ils ont pour but de montrer les interactions existant entre méthodes, outils, concepts autant que de valoriser et diffuser la production scientifique :
- axe graphique et cartographie (Atlas " Population et Gestion du Territoire " du Mali, 2004, atlas du Mali (éditions Jeune Afrique, 2002, systèmes de décision et de suivi (SIG ruraux en Inde)
- axe : concepts (réflexion épistémologique sur la ville, concept d'espace nomade dans l'ensemble du Sahel, concepts de territoire, aménagement, mais aussi d'expertise


De nouveaux objectifs fondamentaux

L'expérience acquise depuis près de trente ans par les Géographes du LEDRA continue d'orienter partiellement les champs thématiques du laboratoire. Plus de 40 thèses depuis 1983, deux doctorats d'Etat et deux habilitations à diriger des recherches (HDR) ont été produites par ce dernier. D'anciens doctorants ou HDR sont maintenant enseignants-chercheurs titulaires dans des universités françaises, et ceux de nationalité étrangère constituent un solide réseau de collègues universitaires ou administrateurs dans des structures institutionnelles notamment en Afrique.
Les travaux s'appuient sur les aires géographiques dans lesquelles ont été accumulées des connaissances approfondies et une dimension de suivi et d'évolution thématique considérable : Afrique de l'Ouest, notamment sahélienne, Inde, et plus particulièrement, Mauritanie, Mali, Cap-Vert, Sénégal, états et villes de l'Inde, ainsi que sur des terrains renouvelés et des thématiques élargies ou nouvelles : Monde, Afrique australe (Madagascar), ensemble de l'Inde, petits Etats insulaires.

Des approches scientifiques renouvelées

Les préoccupations scientifiques du laboratoire ont évolué. Ses avancées théoriques et conceptuelles, notamment par rapport aux modèles et à leur transfert dans d'autres sociétés le conduisent à mettre en avant de nouvelles approches. Les terrains éloignés tant au plan des contenus sociaux et spatiaux qu'à celui des méthodes d'investigation supposent un investissement culturel distancié certain. Les approches de géographie culturelle, sociale et politique, fondées sur la connaissance des problèmes d'espaces et territoires variés, plus particulièrement africain et indien, constitue la base d'une réflexion approfondie sur les modèles socio-spatiaux des sociétés et civilisations non européennes où la question du politique et des pouvoirs, des réseaux producteurs et organisateurs d'espace, de territorialités et de représentations socio-culturelles et environnementales, sont des objectifs essentiels au regard de la compréhension des dynamiques économiques et matérielles dans les espaces de ces sociétés.
Un soin particulier a été apporté à la valorisation de la méthode comparative, qui ne saurait dans ce cas être réduite au transfert pur et simple de modèles normatifs construits pour examiner et comprendre des situations d'ici, ni réduit à une approche privilégiant les " aires culturelles ". Au contraire, le transfert qui touche les opérations de développement et d'aménagement, et plus généralement toute forme d'échange et de coopération fait l'objet d'une réflexion méthodologique centrée sur les sociétés locales et leurs contraintes propres : en ce qui nous concerne, il s'agit des conceptions des milieux et de l'espace, mais aussi des " modèles " de conception et d'organisation économique, sociale et territoriale en réponse à la complexité des situations de crise, de pauvreté, de mobilité que les recettes importées ne peuvent résoudre. Il s'ensuit, outre une réflexion conceptuelle et théorique sur les objets, une réflexion d'accompagnement sur nos modes de représentation (information géographique, cartographie, images) et leur conformité ou éloignement aux schémas locaux.
La démarche innovante entreprise par le LEDRA aborde des champs conceptuels et thématiques porteurs de questionnements fondamentaux et exemplaires des problèmes contemporains des sociétés et espaces des " suds ". Parmi eux, l'analyse comparée des conceptions (des concepts) de la ville, la question de l'Etat, dans ses rapports avec divers espaces et thématiques comme le territoire, la ville, les activités économiques, les enjeux et les pouvoirs dans la dynamique des territoires et du " développement local ", les nouvelles ruralités en réseaux entre ville et isolat, l'appropriation et les usages des NTIC par les " sociétés d'ailleurs " et leur fonctionnalité réticulaire, l'enjeu mondial et local de la santé et plus largement du bien être, tant comme système de soins que de valeur sociale et culturelle, les relations entre sociétés et maîtrise environnementale durable.
Ces problématiques conduisent à réviser schémas et modèles habituels des tableaux géographiques des sociétés non occidentales. Elles incitent à la comparaison, la reconceptualisation, la modélisation des ensembles socio-spatiaux et des situations géographiques en Afrique et en Inde.

Le LEDRA continue d'être attentif à la maîtrise des outils techniques nouveaux, tout en participant en même temps à l'évolution de la recherche en géographie culturelle, sociale et politique. Il laisse un large champ à la diversité des méthodes, des techniques d'investigation et des outils d'analyse et de traitement de données. S'il demeure fidèle à une tradition de recherche de terrain, qualitative, attentive à comprendre des mécanismes socio-spatiaux, il a le souci de prendre en compte d'autres méthodes d'information et d'analyse, notamment l'utilisation des SIG qui conduisent à lune importante valorisation cartographique des données et des faits géographiques (atlas du Mali).
Toutes les échelles d'analyse, du micro-local au global, sont privilégiées. Les recherches du LEDRA confrontent le territoire au réseau. La dimension critique de la question des limites fixées par les découpages politico-administratifs est confrontée aux logiques et aux dynamiques des organisations réticulées.

Le LEDRA s'enrichit de la variété de ses approches scientifiques : les entrées par le culturel, le social, le politique, l'économique (ou plusieurs à la fois) sont confrontées et associées pour une réflexion sur les problématiques des " sociétés d'ailleurs ", leur propre créativité théorique et modélisatrice, leur universalité. Ceci permet de répondre partiellement aux interrogations sur le " développement " envisagé dans ses dimensions socio-spatiales, politiques, culturelles, économiques, sur " l'identité ", " l'innovation ", la " durabilité ".

Répondre à la demande des partenaires et critiquer le discours global

Ces orientations s'accompagnent d'abord d'un souci de répondre à une demande d'information scientifique et technicienne des partenaires des pays impliqués dans les recherches du LEDRA.
Il s'agit d'entreprendre des travaux de recherche qui peuvent contribuer à la réflexion et à l'action des sociétés. Une partie des travaux réalisés par le LEDRA est le résultat de contrats de recherche généralement pluri-annuels. Mais les chercheurs de l'équipe ont surtout porté une attention particulière à la publication et la diffusion scientifique de leurs travaux. Outre la participation à des réseaux scientifiques internationaux et nationaux, des colloques ont été organisés ces quatre dernières années. Afin d'assurer la continuité de sa reconnaissance européenne, africaine, indienne, le laboratoire LEDRA travaille davantage dans le champ scientifique théorique, mais cherche aussi à développer des actions locales de géographie appliquée en aménagement et de recherche-action.

Ouvertures pluridisciplinaires et débouchés professionnels

L'ouverture pluridisciplinaie du laboratoire n'est pas nouvelle : Jean Gallais travaillait avec des agronomes, des vétérinaires, des politistes. Les orientations récentes ont conduit les chercheurs du LEDRA à s'ouvrir à des disciplines voisines comme la sociologie ou l'anthropologie (O. Louiset), ou plus lointaines comme le droit et les sciences politiques (M. Lesourd), la médecine (A. Vaguet), l'archéologie (M. Rasse), la philosophie (D. Retaillé). Cette ouverture correspond d'abord au souci d'interroger les approches de ces disciplines pour mieux appréhender et comprendre les problématiques sociales. Mais il s'agit aussi de valoriser l'approche par l'espace et le territoire et proposer pour leur étude des méthodologies et des outils géographiques variés allant de l'enquête sur échantillon au SIG.
Sans aller jusqu'à offrir une formation professionnelle à ses étudiants, le LEDRA les encourage à maîtriser les outils modernes de traitement de l'information. Certains programmes de travail du laboratoire sont fondés sur l'utilisation des logiciels de bases de données/SIG et de cartographie. Le Master Sciences humaines, sciences sociales, Mention " Géographie : information spatiale et territoire " de l'université de Rouen est conçu de telle façon qu'il permet aux étudiants de se former, même en spécialité " recherche "
(" Comparaison et modélisation des phénomènes socio-spatiaux ") aux méthodes et outils contemporains. Des passerelles existent avec la spécialité professionnelle de ce Master (" TRIAD, Traitement de l'Information pour l'aménagement et le Développement "

Accroître les synergies au sein d'un laboratoire scientifique

Le laboratoire LEDRA organise annuellement plusieurs séminaires scientifiques souvent couplés aux séminaires de DEA. Ces séminaires sont consacrés à la présentation de travaux de doctorants, la présentation de thématiques de recherche internes, et à la venue de conférenciers extérieurs.
L'importance des publications produites par les jeunes chercheurs doctorants ou post-doctorants témoigne de leur engagement individuel et collectif au service du laboratoire. Cette pratique collective, avec les enseignants-chercheurs, qui voudrait se généraliser en ce qui concerne les participations collectives aux colloques et manifestations scientifiques est limitée par le coût qu'elle représente, ce qui pose le problème des formes de soutien direct et indirect aux chercheurs non titulaires docteurs et aux doctorants..

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Presentation

 

 

LEDRA : Laboratoire d'Etude du Developpement des Regions Arides