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20 Linguistiques et colonialismes Numéro
coordonné par Cécile Van den Avenne Ecole Normale
Supérieure de Lyon Télécharger
l'appel en .pdf Dans son ouvrage récent, Linguistics
in a Colonial World, l'anthropologue J.Errington souligne que toutes les
situations coloniales, quelles qu'elles soient, ont engendré des textes
à dimension (méta)linguistique, qui représentent désormais
une part importante des archives coloniales. Ces textes, ajoute Errington, proposent
une sorte de défi au lecteur contemporain du fait de leur opacité,
qui résulte de l'effacement de leurs conditions matérielles
de production : en effet, le travail qui consiste à décrire
des langues nécessite un engagement soutenu dans des interactions complexes,
mais les textes qui en sont le résultat se tiennent généralement
loin des réalités vécues. On peut ainsi ajouter qu'il y a
dès lors un enjeu à lire ces textes en leur redonnant leur épaisseur,
pour comprendre les conditions dans lesquelles ils ont été produits
et les interactions qui les sous-tendent. Si les travaux sur la linguistique
coloniale, ou sur les liens entre linguistique et colonialisme, sont bien représentés
dans le domaine anglo-saxon et en langue anglaise[
1], il est notable que, depuis l'ouvrage de L.J. Calvet, Linguistique
et colonialisme, publié en 1974 (plusieurs fois réédité),
et inscrit dans une démarche critique, que souligne bien son sous-titre
« petit traité de glottophagie » (qui fait
qu'il a pu devenir une sorte de « bréviaire » pour
reprendre le mot de Calvet lui-même à la fois pour des militants
des langues régionales en France et pour des militants des langues nationales
dans les pays anciennement colonisés de la francophonie), peu voire aucun
travaux n'ont été menés en France ou en langue française
sur les liens entre linguistique et colonialisme [
2]. Par ailleurs, si l'on excepte le domaine spécifique de la « linguistique
missionnaire » (notamment autour des travaux d'Otto Zwartjes et de
l'Ospromil, Oslo Project on Missionary Linguistics), les travaux publiés
sont essentiellement le fait d'anthropologues et non de (socio)linguistes, et
l'on peut faire la remarque que, contrairement à ce qui se passe en anthropologie
culturelle, l'historiogaphie linguistique est restée très muette
sur ces liens entre science linguistique et colonialisme.
Ce numéro thématique « Linguistiques
et colonialismes » voudrait ainsi combler ce qui pourrait sembler un
manque dans le paysage scientifique français (et interroger par là
même la raison de ce manque) et donner à lire un ensemble de travaux,
de linguistes, mais aussi d'anthropologues ou d'historiens, sur des corpus de
linguistique coloniale, à savoir des textes de description linguistique
produits, en contexte colonial, sur des langues non-européennes, quelle
que soit l'aire géographique ou la période étudiée.
Deux axes sont principalement envisagés : - un axe qui s'intéresse
aux pratiques communicationnelles à l'époque coloniale
(celles des voyageurs, des militaires, des fonctionnaires, des missionnaires,...
utilisant des interprètes, apprenant des rudiments de langues locales,
etc.), et aux ressources linguistiques utilisées : quelles langues
sont utilisées dans les interactions avec les populations locales, quel
est le rôle dévolu à certains intermédiaires (interprètes,
lettrés locaux,...) ? L'attention portée aux sources et la
réflexion sur le type de sources historiques permettant de reconstruire
ces pratiques sera privilégiée. Une extension à la période
d'exploration européenne antérieure à la colonisation territoriale
est envisagée. - un axe qui s'intéresse à la linguistique
coloniale c'est-à-dire une entreprise de description de langues non
européennes qui se fait dans un contexte historique et politique particulier,
selon des modèles exogènes, impliquant un certain nombre de choix
en terme de scripturalisation (choix de graphie, de codes phonographiques) et
de grammatisation (pour reprendre le terme utilisé par Sylvain Auroux,
à savoir le processus massif de description de l'ensemble des langues du
monde à partir d'une seule tradition initiale, la tradition gréco-latine).
On s'intéressera ainsi aux modèles descriptifs utilisés,
aux choix graphiques, mais aussi, à la façon dont s'est faite la
constitution d'un corpus : quels « informateurs » sont
utilisés pour la production de savoir linguistique et selon quelles modalités ;
comment est utilisée la traduction, etc. ? On s'intéressera
aussi à la manière dont a pu se faire le partage du travail entre
descripteurs de terrain et chercheurs métropolitains, aux liens entre descriptions
et élaborations théoriques. Pour favoriser le dialogue entre
chercheurs travaillant sur des aires culturelles et linguistiques différentes,
les contributions en anglais, espagnol et portugais seront aussi les bienvenues.
Eléments de bibliographie
AUROUX S. (1992) Histoire des théories linguistiques, t.2, Paris,
Mardaga. CALVET L.J. (2002 [1974]) Linguistique et colonialisme,
Paris, Payot. ERRINGTON J.(2008) Linguistics in a colonial world: a story
of language, meaning, and power, Oxford, Blackwell. FABIAN J. (1986)
Language and Colonial Power : The Appropriation of Swahili in the Former Belgian
Congo 1880-1938, Cambridge, Cambridge University Press. IRVINE J.T. (2008)
« Subjected words : African linguistics and the colonial encounter »,
Language and communication, 28, p.323-343. MIGNOLO W. (1995) The
darker side of the Renaissance : literacy, territoriality, and colonization,
Ann Arbor, University of Michigan Press. RAISON-JOURDE F. (1977) « L'échange
inégal de la langue : la pénétration des techniques
linguistiques dans une civilisation de l'oral (Imerina, XIXème siècle »,
in Annales, 32(4), pp.639-669. ZWARTJES, Otto et HOVDHAUGEN, Even
(dir.) (2004) Missionary Linguistics / Lingüística misionera,
Selected papers from the First International Conference on Missionary Linguistics,
Oslo, 13-16 March 2003. University of Oslo, Amsterdam/Philadelphia, John Benjamins
(Studies in the History of the Language Sciences 106). [
1] On peut ainsi citer les travaux précurseurs de Johannes Fabian sur
l'Afrique de l'Est, mais également ceux de Judith Irvine sur l'Afrique
de l'Ouest, ou ceux de Walter Mignolo sur l'Amérique latine.
[ 2] Si l'on excepte l'article
publié en 1977 par l'historienne F. Raison-Jourde sur le travail de linguistique
fait par les missionnaires sur la langue malgache au XIXème siècle. Remise des textes En fichier attaché
(voir conseils aux auteurs) en cliquant ici : envoi
contribution au n°20 Dernier délai : le 30 novembre
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au n°20 Numéro
21 Lieux de ségrégation sociale
et urbaine : tensions linguistiques et didactiques ? Numéro
coordonné par Marie-Madeleine Bertucci
Université de Cergy-Pontoise Télécharger
l'appel en .pdf Les espaces urbains ségrégués
drainent une image péjorative, qui se constitue en complémentarité
négative avec d'autres quartiers, faisant l'objet de représentations
et de discours moins connotés. Au plan linguistique, cette complémentarité
se traduit par la même complémentarité négative entre
des pratiques normées et tendant vers l'homogénéité
et une diversité plurilingue hétérogène et stigmatisée.
A des espaces soignés se heurte un habitat pas toujours maîtrisé.
Au « bon » français, et d'une manière générale
à la langue normée, quelle qu'elle soit, s'opposent des pratiques
métissées, qui mettent la norme en péril. La représentation
dominante, souvent stéréotypée et parfois démentie
par la réalité des lieux, est celle d'un espace dénué
de valeur esthétique, bruyant, où se concentrent les nuisances urbaines.
Ce qui est stigmatisé en premier lieu, c'est l'espace (Lepoutre, 1997 ;
Bulot, 2006). Les lieux de ségrégation urbaine sont en effet d'abord
« un sujet d'opinion » avant d'être un « objet
scientifique » (Vieillard-Baron, 2005). D'une manière générale,
on avancera l'idée que ces contextes montrent qu'on ne peut pas dissocier
la question linguistique des questions sociales et spatiales.

Par leur seule mention, ces espaces évoquent des problèmes sociaux,
violence urbaine, communautarisme, fanatisme religieux, difficultés scolaires,
relégation, habitat dégradé, pauvreté, déficit
culturel et aussi plurilinguisme et pratiques langagières stigmatisées...On
postulera donc que les lieux de ségrégation urbaine (banlieues en
France, quartiers périphériques tentaculaires des villes en Afrique
ou en Amérique du Sud ou centres-villes aux Etats-Unis ou au Canada) sont
devenus une notion à part entière, une catégorie conceptuelle
faisant la synthèse d'un certain nombre de difficultés sociales,
politiques et aussi linguistiques, ce qui ne va pas sans amalgame, et même
si leur caractère protéiforme peut conduire à douter qu'ils
soient un terrain de recherche. Le terme désigne dans le discours commun
une réalité sociale et linguistique, qui induit une perception du
réel. 
Le premier objectif de ce numéro est de désévidencier
la notion (Lahire, 1999) et de tenter de lui restituer sa complexité en
montrant que le lien entre l'espace et les pratiques langagières ne va
pas de soi. Les pratiques langagières métissées ne se concentrent
pas dans les quartiers déshérités et le centre-ville n'a
pas le privilège de la langue normée. On peut considérer
que l'expression lieux de ségrégation urbaine est discutable,
qu'elle constitue une désignation impropre et que son objet est tout aussi
problématique que celui que tente de désigner le terme populaire.
On sait que la caractérisation négative attachée à
l'espace est éminemment variable et fluctuante dans le temps. Certains
centres-villes ont été ou sont aussi déshérités
que les banlieues actuelles, ce qui n'a jamais exclu l'existence de faubourgs
mal famés. Peut-être est-ce, cependant, une situation plus visible
dans certaines villes : à Paris, à Dakar, au Cap, à
Johannesburg ou à Caracas, au sujet desquelles on peut parler de véritables
archipels urbains (Beaucire & Emangard, 1996), tant la densité
urbaine y est forte. 
Les affrontements violents de novembre 2005 en France, les émeutes de 2010
à Oakland, banlieue déshéritée à l'Est de San
Francisco, pour ne citer que celles-ci, incitent néanmoins à conserver
ce terme, parce qu'il paraît identifier un objet social spécifique
stigmatisé et précarisé. Dans une perspective linguistique,
on peut dire au sujet de la langue non normée en usage dans ces espaces
ségrégués, ce que F. Gadet écrivait, à propos
du français populaire, à savoir qu'il s'agit d'un usage
non standard stigmatisé par le regard social (1992), et ce
d'autant plus que le locuteur s'y prêtera. 
D'une manière générale, on postulera que les représentations
que se font les locuteurs de la/des langue(s) constituent un élément
clé, particulièrement en termes de stéréotypes. L'étude
du stéréotypage (Labov, 1976) conduit à aborder les usages
sociaux des langues et notamment l'influence des préjugés, des représentations
agressives ou polémiques sur les représentations, et la force de
stigmatisation de celles-ci, lesquelles contribuent à faire des lieux de
ségrégation urbaine un contexte de stigmatisation/minorisation.

C'est ce contexte spécifique que le numéro souhaite aborder dans
une perspective sociolinguistique et didactique, en envisageant notamment les
aspects suivants. - Les questions de sociolinguistique urbaine - Les études
sur le statut des langues, la notion de langue populaire, les parlers
jeunes/parlers des cités ou des banlieues, les usages non normés
- Les travaux autour de l'immigration et du plurilinguisme des migrants et les
difficultés résultant du contact des langues - Les problèmes
identitaires liés à d'éventuels conflits linguistiques et
à des situations de minorisation/discrimination tant sociopolitiques que
linguistiques.  Le
numéro est également ouvert à la réflexion didactique
sur l'école dans les lieux de ségrégation urbaine, désignée
en France, entre autres dénominations, comme l'école de la périphérie
(Van Zanten, 2001 ; Van Zanten & Duru-Bellat, 2009) et à la façon
dont elle gère la diversité culturelle et linguistique, en France
comme dans d'autres contextes, francophones ou non. Un traitement interdisciplinaire
de ces questions, croisant l'approche sociolinguistique ou didactique avec la
géographie sociale, la sociologie, l'anthropologie ou la sociohistoire
est bienvenu. Des contributions comparatives évoquant d'autres situations
que celle que connaît la France sont également attendues. Remise
des textes En fichier attaché (voir conseils
aux auteurs) en cliquant ici : envoi
contribution au n°21 Dernier délai : le 30 avril 2012.
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au n°21 Numéro
22 Les langues des apprenants dans les systèmes
éducatifs post-coloniaux Numéro coordonné
par Bruno Maurer Université de Montpellier III (EA 739 Dipralang) Télécharger
le texte de l'appel à contribution Depuis les Etats
généraux de l'enseignement du français en Afrique (Libreville,
2003), la question de l'utilisation des langues nationales dans l'enseignement
en Afrique subsaharienne fait partie, en francophonie, de l'horizon des réflexions
à la fois pédagogiques et didactiques[1].
Mais, si elle est d'actualité récente dans cette zone géographique,
elle s'est déjà posée sur d'autres continents et dans des
sphères non francophones et il serait intéressant de mettre en dialogue
différentes expériences en la matière. Contexte et problématique La stratégie
Education pour tous a entraîné une massification de l'enseignement
qui s‘accompagne d‘une ruralisation : la sociologie de l'école
a considérablement évolué depuis le milieu des années
1990 ; l'arrivée en nombre de publics ruraux, moins exposés
que les publics urbains aux langues officielles, ne peut manquer de poser d'une
nouvelle manière la question de l'utilisation d'autres langues que celles
des anciennes puissances coloniales dans l'éducation. Le contexte idéologique
a également changé : on parlait, dans les années 1970,
de glottophagie, de « guerre des langues » ; on préfère
aujourd'hui mettre l'accent sur leur possible « partenariat »
pour le développement. Les analyses des résultats obtenus par
les systèmes éducatifs d'Afrique subsaharienne francophone (Programme
PASEC mis en œuvre par la CONFEMEN[2])
montrent un faible niveau des acquisitions scolaires, en mathématiques
notamment, qui semble corrélée à une mauvaise maîtrise
du français, des aspects sur lesquels nous reviendrons. Cette préoccupation pour la qualité conduit à
interroger le lien traditionnellement établi entre langue(s) de scolarisation
et qualité de l'enseignement, notamment sur le plan de l'enseignement primaire,
mais aussi, plus globalement, pour tous les niveaux du système éducatif :
- Comment réduire l'échec scolaire massif observé faute d'une
maîtrise suffisante des langues d'enseignement ? Quelle place accorder
aux langues nationales dans l'enseignement ? Pour quels types d'enseignements ?
A quels stades du cursus (préparatoire, élémentaire, moyen) ?
- Quelle articulation langues nationales / langue française recommander
en particulier dans l'enseignement primaire ? Comment assurer un niveau linguistique
suffisant pour aborder les apprentissages dans l'enseignement secondaire ?
- Quels appuis (nature et modalités) faut-il apporter pour l'efficacité
des apprentissages en langue nationale et en langue française ? Points de vue possibles La mise en perspective
de différentes expériences permettrait de tirer des enseignements
dans différents domaines : - les enjeux de la qualité
de l'éducation dans le contexte d'une massification de l'accès des
ruraux à l'enseignement primaire (graves difficultés scolaires,
forts taux d'échec et d'abandon scolaire, faible niveau des apprentissages) ;
- la problématique des choix en matière de langues (critères
de choix, place attribuée dans le système éducatif, niveaux
et modalités d'utilisation, échelle du choix et processus de choix)
; - l'articulation L1-L2 : relais entre langues medium (point
de vue longitudinal sur l'ensemble du cursus primaire et répartition selon
les disciplines, pratiques pédagogiques, processus de transfert de compétences
linguistiques de la L1 vers la L2, gestion de l'utilisation des langues dans la
classe) ; - l'instrumentation des langues nationales et la production
de supports didactiques et les capacités existantes ; - le recrutement
et la formation initiale et continue des enseignants intervenant dans les dispositifs
bi et plurilingues ; - le suivi et l'évaluation des projets expérimentaux ;
- les évaluations comparées des acquisitions scolaires ;
- la sensibilisation des usagers et des acteurs (attitude des parents, des enseignants
et de l'encadrement pédagogique intermédiaire). Aires géographiques concernées
Au-delà de l'Afrique francophone où la question, en dehors de dispositifs
expérimentaux, commence seulement à être posée, il
nous semble qu'il serait intéressant, à l'occasion de ce numéro
de revue de poser la question des politiques éducatives et de la part de
la langue des apprenants dans d'autres systèmes marqués par les
langues d'anciennes puissances coloniales. On peut penser à d'autres
aires géographiques : - pays créolophones - pays
arabophones - question des langues indigènes dans les Amériques
- pays lusophones (Mozambique, Angola, Brésil) - pays anglophones
(Afrique du Sud, etc.). [ 1]
Pour six pays de cette région, l'étude LASCOLAF, qui rassemblait
des acteurs bilatéraux et multilatéraux de la diffusion du français,
a réuni, en 2010, une documentation inédite, disponible sur http://www.bibliotheque.auf.org/index.php?lvl=author_see&id=586.
On trouve à cette page, téléchargeables, le rapport de synthèse
(B. Maurer) et les six rapports-pays dans leur version intégrale :
Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Niger, Sénégal. Remise des textes En fichier attaché (voir
conseils aux auteurs) en cliquant ici : envoi
contribution au n°22 Dernier délai : le 30 septembre
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au n°22 Numéro
23 Espaces de circulation, de transit et de consommation
contemporains : quelles pratiques sociolangagières ? Numéro
coordonné par Fred Dervin Université d'Helsinki, Finlande
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le texte de l'appel à contribution Ce numéro
de Glottopol se propose de poser des regards critiques sur les espaces de consommation,
circulation et transit qui remplissent nos sociétés contemporaines.
Naissants pour un certain nombre, ces lieux sont hétéroclites :
(circulation) avions, bus, trams, métros, ferries, bateaux de croisière,
mais aussi mondes virtuels, etc. ; (transit) échangeurs d'autoroute, aéroports,
halls de gare, quais, stations services, etc. ; (consommation) espaces duty-free,
super/hypermarchés, centres commerciaux, mais aussi espaces de vente en
ligne tels que Amazon ou ebay. Parmi les espaces de transit, on trouve également
des espaces-autres (cf. les hétérotopies de Foucault) qui donnent
la possibilité de refouler l'altérité, celle dont on ne veut
pas (ex. les camps de réfugiés, les centres de rétention
dans les aéroports, etc., cf. les travaux de Michel Agier, entre autres).
Certains lieux sont également nouvellement investis, notamment par ceux
qui pratiquent le parkour (PK) qui transforment les milieux urbains en obstacles
pour s'entrainer à se déplacer le plus efficacement possible.  Difficile
de ne pas penser à la notion de "non-lieux", qui avait été
proposée par Marc Augé dans son ouvrage Non-lieux, introduction
à une anthropologie de la surmodernité publié en 1992 au
Seuil, pour réfléchir à l'ensemble de ces espaces. Celle-ci
a connu un grand succès dans les mondes de recherche globaux et elle a
été "récupérée" notamment dans les
arts (cf. par exemple l'exposition sur le thème au Centre d'Art Contemporain
Zamek Ujazdowski de Varsovie (Pologne) en 2011). La notion pose néanmoins
de nombreux problèmes épistémologiques et méthodologiques,
que l'on pourra interroger ici. Pour Marc Augé, le non-lieu s'oppose
au lieu classique de l'anthropologie dans lequel " on peut lire dans l'espace
l'organisation sociale (à travers les règles de résidence,
par exemple), le passé commun et les symboles partagés : tout y
fait sens (social) " (Augé, sd). Ce lieu classique permet ainsi à
chacun de positionner ses identités, ses relations sociales en lien avec
divers jalons historiques (histoires mondiale, nationale, locale, familiale, amicale
).
Augé (1992) est d'avis que le non-lieu quant à lui résume
parfaitement les caractéristiques de ce qu'il nomme la surmodernité
: ces espaces de circulation, transit et consommation momentanés modifieraient
la socialité, les relations sociales, les communautés, les identités.
La surmodernité, c'est avant tout l'excès : " la surabondance
événementielle, la surabondance spatiale et l'individualisation
des références " (Augé, 1992 : 136). Comment la sociolinguistique
peut-elle contribuer à étudier ces phénomènes en liaison
avec les lieux de transit, de circulation et de consommation contemporains ?  Certains
de ces lieux ont été au centre de quelques recherches sociolinguistiques.
C'est le cas notamment de l'aéroport. Gumperz (1982) lui avait déjà
consacré indirectement le chapitre intitulé Interethnic communication
de son livre Discourse Strategies. La multiplication des mobilités et migrations
et l'utilisation accrue de langues étrangères pour interagir dans
des lieux/non-lieux internationaux, dont l'anglais lingua franca, font de ce lieu
un endroit propice à des études sociolinguistiques. En 2010, la
revue Japanese Studies publiait un numéro spécial intitulé
"Language in Public Space in Japan" dans lequel Patrick Heinrich traite
du choix des langues à l'aéroport de Narita au Japon et montre à
quel point cet aéroport reproduit une idéologie monolingue malgré
un contexte très international. De même, dans un article critique
sur la gestion du plurilinguisme dans un aéroport suisse, Alexandre Duchêne
(2011) examine les liens entre néolibéralisme, inégalités
sociales et utilisation des langues auprès des employés de l'aéroport.
Les inégalités sociales à l'aéroport en liaison au
plurilinguisme sont également décrites par Ingrid Piller (2011),
dans son ouvrage critique sur la communication interculturelle, à travers
l'histoire largement médiatisée d'un immigré polonais Robert
Dziekanski, qui, n'ayant jamais été dans un aéroport et ne
parlant pas un mot d'anglais, a paniqué après de nombreuses heures
à errer dans un aéroport canadien. Ne sachant comment en sortir,
il s'est fait "taser" par les forces de police car les autorités
ne le comprenaient pas et le voyant agité, pensaient qu'il était
dangereux. Il en est mort.  Mises
à part celles sur l'aéroport, on trouve peu d'études sociolinguistiques
en français sur les centres commerciaux, les gares, les boutiques en-ligne
mais aussi les camps de réfugiés, entre autres. C'est pourquoi,
dans ce numéro de Glottopol, nous aimerions proposer de poser des regards
sociolinguistiques sur ces lieux de globalisation accélérée
(Pieterse, 2004). On s'interrogera ainsi sur les problématiques suivantes,
en se concentrant sur un seul (type de) lieu(x), en comparant des (types de) lieux,
dans une perspective interculturelle ou pas : 
- Quelle(s) politique(s) linguistique(s) dans les "non-lieux" ?
Qui parle à qui et pourquoi ? Quelles interactions avec les "
textes " (institutions, images, symboles, objets) ? - Quelles sont
les pratiques langagières des usagers ? En quoi la langue permet-elle ou
pas de s'approprier ces espaces ? - Quelles langues sont utilisées,
autorisées, rejetées, mises en scène dans les non-lieux ?
Qui décide ? Qui subit ? Qui en profite ? - Peut-on dire
qu'il y a "une langue des non-lieux" ? Qui en est responsable ? -
Quelles représentations sur les interactions dans ces espaces ? On pourra
par exemple regarder ce qu'il en est dans les productions artistiques (films,
romans, séries télévisées, documentaires, vidéos
partagées par exemple sur youtube). - Marc Augé suggère
que pour ceux qui y travaillent ou y habitent (cas par exemple de Mehran Karimi
Nasseri à l'aéroport Roissy Charles de Gaulle), le non-lieu se rapproche
du lieu. En quoi la thématique de l'identité linguistique est-elle
ou pas reliée à celle de non-lieux ? Pour ceux qui ne font que "passer" ?
Pour ceux qui y travaillent ? - En quoi le non-lieu reproduit-il ou contribue-t-il
à reproduire les inégalités et les discriminations sociales,
genrées, etc. entre ceux qui le traversent ou entre ceux qui y travaillent
et ceux qui le fréquentent ? Qu'en est-il de la solidarité ?
Comment cela se marque-t-il linguistiquement ? Par exemple, qui a le droit à
la parole dans les non-lieux ?
 Les
auteurs pourront aussi s'interroger sur les points suivants : - La notion de
non-lieux est-elle viable pour la sociolinguistique ? La polarité
non-lieux-lieux devrait-elle être questionnée ? - Quels
sont les impacts méthodologiques du travail sur les lieux de transit, de
consommation et de circulation en termes de collecte de données sociolinguistiques
? - Qu'en est-il des positionnements du sociolinguiste dans l'acte de recherche ? Les
auteurs tenteront le plus possible d'être critiques face notamment à
la notion de non-lieux proposée par Augé : ne sont-ils pas également
construits comme tels par le regard des acteurs (dont le chercheur) et de ce point
de vue à la fois relatifs et situés ? Si on part de l'idée
que les "non lieux" n'existent pas en soi, mais qu'ils sont construits,
qu'en est-il du point de vue des acteurs, du chercheur, du statut des connaissances
ainsi produites et des modalités de construction de celles-ci ? Références : Augé, M.
1992. Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité.
Paris : Seuil. Augé, M. s.d. "L'histoire s'accélère,
les non-lieux se multiplient". Philosophie magazine no. 43. http://www.philomag.com/article,entretien,marc-auge-l-histoire-s-accelere-les-non-lieux-se-multiplient,1286.php Duchêne,
A. 2011. "Néolibéralisme, inégalités sociales
et plurilinguisme : l'exploitation des ressources langagières et des locuteurs".
Langage et société 2/2011 (n° 136), 81-108. Gumperz, J.
1982. Discourse strategies. Cambridge : Cambridge University Press. Heinrich,
P. 2010. "Language Choices at Naha Airport". Japanese Studies 30.3,
343-358. Pieterse, N.P. 2004. Globalization and culture: global mélange.
Lanham : Rowman & Littlefield Publishers. Piller, I. 2011. Intercultural
communication. Edimbourg : Edinburgh University Press. Remise des textes En fichier attaché (voir
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contribution au n°23 Dernier délai : le 30 avril 2013.
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Caractéristiques de la feuille
de style Glottopol Mise en page: Format
A4 ; Marges = 2,5 cm (haut, bas, droite, gauche) ; Reliure = 0 cm ; En tête
et pied de page 1,25 cm. Style normal (pour le
corps de texte) : Police Times 12 points, sans couleurs, sans attributs (gras
et italiques sont acceptés pour des mises en relief) ; paragraphe justifié,
pas de retrait, pas d'espacement, retrait de première ligne positif= 0,5
cm, interligne simple. Titre de l'article : Police
Times 14 points, sans couleurs, majuscules, gras ; paragraphe centré, pas
de retrait, espacement après = 18 points, pas de retrait de première
ligne, interligne simple. Titre 1 : Police
Times 14 points, sans couleurs, gras ; paragraphe gauche, espacement avant = 18
points, espacement après = 12 points, pas de retrait, pas de retrait de
première ligne, interligne simple. Titre 2 :
Police Times 12 points, sans couleurs, gras ; paragraphe gauche, espacement avant
= 12 points, espacement après = 6 points, pas de retrait, pas de retrait
de première ligne, interligne simple. Titre
3 : Police Times 12 points, sans couleurs, italiques ; paragraphe gauche,
espacement avant = 12 points, espacement après = 3 points, pas de retrait,
retrait de première ligne = 0,5 cm, interligne simple. Notes :
notes de bas de page, numérotation continue, 1
2
3
; Police Times 10 points, sans couleurs, sans attributs (gras et italiques sont
acceptés pour des mises en relief) ; paragraphe justifié, pas de
retrait, pas d'espacement, pas de retrait de première ligne, interligne
simple. Bibliographie : Police Times 12 points,
sans couleurs, sans attributs (gras et italiques sont acceptés pour des
mises en relief) ; paragraphe justifié, pas de retrait, pas d'espacement,
retrait de première ligne négatif = 0,5 cm, interligne simple.
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