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22 Les langues des apprenants dans les systèmes
éducatifs post-coloniaux Numéro coordonné
par Bruno Maurer Université de Montpellier III (EA 739 Dipralang) Télécharger
le texte de l'appel à contribution Depuis les Etats
généraux de l'enseignement du français en Afrique (Libreville,
2003), la question de l'utilisation des langues nationales dans l'enseignement
en Afrique subsaharienne fait partie, en francophonie, de l'horizon des réflexions
à la fois pédagogiques et didactiques[1].
Mais, si elle est d'actualité récente dans cette zone géographique,
elle s'est déjà posée sur d'autres continents et dans des
sphères non francophones et il serait intéressant de mettre en dialogue
différentes expériences en la matière. Contexte et problématique La stratégie
Education pour tous a entraîné une massification de l'enseignement
qui s'accompagne d'une ruralisation : la sociologie de l'école a considérablement
évolué depuis le milieu des années 1990 ; l'arrivée
en nombre de publics ruraux, moins exposés que les publics urbains aux
langues officielles, ne peut manquer de poser d'une nouvelle manière la
question de l'utilisation d'autres langues que celles des anciennes puissances
coloniales dans l'éducation. Le contexte idéologique a également
changé : on parlait, dans les années 1970, de glottophagie,
de « guerre des langues » ; on préfère
aujourd'hui mettre l'accent sur leur possible « partenariat »
pour le développement. Les analyses des résultats obtenus par
les systèmes éducatifs d'Afrique subsaharienne francophone (Programme
PASEC mis en oeuvre par la CONFEMEN[2])
montrent un faible niveau des acquisitions scolaires, en mathématiques
notamment, qui semble corrélée à une mauvaise maîtrise
du français, des aspects sur lesquels nous reviendrons. Cette préoccupation pour la qualité conduit à
interroger le lien traditionnellement établi entre langue(s) de scolarisation
et qualité de l'enseignement, notamment sur le plan de l'enseignement primaire,
mais aussi, plus globalement, pour tous les niveaux du système éducatif :
- Comment réduire l'échec scolaire massif observé faute d'une
maîtrise suffisante des langues d'enseignement ? Quelle place accorder
aux langues nationales dans l'enseignement ? Pour quels types d'enseignements ?
A quels stades du cursus (préparatoire, élémentaire, moyen) ?
- Quelle articulation langues nationales / langue française recommander
en particulier dans l'enseignement primaire ? Comment assurer un niveau linguistique
suffisant pour aborder les apprentissages dans l'enseignement secondaire ?
- Quels appuis (nature et modalités) faut-il apporter pour l'efficacité
des apprentissages en langue nationale et en langue française ? Points de vue possibles La mise en perspective
de différentes expériences permettrait de tirer des enseignements
dans différents domaines : - les enjeux de la qualité
de l'éducation dans le contexte d'une massification de l'accès des
ruraux à l'enseignement primaire (graves difficultés scolaires,
forts taux d'échec et d'abandon scolaire, faible niveau des apprentissages) ;
- la problématique des choix en matière de langues (critères
de choix, place attribuée dans le système éducatif, niveaux
et modalités d'utilisation, échelle du choix et processus de choix)
; - l'articulation L1-L2 : relais entre langues medium (point
de vue longitudinal sur l'ensemble du cursus primaire et répartition selon
les disciplines, pratiques pédagogiques, processus de transfert de compétences
linguistiques de la L1 vers la L2, gestion de l'utilisation des langues dans la
classe) ; - l'instrumentation des langues nationales et la production
de supports didactiques et les capacités existantes ; - le recrutement
et la formation initiale et continue des enseignants intervenant dans les dispositifs
bi et plurilingues ; - le suivi et l'évaluation des projets expérimentaux ;
- les évaluations comparées des acquisitions scolaires ;
- la sensibilisation des usagers et des acteurs (attitude des parents, des enseignants
et de l'encadrement pédagogique intermédiaire). Aires géographiques concernées
Au-delà de l'Afrique francophone où la question, en dehors de dispositifs
expérimentaux, commence seulement à être posée, il
nous semble qu'il serait intéressant, à l'occasion de ce numéro
de revue de poser la question des politiques éducatives et de la part de
la langue des apprenants dans d'autres systèmes marqués par les
langues d'anciennes puissances coloniales. On peut penser à d'autres
aires géographiques : - pays créolophones - pays
arabophones - question des langues indigènes dans les Amériques
- pays lusophones (Mozambique, Angola, Brésil) - pays anglophones
(Afrique du Sud, etc.). [ 1]
Pour six pays de cette région, l'étude LASCOLAF, qui rassemblait
des acteurs bilatéraux et multilatéraux de la diffusion du français,
a réuni, en 2010, une documentation inédite, disponible sur http://www.bibliotheque.auf.org/index.php?lvl=author_see&id=586.
On trouve à cette page, téléchargeables, le rapport de synthèse
(B. Maurer) et les six rapports-pays dans leur version intégrale :
Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Niger, Sénégal. Remise des textes En fichier attaché (voir
conseils aux auteurs) en cliquant ici : envoi
contribution au n°22 Dernier délai : le 30 septembre
2012. Prolongements
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au n°22 Numéro
23 Espaces de circulation, de transit et de consommation
contemporains : quelles pratiques sociolangagières ? Numéro
coordonné par Fred Dervin Université d'Helsinki, Finlande
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le texte de l'appel à contribution Ce numéro
de Glottopol se propose de poser des regards critiques sur les espaces de consommation,
circulation et transit qui remplissent nos sociétés contemporaines.
Naissants pour un certain nombre, ces lieux sont hétéroclites :
(circulation) avions, bus, trams, métros, ferries, bateaux de croisière,
mais aussi mondes virtuels, etc. ; (transit) échangeurs d'autoroute, aéroports,
halls de gare, quais, stations services, etc. ; (consommation) espaces duty-free,
super/hypermarchés, centres commerciaux, mais aussi espaces de vente en
ligne tels que Amazon ou ebay. Parmi les espaces de transit, on trouve également
des espaces-autres (cf. les hétérotopies de Foucault) qui donnent
la possibilité de refouler l'altérité, celle dont on ne veut
pas (ex. les camps de réfugiés, les centres de rétention
dans les aéroports, etc., cf. les travaux de Michel Agier, entre autres).
Certains lieux sont également nouvellement investis, notamment par ceux
qui pratiquent le parkour (PK) qui transforment les milieux urbains en obstacles
pour s'entrainer à se déplacer le plus efficacement possible.  Difficile
de ne pas penser à la notion de "non-lieux", qui avait été
proposée par Marc Augé dans son ouvrage Non-lieux, introduction
à une anthropologie de la surmodernité publié en 1992 au
Seuil, pour réfléchir à l'ensemble de ces espaces. Celle-ci
a connu un grand succès dans les mondes de recherche globaux et elle a
été "récupérée" notamment dans les
arts (cf. par exemple l'exposition sur le thème au Centre d'Art Contemporain
Zamek Ujazdowski de Varsovie (Pologne) en 2011). La notion pose néanmoins
de nombreux problèmes épistémologiques et méthodologiques,
que l'on pourra interroger ici. Pour Marc Augé, le non-lieu s'oppose
au lieu classique de l'anthropologie dans lequel " on peut lire dans l'espace
l'organisation sociale (à travers les règles de résidence,
par exemple), le passé commun et les symboles partagés : tout y
fait sens (social) " (Augé, sd). Ce lieu classique permet ainsi à
chacun de positionner ses identités, ses relations sociales en lien avec
divers jalons historiques (histoires mondiale, nationale, locale, familiale, amicale
).
Augé (1992) est d'avis que le non-lieu quant à lui résume
parfaitement les caractéristiques de ce qu'il nomme la surmodernité
: ces espaces de circulation, transit et consommation momentanés modifieraient
la socialité, les relations sociales, les communautés, les identités.
La surmodernité, c'est avant tout l'excès : " la surabondance
événementielle, la surabondance spatiale et l'individualisation
des références " (Augé, 1992 : 136). Comment la sociolinguistique
peut-elle contribuer à étudier ces phénomènes en liaison
avec les lieux de transit, de circulation et de consommation contemporains ?  Certains
de ces lieux ont été au centre de quelques recherches sociolinguistiques.
C'est le cas notamment de l'aéroport. Gumperz (1982) lui avait déjà
consacré indirectement le chapitre intitulé Interethnic communication
de son livre Discourse Strategies. La multiplication des mobilités et migrations
et l'utilisation accrue de langues étrangères pour interagir dans
des lieux/non-lieux internationaux, dont l'anglais lingua franca, font de ce lieu
un endroit propice à des études sociolinguistiques. En 2010, la
revue Japanese Studies publiait un numéro spécial intitulé
"Language in Public Space in Japan" dans lequel Patrick Heinrich traite
du choix des langues à l'aéroport de Narita au Japon et montre à
quel point cet aéroport reproduit une idéologie monolingue malgré
un contexte très international. De même, dans un article critique
sur la gestion du plurilinguisme dans un aéroport suisse, Alexandre Duchêne
(2011) examine les liens entre néolibéralisme, inégalités
sociales et utilisation des langues auprès des employés de l'aéroport.
Les inégalités sociales à l'aéroport en liaison au
plurilinguisme sont également décrites par Ingrid Piller (2011),
dans son ouvrage critique sur la communication interculturelle, à travers
l'histoire largement médiatisée d'un immigré polonais Robert
Dziekanski, qui, n'ayant jamais été dans un aéroport et ne
parlant pas un mot d'anglais, a paniqué après de nombreuses heures
à errer dans un aéroport canadien. Ne sachant comment en sortir,
il s'est fait "taser" par les forces de police car les autorités
ne le comprenaient pas et le voyant agité, pensaient qu'il était
dangereux. Il en est mort.  Mises
à part celles sur l'aéroport, on trouve peu d'études sociolinguistiques
en français sur les centres commerciaux, les gares, les boutiques en-ligne
mais aussi les camps de réfugiés, entre autres. C'est pourquoi,
dans ce numéro de Glottopol, nous aimerions proposer de poser des regards
sociolinguistiques sur ces lieux de globalisation accélérée
(Pieterse, 2004). On s'interrogera ainsi sur les problématiques suivantes,
en se concentrant sur un seul (type de) lieu(x), en comparant des (types de) lieux,
dans une perspective interculturelle ou pas : 
- Quelle(s) politique(s) linguistique(s) dans les "non-lieux" ?
Qui parle à qui et pourquoi ? Quelles interactions avec les "
textes " (institutions, images, symboles, objets) ? - Quelles sont
les pratiques langagières des usagers ? En quoi la langue permet-elle ou
pas de s'approprier ces espaces ? - Quelles langues sont utilisées,
autorisées, rejetées, mises en scène dans les non-lieux ?
Qui décide ? Qui subit ? Qui en profite ? - Peut-on dire
qu'il y a "une langue des non-lieux" ? Qui en est responsable ? -
Quelles représentations sur les interactions dans ces espaces ? On pourra
par exemple regarder ce qu'il en est dans les productions artistiques (films,
romans, séries télévisées, documentaires, vidéos
partagées par exemple sur youtube). - Marc Augé suggère
que pour ceux qui y travaillent ou y habitent (cas par exemple de Mehran Karimi
Nasseri à l'aéroport Roissy Charles de Gaulle), le non-lieu se rapproche
du lieu. En quoi la thématique de l'identité linguistique est-elle
ou pas reliée à celle de non-lieux ? Pour ceux qui ne font que "passer" ?
Pour ceux qui y travaillent ? - En quoi le non-lieu reproduit-il ou contribue-t-il
à reproduire les inégalités et les discriminations sociales,
genrées, etc. entre ceux qui le traversent ou entre ceux qui y travaillent
et ceux qui le fréquentent ? Qu'en est-il de la solidarité ?
Comment cela se marque-t-il linguistiquement ? Par exemple, qui a le droit à
la parole dans les non-lieux ?
 Les
auteurs pourront aussi s'interroger sur les points suivants : - La notion de
non-lieux est-elle viable pour la sociolinguistique ? La polarité
non-lieux-lieux devrait-elle être questionnée ? - Quels
sont les impacts méthodologiques du travail sur les lieux de transit, de
consommation et de circulation en termes de collecte de données sociolinguistiques
? - Qu'en est-il des positionnements du sociolinguiste dans l'acte de recherche ? Les
auteurs tenteront le plus possible d'être critiques face notamment à
la notion de non-lieux proposée par Augé : ne sont-ils pas également
construits comme tels par le regard des acteurs (dont le chercheur) et de ce point
de vue à la fois relatifs et situés ? Si on part de l'idée
que les "non lieux" n'existent pas en soi, mais qu'ils sont construits,
qu'en est-il du point de vue des acteurs, du chercheur, du statut des connaissances
ainsi produites et des modalités de construction de celles-ci ? Références : Augé, M.
1992. Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité.
Paris : Seuil. Augé, M. s.d. "L'histoire s'accélère,
les non-lieux se multiplient". Philosophie magazine no. 43. http://www.philomag.com/article,entretien,marc-auge-l-histoire-s-accelere-les-non-lieux-se-multiplient,1286.php Duchêne,
A. 2011. "Néolibéralisme, inégalités sociales
et plurilinguisme : l'exploitation des ressources langagières et des locuteurs".
Langage et société 2/2011 (n° 136), 81-108. Gumperz, J.
1982. Discourse strategies. Cambridge : Cambridge University Press. Heinrich,
P. 2010. "Language Choices at Naha Airport". Japanese Studies 30.3,
343-358. Pieterse, N.P. 2004. Globalization and culture: global mélange.
Lanham : Rowman & Littlefield Publishers. Piller, I. 2011. Intercultural
communication. Edimbourg : Edinburgh University Press. Remise des textes En fichier attaché (voir
conseils aux auteurs) en cliquant ici : envoi
contribution au n°23 Dernier délai : le 30 avril 2013.
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au n°23 Numéro
24 (Se) représenter les mobilités :
dynamiques plurilingues et relations altéritaires dans les espaces mondialisés
Numéro coordonné par Muriel Molinié
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le texte de l'appel à contribution Ce numéro
de la revue Glottopol fait suite à un ouvrage intitulé Le dessin
réflexif : vers une herméneutique du sujet plurilingue
(Molinié, dir., 2009) qui rassemblait des travaux menés par une
dizaine de chercheurs (Leconte, Clerc, Castellotti, Moore, Perregaux, Razafimandimbimanana,
et Chaulet-Achour) auprès d'enfants et d'adolescents migrants/en mobilité.
Déjà, dans cet ouvrage, loin d'être considérées
comme des observables externes aux sujets plurilingues, mobilité et diversité
étaient prises en compte en tant que situations vécues dans leur
double dimension à la fois objective (sociale, contextuelle) et subjective
(psycho-affective et imaginaire), le langage et les langues se trouvant à
l'articulation de ces deux dimensions. Il s'agissait de montrer comment
les sujets co-construisent le sens des situations de mobilité/migration,
via les dessins réflexifs et les entretiens menés à leur
propos avec des sociolinguistes qui combinaient position d'écoute, travail
collaboratif et perspective de recherche qualitative en éducation.
À l'époque, cet ouvrage avait privilégié les dessins
réalisés par des populations enfantines ou adolescentes : les
adultes avaient momentanément été laissés de côté.
Nous annoncions alors dans la préface qu'il convenait d'une part « de
poursuivre et de développer les recherches présentées en
étudiant notamment l'impact des dessins réflexifs en formation
(initiale et continue), réalisés par des praticiens, intervenants
et chercheurs dans le domaine des langues et cultures, dans le cadre d'un développement
de leurs compétences professionnelles, et, tout particulièrement
des aspects réflexifs de cette compétence (...). Et, d'autre part,
(nous souhaitions) poursuivre l'exploration de dessins d'étudiants
et d'adultes migrants. Nous indiquions notamment que cette exploration
pourrait se faire à partir de la consigne « dessine ton parcours
international de formation / explique ton dessin à l'oral et à l'écrit »
(...). (En effet), les dessins réalisés, les discours tenus par
les étudiants-dessinateurs à leur sujet et les analyses menées
avec les chercheurs, montrent que ni la mobilité des sujets, ni les langues
qu'ils utilisent ne peuvent être réduites à des logiques purement
instrumentales. Les discours « mobilitaires » qui prônent
une circulation « liquide » des individus, des connaissances,
des biens et des messages sont démentis par les représentations
dessinées et narrées des acteurs, concernant le rapport et le sens
qu'ils sont en train d'élaborer, vis-à-vis de leur propre déplacement,
entre hier, aujourd'hui et demain » (ibid.).
Depuis la publication de cet ouvrage, la notion de « dessin
réflexif » est entrée dans la littérature grise
et désigne : « un dispositif de formation (et de
recherche-action) comprenant : 1-la transmission d'une consigne (...),
2- la réalisation du dessin (effectué seul et/ou en binôme)
par un enfant, un adolescent ou un adulte, 3- la conduite d'un entretien
d'exploration du dessin (entre le dessinateur et le praticien/chercheur ou entre
pairs). Ce dispositif permet 1°) de rendre visibles et de prendre acte
des déterminants sociolinguistiques et de leur circulation dans le milieu
dans lequel vit l'acteur ; 2°) de conduire des processus de verbalisation,
de mutualisation, de conscientisation sur ces schèmes et ces déterminants ;
3°) d'ouvrir la voie à la remédiation et à la production
de nouvelles représentations (Molinié, partie B. 3-10). »
(Blanchet, Chardenet, 2011 : 450).
Figurant dans l'Index notionnel et factuel du Guide
pour la recherche en didactique des langues et des cultures, la définition
citée ci-dessus synthétise ce qui est dit du dessin réflexif
dans les pages consacrées aux « principales méthodes
et leurs techniques de construction des observables » et, tout particulièrement
dans les travaux présentées par Moore et Castellotti (2011 :
118-132) et par Molinié (2011 : 144-155). D'autres praticiens,
intervenants et chercheurs (notamment Lemaire, Farmer : 2012) animés
par le même souci épistémologique, continuent, via le dispositif
du « dessin réflexif » à appréhender,
derrière l'objectivité de la carte, la subjectivité
et l'inter-subjectivité de l'expérience migratoire. C'est
pourquoi ce numéro de la revue Glottopol rendra compte de travaux
de recherche menés en contexte plurilingue auprès de personnes
migrantes/ en mobilité (dont des étudiants) et dans lesquels
le dessin, le modelage, le collage (et d'autres formes telles que la photographie,
la vidéo etc.) permettent non seulement une représentation dans
l'espace, mais aussi l'élaboration de discours réflexifs et/ou de
portraits et récits de soi en relation avec des thématiques telles
que la relation altéritaire et plurilingue par des sujets vivant
des processus migratoires (mais aussi par les « sédentaires »,
les « immobiles » ou encore celles et ceux qui accompagnent
ces populations) tous résidents dans un monde mondialisé.
On attend de ces nouvelles contributions qu'elles montrent
comment des pratiques réflexives associent :
- dessin, modelage et collages, photographie, peinture, vidéo - et
entretiens collaboratifs/ de recherche et/ou de récits de vie pour
croiser les questions de territoires (la ville notamment, envisagée
comme articulation d'espaces plurilingues/pluriculturels) et les questions de
parcours appréhendés dans l'espace et dans le
temps. On envisagera un certain nombre de changements relevés par
Farmer à partir d'une recherche récemment menée à
Toronto et énoncés de la façon suivante : "L'idée
d'une transition de la société d'origine vers une société
d'accueil est aujourd'hui remplacée par des modèles plus complexes
de diversification des sociétés. Les déplacements se multiplient
suivant les circonstances particulières qui incitent les familles à
reprendre un trajet migratoire" (Farmer, 2012 : 3). L'enjeu
de ce numéro sera d'interroger les pratiques des sujets en mobilité
dans un monde mondialisé : autrement dit, leur expérience de
la mondialisation, les représentations, métaphores et discours qu'ils
conjuguent pour donner sens à cette expérience.
Les contributions montreront comment le récit (de soi, de sa migration,
de la migration du groupe, etc.) et la réflexivité se donnent
à voir par autre chose que la mise à l'écrit.
Seront particulièrement envisagés :
- diverses représentations de la mobilité comme « insertion
dans » ; et appropriation de ; la mondialisation :
les déplacements vus comme maillage entre divers espaces (réels
et virtuels), divers contextes et réseaux (sociaux, éducatifs, professionnels,
familiaux), les relations entre voyageurs, migrants et populations installées,
le regard du déplacé sur les lieux d'accueil, de séjour,
de transit, les imaginaires (et les illusions) de la mobilité. -
la mise en récit, en images, en formes (plastiques) et en mots
de la mobilité dans des parcours de formation ou dans les processus d'apprentissage ;
la dimension formative de cette mise en récit, en mots, images et formes... -
des actions et des représentations de ce que peuvent être les médiations
culturelles (Zarate, 2003) développées en mobilité
et/ou au contact des personnes mobiles. - les
formes au travers desquelles s'expriment les rapports de pouvoir
et la lutte des places pour accéder aux ressources (économiques,
culturelles, cognitives, éducatives) dans les espaces vécus et traversés :
mobilités, logiques de pouvoir et places. - les sentiments
éprouvés en relation avec divers contextes de migration, de plurilinguisme,
de mobilité : colère, injustice, insécurité linguistique,
vulnérabilité ou au contraire, estime de soi, maitrise, etc. -
l'expression des liens entre projets de vie, histoires de langues et mobilité :
les dynamiques existentielles et leurs représentations,
rêves, utopies, projections, obstacles. - les interactions
entre : l'acte de dessiner, modeler, filmer, sculpter etc. pour dire les
situations de migration, de plurilinguisme et d'interculturalité et la
co-production de connaissances sur le phénomène vécu, conscientisé,
approfondi entre pairs, dans des pratiques sociales et dans le cadre de projets
éducatifs ou de formation formelle/informelle. - le rôle
des autres pratiques (vidéo)graphiques/plastiques réflexives
en formation (initiale et continue), pour des praticiens, intervenants/chercheurs
qui sont au contact des personnes en mobilité, dans le cadre du développement
de leurs compétences professionnelles, et, tout particulièrement
des aspects réflexifs de cette compétence. De façon transversale, sera fortement interrogée
la fonction illocutoire du langage et des langues : est-ce que l'acte
de représenter et de verbaliser une situation migratoire modifie le rapport
que la personne avait préalablement construit à celle-ci ?
Est-ce que le recours à des pratiques plurilitteraciées
ou multi-modales (Moore, Molinié, 2012) permet aux acteurs concernés
par la mobilité (les sujets et les chercheurs) de renouveler leurs outils
de compréhension et d'analyse ? C'est la
direction de travail que souhaite indiquer le titre : (Se) représenter
les mobilités : dynamiques plurilingues et relations altéritaires
dans les espaces mondialisés. Références bibliographiques AGIER M.
(dir.), 2012, Politiques de l'exception, Réfugiés, sinistrés,
sans papier, Le Sujet dans la Cité, N° Hors série
n° 1, Téraèdre, Paris. BARRERE A. & MARTUCELLI D., 2005,
« La modernité et l'imaginaire de la mobilité :
inflexion contemporaine », Cahiers internationaux de sociologie,
2005/1 n° 118, Paris, p. 55-79. CASTELLOTTI V. & MOORE D., 2011,
« Dessins d'enfants, recherche qualitative, interprétation.
Des poly-textes pour l'étude des imaginaires du plurilinguisme »,
in P. Blanchet & P. Chardenet, Guide pour la recherche en didactique
des langues et des cultures. Approches contextualisées, AUF/EAC, Paris,pp
118-132. FARMER D., 2012, « Portraits de jeunes migrants dans une
école internationale au Canada », La revue internationale
de l'éducation familiale, 2012/1 n° 31, pp. 73-94. LEMAIRE
E., 2012, « Portraits de mineurs isolés étrangers en
territoire français : apprendre en situation de vulnérabilité »,
La revue internationale de l'éducation familiale 2012/1
n° 31, pp. 31-53. MOLINIE M. (dir.), 2009, Le dessin réflexif :
élément d'une herméneutique du sujet plurilingue, Publications
du CRTF. Encrage Belles Lettres. Amiens. MOLINIE M. (dir.), 2011, « La
méthode biographique : de l'écoute de l'apprenant de langues
à l'herméneutique du sujet plurilingue », in :
P. Blanchet & P. Chardenet, Guide pour la recherche en didactique des
langues et des cultures. Approches contextualisées, AUF/EAC, Paris,
pp. 144-155. MOORE D. & MOLINIE M. (dirs.), 2012, Les Littératies :
Une Notion en Questions en didactique des langues, Cahiers de l'ACEDLE n° 9
http://acedle.org/spip.php?article3366.
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au n°24 Numéro
25 L'autotraduction : une perspective
sociolinguistique Numéro coordonné
par Christian Lagarde Télécharger
le texte de l'appel à contribution L'intérêt pour
l'autotraduction est récent, et le développement des études
qui lui sont consacrées depuis une décennie, exponentiel (Dasilva
& Tanqueiro, 2011 ; Lagarde & Tanqueiro, 2013). Elles prennent corps
à partir d'un article du Canadien Brian T. Fitch (1986) et s'inscrivent
dans la mouvance de la jeune traductologie. Il s'agit ici de considérer
l'autotraduction sous l'angle sociolinguistique, comme on pourrait le faire ailleurs
d'un point de vue (socio)littéraire ou traductologique.
L'autotraduction,
telle qu'elle a été définie par Helena Tanqueiro (2009) et
scientifiquement divulguée par Rainier Grutman (1998, 2009), est avant
tout une traduction, dans laquelle le traducteur, en tant qu'auteur de l'oeuvre
originale, est en position privilégiée. Cela lui permet de prendre
toute liberté en tant que traducteur, sans se préoccuper d'une invisibilité
(Venuti, 1995) qui lui est paradoxalement acquise et, très souvent, l'amène
à reconsidérer son original en vue d'une ou de multiples réécriture(s).
La distance interlinguistique et la distance interculturelle favorisent ces écarts -
autrefois qualifiés d'infidélités - dans la mesure où
les différents publics récepteurs ne disposent pas nécessairement
des mêmes référents.
Du point de vue dominant, on a tendance à considérer
le phénomène de l'autotraduction comme marginal. L'histoire de la
traduction (Santoyo, 2005) ou une simple plongée dans la liste des Prix
Nobel de littérature (Grutman, 2013a) suffisent à contredire un
tel jugement. Le même point de vue prend en outre bien soin de présenter
cette pratique comme très individualisée, produit d'une éducation
bilingue ou d'une trajectoire personnelle atypique, réservée à
des « oiseau[x] rare[s] » (Julien Green, [1941] 1987). En
France, l'étude fondatrice Bilinguisme d'écriture et autotraduction
(Oustinoff, 2001) prend ainsi appui sur des auteurs jouissant d'une grande notoriété
internationale : Green, Beckett et Nabokov.
Cette tentative d'enfermement de la pratique autotraductive
dans l'individualité ou l'exception est, à l'analyse, d'ordre idéologique.
On l'inscrira avantageusement dans l'articulation fishmanienne fondatrice, parmi
d'autres, de la sociolinguistique, entre bilinguisme individuel et diglossie socialisée
(Fishman, 1967) et dans la perspective de la « textualisation de la
diglossie » mise en évidence par Lafont (1976). En effet, pour
beaucoup d'auteurs, bilingues par nécessité (soit de langue maternelle
minorée, soit en tant que « déplacés »
[Grutman, 2013b]), l'autotraduction est un « exercice contraint »
(Lagarde, 2013), fonction d'un rapport de force, en termes de prestige, de véhicularité,
et par conséquent d'audience, de notoriété et de professionnalisation.
À la jointure des « champs » (Bourdieu, 1992, 1998)
qui sont dans un premier temps nationaux, la plus forte « accumulation
du capital littéraire » (Casanova, 2002) se dessine clairement
dans un seul sens, motivant la démarche autotraductive.
L'autotraduction repose donc bien sur une contrainte d'ordre économique
et politique, mais elle la subit également au plan artistique, dans la
mesure où s'autotraduire peut supposer, comme l'a écrit le Galicien
Manuel Rivas « une perte de temps » néfaste à
la création. L'écrivain de langue minorée, aujourd'hui pris
dans le « système global » (De Swaan, 1993), la « gravitation »
des langues (Calvet, 1999, 2001) ou dans la logique de la « République
mondiale des Lettres » (Casanova, 1999, 2008), qu'il persiste à
créer dans cette seule langue - au risque de la marginalisation voire de
la non publication - ou qu'il en passe par l'autotraduction, se voit presque toujours
désavantagé par l'inégalité des langues et des cultures.
Le bilinguisme individuel, qu'il soit naturel, subi ou volontaire (dans le
cas d'une migration choisie), d'une part, et d'autre part une diglossie assumée,
sont en principe des éléments moteurs fondamentaux de la pratique
autotraductive, mais ce n'est pas nécessairement toujours le cas :
face à l'« hospitalité langagière »
(Ricoeur, 2004), pas toujours aussi désintéressée qu'elle
le laisse paraître (Lagarde, 2007), les prises de position individuelles
de résistance à l'acculturation, ou contextuelles (refus collectifs
de subir la diglossie et institutionnalisation de politiques d'« aménagement »
ou de « normalisation » linguistique) peuvent constituer
de sérieux freins à la démarche de passage que constitue
l'autotraduction. C'est ce que l'on tentera tout particulièrement de mettre
en évidence dans ce dossier.
Le traitement de l'autotraduction sous l'angle sociolinguistique est
rarement envisagé, dans la bibliographie existante, en tant que tel. C'est
la raison pour laquelle, à travers des études de cas (portant sur
des auteurs et/ou des territoires) ou sous forme de perspectives plus générales,
nous envisagerons la production et la réception d'oeuvres autotraduites
et/ou l'itinéraire personnel et créateur de leurs auteurs, selon
différents types de configurations sociolinguistiques et des terrains (régions,
pays ou continents) variés : - dans le cadre d'un « déplacement »
individuel (exil, migration économique ou choisie), la confrontation entre
langue maternelle exogène et langue(s) du pays d'« accueil » ;
- dans la confrontation individuelle (« bilinguisme d'écriture »)
ou socialisée (diglossique) d'une quelconque autre langue à la langue
« hyper-centrale » (selon l'expression de Calvet) anglo-saxonne ;
- dans un contexte fortement conflictuel du point de vue des identités
nationales, où le passage que constitue l'autotraduction prend une dimension
transgressive par rapport à des positionnements autosuffisants et exclusifs ;
- dans un contexte où une diglossie largement assumée socialement,
favorise le passage « naturel » d'une langue à l'autre,
d'un champ à l'autre ; - en contexte « régional »
français où la diglossie, et jusqu'à la substitution linguistique,
dus à l'idéologie unilinguiste (Boyer, 2000), suscitent, soit une
acceptation (par « réalisme ») favorisant un tel
passage, soit une contestation (militante) de la dominance, négatrice de
la démarche autotraductive ; - en contexte postcolonial où
la langue du colonisateur, langue de culture, nationale et/ou internationale,
est un obstacle à la « normalisation » des langues
autochtones, et paradoxalement aussi un instrument de libération intellectuelle
et créative.
On s'efforcera autant que possible de rendre compte, au-delà de
la diversité des contextes sociolinguistiques : - de la complexité
des situations sociolinguistiques (complexité multilingue, contentieux
sociopolitiques, pluralité d'options géopolitiques et culturelles,
langues transfrontalières...) envisagées ; - des genres
littéraires concernés ou privilégiés ; -
des différentes modalités des stratégies créatrices
et éditoriales adoptées (autotraduction et publication différées
dans le temps, autotraduction occasionnant une réécriture, écriture
en parallèle et publication simultanée, « retraductions »
ultérieures à partir d'une version ou de l'autre...). Références bibliographiques Bourdieu,
Pierre, 1992, 1998, Les règles de l'art. Genèse et structure
du champ littéraire, Paris, Seuil. Boyer, Henri, 2000, « Ni
concurrence, ni déviance : l'unilinguisme français dans ses
oeuvres », Lengas, 48, p. 89-101. Calvet, Louis-Jean,
1999, Pour une écologie des langues du monde, Paris, Plon.
Calvet, Louis-Jean, 2001, Le marché aux langues, Paris, Plon.
Casanova, Pascale, 1999, 2008, La République mondiale des Lettres,
Paris, Seuil. Casanova, Pascale, 2002, « Consécration et
accumulation de capital littéraire. La traduction comme échange
inégal », Actes de la recherche en sciences sociales,
144, 2002/2, p. 7-20. http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=ARSS&ID_NUMPUBLIE=ARSS_144&ID_ARTICLE=ARSS_144_0007
Dasilva, Xosé Manuel & Tanqueiro, Helena (eds.), 2011, Aproximaciones
a la autotraducción, Vigo, Academia del Hispanismo. De Swaan,
Abram, 1993, « The Emergent World Language System », International
Political Science Review, vol.14, n° 3, juillet 1993. Fishman, Joshua,
1967, « Bilingualism with or without Diglossia; Diglossia with or without
Bilingualism », Journal of Social Issues, 23 ; 2, p.
29-38. Fitch, Brian T., 1986, « The Status of Self-Translation »,
Revue de Critique et de Théorie littéraire, 4, p. 111-125.
Green, Julien, 1941, « Une expérience en anglais »,
in Julien Green, Le langage et son double, Paris, Seuil, p. 149-175.
Grutman, Rainier, 1998, « Autotranslation » in Mona Baker
(ed.), Encyclopedia of Translation Studies, London, Routledge, p. 17-20
; 2e éd. : 2009, p. 257-260. Grutman, Rainier, 2013a, « Autotraduction,
asymétrie, extraterritorialité » in Christian Lagarde
& Helena Tanqueiro (eds.), 2013, L'Autotraduction, aux frontières
de la langue et de la culture, Limoges, Lambert-Lucas. Grutman, Rainier,
2013b, « Exil et migration : l'autotraduction déplacée »,
in Alessandra Ferraro & Rainier Grutman (eds.), L'autotraduction littéraire :
perspectives théoriques, à paraître. Lafont, Robert,
1976, « Peuple et Nature : sur la textualisation idéologique
de la diglossie », in Henri Giordan & Alain Ricard (eds.), Diglossie
et Littérature, Bordeaux, MSHA, 1976, p. 161-172. Lagarde, Christian,
2007, « L'‟hospitalité des langues : variations autour
d'un terme » in Axel Gasquet & Modesta Suárez (dir.), Ecrivains
multilingues et écritures métisses. L'hospitalité des langues,
Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, p. 19-29. Lagarde,
Christian, 2013, « L'autotraduction, exercice contraint ? Entre
sociolinguistique et sociologie de la littérature », in Alessandra
Ferraro & Rainier Grutman (eds.), L'autotraduction littéraire :
perspectives théoriques, à paraître. Lagarde, Christian
& Tanqueiro Helena (eds.) 2013, L'Autotraduction, aux frontières
de la langue et de la culture, Limoges, Lambert-Lucas. Oustinoff, Michaël,
2001, Bilinguisme d'écriture et auto-traduction, Paris, L'Harmattan.
Ricœur, Paul, 2004, Sur la traduction, Paris, Bayard. Santoyo,
Julio César, 2005, « Autotraducciones: una perspectiva histórica »,
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en tant que traduction », Quaderns, 16, p. 108-112. Venuti,
Lawrence, 1995, The Translator's Invisibility: a History of Translation,
London, Routledge.
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