Revue de sociolinguistique
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Université de Rouen

Laboratoire Dysola


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   glottopol@univ-rouen.fr

 

ISSN : 1769-7425

 

 

Conseils aux auteurs

Numéro 20

Linguistiques et colonialismes

Numéro coordonné par Cécile Van den Avenne
Ecole Normale Supérieure de Lyon

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Dans son ouvrage récent, Linguistics in a Colonial World, l'anthropologue J.Errington souligne que toutes les situations coloniales, quelles qu'elles soient, ont engendré des textes à dimension (méta)linguistique, qui représentent désormais une part importante des archives coloniales. Ces textes, ajoute Errington, proposent une sorte de défi au lecteur contemporain du fait de leur opacité, qui résulte de l'effacement de leurs conditions matérielles de production : en effet, le travail qui consiste à décrire des langues nécessite un engagement soutenu dans des interactions complexes, mais les textes qui en sont le résultat se tiennent généralement loin des réalités vécues. On peut ainsi ajouter qu'il y a dès lors un enjeu à lire ces textes en leur redonnant leur épaisseur, pour comprendre les conditions dans lesquelles ils ont été produits et les interactions qui les sous-tendent.
Si les travaux sur la linguistique coloniale, ou sur les liens entre linguistique et colonialisme, sont bien représentés dans le domaine anglo-saxon et en langue anglaise[ 1], il est notable que, depuis l'ouvrage de L.J. Calvet, Linguistique et colonialisme, publié en 1974 (plusieurs fois réédité), et inscrit dans une démarche critique, que souligne bien son sous-titre « petit traité de glottophagie » (qui fait qu'il a pu devenir une sorte de « bréviaire » pour reprendre le mot de Calvet lui-même à la fois pour des militants des langues régionales en France et pour des militants des langues nationales dans les pays anciennement colonisés de la francophonie), peu voire aucun travaux n'ont été menés en France ou en langue française sur les liens entre linguistique et colonialisme [ 2]. Par ailleurs, si l'on excepte le domaine spécifique de la « linguistique missionnaire » (notamment autour des travaux d'Otto Zwartjes et de l'Ospromil, Oslo Project on Missionary Linguistics), les travaux publiés sont essentiellement le fait d'anthropologues et non de (socio)linguistes, et l'on peut faire la remarque que, contrairement à ce qui se passe en anthropologie culturelle, l'historiogaphie linguistique est restée très muette sur ces liens entre science linguistique et colonialisme.

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Ce numéro thématique « Linguistiques et colonialismes » voudrait ainsi combler ce qui pourrait sembler un manque dans le paysage scientifique français (et interroger par là même la raison de ce manque) et donner à lire un ensemble de travaux, de linguistes, mais aussi d'anthropologues ou d'historiens, sur des corpus de linguistique coloniale, à savoir des textes de description linguistique produits, en contexte colonial, sur des langues non-européennes, quelle que soit l'aire géographique ou la période étudiée.
Deux axes sont principalement envisagés :
- un axe qui s'intéresse aux pratiques communicationnelles à l'époque coloniale (celles des voyageurs, des militaires, des fonctionnaires, des missionnaires,... utilisant des interprètes, apprenant des rudiments de langues locales, etc.), et aux ressources linguistiques utilisées : quelles langues sont utilisées dans les interactions avec les populations locales, quel est le rôle dévolu à certains intermédiaires (interprètes, lettrés locaux,...) ? L'attention portée aux sources et la réflexion sur le type de sources historiques permettant de reconstruire ces pratiques sera privilégiée. Une extension à la période d'exploration européenne antérieure à la colonisation territoriale est envisagée.
- un axe qui s'intéresse à la linguistique coloniale c'est-à-dire une entreprise de description de langues non européennes qui se fait dans un contexte historique et politique particulier, selon des modèles exogènes, impliquant un certain nombre de choix en terme de scripturalisation (choix de graphie, de codes phonographiques) et de grammatisation (pour reprendre le terme utilisé par Sylvain Auroux, à savoir le processus massif de description de l'ensemble des langues du monde à partir d'une seule tradition initiale, la tradition gréco-latine). On s'intéressera ainsi aux modèles descriptifs utilisés, aux choix graphiques, mais aussi, à la façon dont s'est faite la constitution d'un corpus : quels « informateurs » sont utilisés pour la production de savoir linguistique et selon quelles modalités ; comment est utilisée la traduction, etc. ? On s'intéressera aussi à la manière dont a pu se faire le partage du travail entre descripteurs de terrain et chercheurs métropolitains, aux liens entre descriptions et élaborations théoriques.
Pour favoriser le dialogue entre chercheurs travaillant sur des aires culturelles et linguistiques différentes, les contributions en anglais, espagnol et portugais seront aussi les bienvenues.

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Eléments de bibliographie
AUROUX S. (1992) Histoire des théories linguistiques, t.2, Paris, Mardaga.
CALVET L.J. (2002 [1974]) Linguistique et colonialisme, Paris, Payot.
ERRINGTON J.(2008) Linguistics in a colonial world: a story of language, meaning, and power, Oxford, Blackwell.
FABIAN J. (1986) Language and Colonial Power : The Appropriation of Swahili in the Former Belgian Congo 1880-1938, Cambridge, Cambridge University Press.
IRVINE J.T. (2008) « Subjected words : African linguistics and the colonial encounter », Language and communication, 28, p.323-343.
MIGNOLO W. (1995) The darker side of the Renaissance : literacy, territoriality, and colonization, Ann Arbor, University of Michigan Press.
RAISON-JOURDE F. (1977) « L'échange inégal de la langue : la pénétration des techniques linguistiques dans une civilisation de l'oral (Imerina, XIXème siècle », in Annales, 32(4), pp.639-669.
ZWARTJES, Otto et HOVDHAUGEN, Even (dir.) (2004) Missionary Linguistics / Lingüística misionera,  Selected papers from the First International Conference on Missionary Linguistics, Oslo, 13-16 March 2003. University of Oslo, Amsterdam/Philadelphia, John Benjamins (Studies in the History of the Language Sciences 106).

[ 1] On peut ainsi citer les travaux précurseurs de Johannes Fabian sur l'Afrique de l'Est, mais également ceux de Judith Irvine sur l'Afrique de l'Ouest, ou ceux de Walter Mignolo sur l'Amérique latine.

[ 2] Si l'on excepte l'article publié en 1977 par l'historienne F. Raison-Jourde sur le travail de linguistique fait par les missionnaires sur la langue malgache au XIXème siècle.

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Numéro 21

Lieux de ségrégation sociale et urbaine : tensions linguistiques et didactiques ?

Numéro coordonné par Marie-Madeleine Bertucci
Université de Cergy-Pontoise

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Les espaces urbains ségrégués drainent une image péjorative, qui se constitue en complémentarité négative avec d'autres quartiers, faisant l'objet de représentations et de discours moins connotés. Au plan linguistique, cette complémentarité se traduit par la même complémentarité négative entre des pratiques normées et tendant vers l'homogénéité et une diversité plurilingue hétérogène et stigmatisée. A des espaces soignés se heurte un habitat pas toujours maîtrisé. Au « bon » français, et d'une manière générale à la langue normée, quelle qu'elle soit, s'opposent des pratiques métissées, qui mettent la norme en péril. La représentation dominante, souvent stéréotypée et parfois démentie par la réalité des lieux, est celle d'un espace dénué de valeur esthétique, bruyant, où se concentrent les nuisances urbaines. Ce qui est stigmatisé en premier lieu, c'est l'espace (Lepoutre, 1997 ; Bulot, 2006). Les lieux de ségrégation urbaine sont en effet d'abord « un sujet d'opinion » avant d'être un « objet scientifique » (Vieillard-Baron, 2005). D'une manière générale, on avancera l'idée que ces contextes montrent qu'on ne peut pas dissocier la question linguistique des questions sociales et spatiales.

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Par leur seule mention, ces espaces évoquent des problèmes sociaux, violence urbaine, communautarisme, fanatisme religieux, difficultés scolaires, relégation, habitat dégradé, pauvreté, déficit culturel et aussi plurilinguisme et pratiques langagières stigmatisées...On postulera donc que les lieux de ségrégation urbaine (banlieues en France, quartiers périphériques tentaculaires des villes en Afrique ou en Amérique du Sud ou centres-villes aux Etats-Unis ou au Canada) sont devenus une notion à part entière, une catégorie conceptuelle faisant la synthèse d'un certain nombre de difficultés sociales, politiques et aussi linguistiques, ce qui ne va pas sans amalgame, et même si leur caractère protéiforme peut conduire à douter qu'ils soient un terrain de recherche. Le terme désigne dans le discours commun une réalité sociale et linguistique, qui induit une perception du réel.

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Le premier objectif de ce numéro est de désévidencier la notion (Lahire, 1999) et de tenter de lui restituer sa complexité en montrant que le lien entre l'espace et les pratiques langagières ne va pas de soi. Les pratiques langagières métissées ne se concentrent pas dans les quartiers déshérités et le centre-ville n'a pas le privilège de la langue normée.
On peut considérer que l'expression lieux de ségrégation urbaine est discutable, qu'elle constitue une désignation impropre et que son objet est tout aussi problématique que celui que tente de désigner le terme populaire. On sait que la caractérisation négative attachée à l'espace est éminemment variable et fluctuante dans le temps. Certains centres-villes ont été ou sont aussi déshérités que les banlieues actuelles, ce qui n'a jamais exclu l'existence de faubourgs mal famés. Peut-être est-ce, cependant, une situation plus visible dans certaines villes : à Paris, à Dakar, au Cap, à Johannesburg ou à Caracas, au sujet desquelles on peut parler de véritables archipels urbains (Beaucire & Emangard, 1996), tant la densité urbaine y est forte.

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Les affrontements violents de novembre 2005 en France, les émeutes de 2010 à Oakland, banlieue déshéritée à l'Est de San Francisco, pour ne citer que celles-ci, incitent néanmoins à conserver ce terme, parce qu'il paraît identifier un objet social spécifique stigmatisé et précarisé. Dans une perspective linguistique, on peut dire au sujet de la langue non normée en usage dans ces espaces ségrégués, ce que F. Gadet écrivait, à propos du français populaire, à savoir qu'il s'agit d'un usage non standard stigmatisé par le regard social (1992), et ce d'autant plus que le locuteur s'y prêtera.

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D'une manière générale, on postulera que les représentations que se font les locuteurs de la/des langue(s) constituent un élément clé, particulièrement en termes de stéréotypes. L'étude du stéréotypage (Labov, 1976) conduit à aborder les usages sociaux des langues et notamment l'influence des préjugés, des représentations agressives ou polémiques sur les représentations, et la force de stigmatisation de celles-ci, lesquelles contribuent à faire des lieux de ségrégation urbaine un contexte de stigmatisation/minorisation.

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C'est ce contexte spécifique que le numéro souhaite aborder dans une perspective sociolinguistique et didactique, en envisageant notamment les aspects suivants.
- Les questions de sociolinguistique urbaine
- Les études sur le statut des langues, la notion de langue populaire, les parlers jeunes/parlers des cités ou des banlieues, les usages non normés
- Les travaux autour de l'immigration et du plurilinguisme des migrants et les difficultés résultant du contact des langues
- Les problèmes identitaires liés à d'éventuels conflits linguistiques et à des situations de minorisation/discrimination tant sociopolitiques que linguistiques.

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Le numéro est également ouvert à la réflexion didactique sur l'école dans les lieux de ségrégation urbaine, désignée en France, entre autres dénominations, comme l'école de la périphérie (Van Zanten, 2001 ; Van Zanten & Duru-Bellat, 2009) et à la façon dont elle gère la diversité culturelle et linguistique, en France comme dans d'autres contextes, francophones ou non.

Un traitement interdisciplinaire de ces questions, croisant l'approche sociolinguistique ou didactique avec la géographie sociale, la sociologie, l'anthropologie ou la sociohistoire est bienvenu. Des contributions comparatives évoquant d'autres situations que celle que connaît la France sont également attendues.

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Numéro 22

Les langues des apprenants dans les systèmes éducatifs post-coloniaux

Numéro coordonné par Bruno Maurer
Université de Montpellier III (EA 739 Dipralang)

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Depuis les Etats généraux de l'enseignement du français en Afrique (Libreville, 2003), la question de l'utilisation des langues nationales dans l'enseignement en Afrique subsaharienne fait partie, en francophonie, de l'horizon des réflexions à la fois pédagogiques et didactiques[1]. Mais, si elle est d'actualité récente dans cette zone géographique, elle s'est déjà posée sur d'autres continents et dans des sphères non francophones et il serait intéressant de mettre en dialogue différentes expériences en la matière.

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Contexte et problématique
La stratégie Education pour tous a entraîné une massification de l'enseignement qui s‘accompagne d‘une ruralisation : la sociologie de l'école a considérablement évolué depuis le milieu des années 1990 ; l'arrivée en nombre de publics ruraux, moins exposés que les publics urbains aux langues officielles, ne peut manquer de poser d'une nouvelle manière la question de l'utilisation d'autres langues que celles des anciennes puissances coloniales dans l'éducation.
Le contexte idéologique a également changé : on parlait, dans les années 1970, de glottophagie, de « guerre des langues » ; on préfère aujourd'hui mettre l'accent sur leur possible « partenariat » pour le développement.
Les analyses des résultats obtenus par les systèmes éducatifs d'Afrique subsaharienne francophone (Programme PASEC mis en œuvre par la CONFEMEN[2]) montrent un faible niveau des acquisitions scolaires, en mathématiques notamment, qui semble corrélée à une mauvaise maîtrise du français, des aspects sur lesquels nous reviendrons.
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Cette préoccupation pour la qualité conduit à interroger le lien traditionnellement établi entre langue(s) de scolarisation et qualité de l'enseignement, notamment sur le plan de l'enseignement primaire, mais aussi, plus globalement, pour tous les niveaux du système éducatif :
- Comment réduire l'échec scolaire massif observé faute d'une maîtrise suffisante des langues d'enseignement ? Quelle place accorder aux langues nationales dans l'enseignement ? Pour quels types d'enseignements ? A quels stades du cursus (préparatoire, élémentaire, moyen) ?
- Quelle articulation langues nationales / langue française recommander en particulier dans l'enseignement primaire ? Comment assurer un niveau linguistique suffisant pour aborder les apprentissages dans l'enseignement secondaire ?
- Quels appuis (nature et modalités) faut-il apporter pour l'efficacité des apprentissages en langue nationale et en langue française ?

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Points de vue possibles
La mise en perspective de différentes expériences permettrait de tirer des enseignements dans différents domaines :
- les enjeux de la qualité de l'éducation dans le contexte d'une massification de l'accès des ruraux à l'enseignement primaire (graves difficultés scolaires, forts taux d'échec et d'abandon scolaire, faible niveau des apprentissages) ;
- la problématique des choix en matière de langues (critères de choix, place attribuée dans le système éducatif, niveaux et modalités d'utilisation, échelle du choix et processus de choix) ;
- l'articulation L1-L2 : relais entre langues medium (point de vue longitudinal sur l'ensemble du cursus primaire et répartition selon les disciplines, pratiques pédagogiques, processus de transfert de compétences linguistiques de la L1 vers la L2, gestion de l'utilisation des langues dans la classe) ;
- l'instrumentation des langues nationales et la production de supports didactiques et les capacités existantes ;
- le recrutement et la formation initiale et continue des enseignants intervenant dans les dispositifs bi et plurilingues ;
- le suivi et l'évaluation des projets expérimentaux ;
- les évaluations comparées des acquisitions scolaires ;
- la sensibilisation des usagers et des acteurs (attitude des parents, des enseignants et de l'encadrement pédagogique intermédiaire).
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Aires géographiques concernées
Au-delà de l'Afrique francophone où la question, en dehors de dispositifs expérimentaux, commence seulement à être posée, il nous semble qu'il serait intéressant, à l'occasion de ce numéro de revue de poser la question des politiques éducatives et de la part de la langue des apprenants dans d'autres systèmes marqués par les langues d'anciennes puissances coloniales.
On peut penser à d'autres aires géographiques :
- pays créolophones
- pays arabophones
- question des langues indigènes dans les Amériques
- pays lusophones (Mozambique, Angola, Brésil)
- pays anglophones (Afrique du Sud, etc.).
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[1] Pour six pays de cette région, l'étude LASCOLAF, qui rassemblait des acteurs bilatéraux et multilatéraux de la diffusion du français, a réuni, en 2010, une documentation inédite, disponible sur http://www.bibliotheque.auf.org/index.php?lvl=author_see&id=586. On trouve à cette page, téléchargeables, le rapport de synthèse (B. Maurer) et les six rapports-pays dans leur version intégrale : Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Niger, Sénégal.

[2] Les références de ce rapport aux études PASEC sont consultables à partir du site http://www.confemen.org

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Numéro 23

Espaces de circulation, de transit et de consommation contemporains : quelles pratiques sociolangagières ?

Numéro coordonné par Fred Dervin
Université d'Helsinki, Finlande

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Ce numéro de Glottopol se propose de poser des regards critiques sur les espaces de consommation, circulation et transit qui remplissent nos sociétés contemporaines. Naissants pour un certain nombre, ces lieux sont hétéroclites : (circulation) avions, bus, trams, métros, ferries, bateaux de croisière, mais aussi mondes virtuels, etc. ; (transit) échangeurs d'autoroute, aéroports, halls de gare, quais, stations services, etc. ; (consommation) espaces duty-free, super/hypermarchés, centres commerciaux, mais aussi espaces de vente en ligne tels que Amazon ou ebay. Parmi les espaces de transit, on trouve également des espaces-autres (cf. les hétérotopies de Foucault) qui donnent la possibilité de refouler l'altérité, celle dont on ne veut pas (ex. les camps de réfugiés, les centres de rétention dans les aéroports, etc., cf. les travaux de Michel Agier, entre autres). Certains lieux sont également nouvellement investis, notamment par ceux qui pratiquent le parkour (PK) qui transforment les milieux urbains en obstacles pour s'entrainer à se déplacer le plus efficacement possible.

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Difficile de ne pas penser à la notion de "non-lieux", qui avait été proposée par Marc Augé dans son ouvrage Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité publié en 1992 au Seuil, pour réfléchir à l'ensemble de ces espaces. Celle-ci a connu un grand succès dans les mondes de recherche globaux et elle a été "récupérée" notamment dans les arts (cf. par exemple l'exposition sur le thème au Centre d'Art Contemporain Zamek Ujazdowski de Varsovie (Pologne) en 2011). La notion pose néanmoins de nombreux problèmes épistémologiques et méthodologiques, que l'on pourra interroger ici.
Pour Marc Augé, le non-lieu s'oppose au lieu classique de l'anthropologie dans lequel " on peut lire dans l'espace l'organisation sociale (à travers les règles de résidence, par exemple), le passé commun et les symboles partagés : tout y fait sens (social) " (Augé, sd). Ce lieu classique permet ainsi à chacun de positionner ses identités, ses relations sociales en lien avec divers jalons historiques (histoires mondiale, nationale, locale, familiale, amicale…). Augé (1992) est d'avis que le non-lieu quant à lui résume parfaitement les caractéristiques de ce qu'il nomme la surmodernité : ces espaces de circulation, transit et consommation momentanés modifieraient la socialité, les relations sociales, les communautés, les identités. La surmodernité, c'est avant tout l'excès : " la surabondance événementielle, la surabondance spatiale et l'individualisation des références " (Augé, 1992 : 136). Comment la sociolinguistique peut-elle contribuer à étudier ces phénomènes en liaison avec les lieux de transit, de circulation et de consommation contemporains ?

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Certains de ces lieux ont été au centre de quelques recherches sociolinguistiques. C'est le cas notamment de l'aéroport. Gumperz (1982) lui avait déjà consacré indirectement le chapitre intitulé Interethnic communication de son livre Discourse Strategies. La multiplication des mobilités et migrations et l'utilisation accrue de langues étrangères pour interagir dans des lieux/non-lieux internationaux, dont l'anglais lingua franca, font de ce lieu un endroit propice à des études sociolinguistiques. En 2010, la revue Japanese Studies publiait un numéro spécial intitulé "Language in Public Space in Japan" dans lequel Patrick Heinrich traite du choix des langues à l'aéroport de Narita au Japon et montre à quel point cet aéroport reproduit une idéologie monolingue malgré un contexte très international. De même, dans un article critique sur la gestion du plurilinguisme dans un aéroport suisse, Alexandre Duchêne (2011) examine les liens entre néolibéralisme, inégalités sociales et utilisation des langues auprès des employés de l'aéroport. Les inégalités sociales à l'aéroport en liaison au plurilinguisme sont également décrites par Ingrid Piller (2011), dans son ouvrage critique sur la communication interculturelle, à travers l'histoire largement médiatisée d'un immigré polonais Robert Dziekanski, qui, n'ayant jamais été dans un aéroport et ne parlant pas un mot d'anglais, a paniqué après de nombreuses heures à errer dans un aéroport canadien. Ne sachant comment en sortir, il s'est fait "taser" par les forces de police car les autorités ne le comprenaient pas et le voyant agité, pensaient qu'il était dangereux. Il en est mort.

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Mises à part celles sur l'aéroport, on trouve peu d'études sociolinguistiques en français sur les centres commerciaux, les gares, les boutiques en-ligne mais aussi les camps de réfugiés, entre autres. C'est pourquoi, dans ce numéro de Glottopol, nous aimerions proposer de poser des regards sociolinguistiques sur ces lieux de globalisation accélérée (Pieterse, 2004). On s'interrogera ainsi sur les problématiques suivantes, en se concentrant sur un seul (type de) lieu(x), en comparant des (types de) lieux, dans une perspective interculturelle ou pas :

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- Quelle(s) politique(s) linguistique(s) dans les "non-lieux" ? Qui parle à qui et pourquoi ? Quelles interactions avec les " textes " (institutions, images, symboles, objets) ?
- Quelles sont les pratiques langagières des usagers ? En quoi la langue permet-elle ou pas de s'approprier ces espaces ?
- Quelles langues sont utilisées, autorisées, rejetées, mises en scène dans les non-lieux ? Qui décide ? Qui subit ? Qui en profite ?
- Peut-on dire qu'il y a "une langue des non-lieux" ? Qui en est responsable ?
- Quelles représentations sur les interactions dans ces espaces ? On pourra par exemple regarder ce qu'il en est dans les productions artistiques (films, romans, séries télévisées, documentaires, vidéos partagées par exemple sur youtube).
- Marc Augé suggère que pour ceux qui y travaillent ou y habitent (cas par exemple de Mehran Karimi Nasseri à l'aéroport Roissy Charles de Gaulle), le non-lieu se rapproche du lieu. En quoi la thématique de l'identité linguistique est-elle ou pas reliée à celle de non-lieux ? Pour ceux qui ne font que "passer" ? Pour ceux qui y travaillent ?
- En quoi le non-lieu reproduit-il ou contribue-t-il à reproduire les inégalités et les discriminations sociales, genrées, etc. entre ceux qui le traversent ou entre ceux qui y travaillent et ceux qui le fréquentent ? Qu'en est-il de la solidarité ? Comment cela se marque-t-il linguistiquement ? Par exemple, qui a le droit à la parole dans les non-lieux ?

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Les auteurs pourront aussi s'interroger sur les points suivants :
- La notion de non-lieux est-elle viable pour la sociolinguistique ? La polarité non-lieux-lieux devrait-elle être questionnée ?
- Quels sont les impacts méthodologiques du travail sur les lieux de transit, de consommation et de circulation en termes de collecte de données sociolinguistiques ?
- Qu'en est-il des positionnements du sociolinguiste dans l'acte de recherche ?

Les auteurs tenteront le plus possible d'être critiques face notamment à la notion de non-lieux proposée par Augé : ne sont-ils pas également construits comme tels par le regard des acteurs (dont le chercheur) et de ce point de vue à la fois relatifs et situés ? Si on part de l'idée que les "non lieux" n'existent pas en soi, mais qu'ils sont construits, qu'en est-il du point de vue des acteurs, du chercheur, du statut des connaissances ainsi produites et des modalités de construction de celles-ci ?

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Références :

Augé, M. 1992. Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité. Paris : Seuil.

Augé, M. s.d. "L'histoire s'accélère, les non-lieux se multiplient". Philosophie magazine no. 43. http://www.philomag.com/article,entretien,marc-auge-l-histoire-s-accelere-les-non-lieux-se-multiplient,1286.php

Duchêne, A. 2011. "Néolibéralisme, inégalités sociales et plurilinguisme : l'exploitation des ressources langagières et des locuteurs". Langage et société 2/2011 (n° 136), 81-108.

Gumperz, J. 1982. Discourse strategies. Cambridge : Cambridge University Press.

Heinrich, P. 2010. "Language Choices at Naha Airport". Japanese Studies 30.3, 343-358.

Pieterse, N.P. 2004. Globalization and culture: global mélange. Lanham : Rowman & Littlefield Publishers.

Piller, I. 2011. Intercultural communication. Edimbourg : Edinburgh University Press.

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Style normal (pour le corps de texte) : Police Times 12 points, sans couleurs, sans attributs (gras et italiques sont acceptés pour des mises en relief) ; paragraphe justifié, pas de retrait, pas d'espacement, retrait de première ligne positif= 0,5 cm, interligne simple.

Titre de l'article : Police Times 14 points, sans couleurs, majuscules, gras ; paragraphe centré, pas de retrait, espacement après = 18 points, pas de retrait de première ligne, interligne simple.

Titre 1 : Police Times 14 points, sans couleurs, gras ; paragraphe gauche, espacement avant = 18 points, espacement après = 12 points, pas de retrait, pas de retrait de première ligne, interligne simple.

Titre 2 : Police Times 12 points, sans couleurs, gras ; paragraphe gauche, espacement avant = 12 points, espacement après = 6 points, pas de retrait, pas de retrait de première ligne, interligne simple.

Titre 3 : Police Times 12 points, sans couleurs, italiques ; paragraphe gauche, espacement avant = 12 points, espacement après = 3 points, pas de retrait, retrait de première ligne = 0,5 cm, interligne simple.

Notes : notes de bas de page, numérotation continue, 1…2…3… ; Police Times 10 points, sans couleurs, sans attributs (gras et italiques sont acceptés pour des mises en relief) ; paragraphe justifié, pas de retrait, pas d'espacement, pas de retrait de première ligne, interligne simple.

Bibliographie : Police Times 12 points, sans couleurs, sans attributs (gras et italiques sont acceptés pour des mises en relief) ; paragraphe justifié, pas de retrait, pas d'espacement, retrait de première ligne négatif = 0,5 cm, interligne simple.


 

 

Dernière mise à jour :

27 janvier 2012

 

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