Arob@se, vol.2, n. 2
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Copyright© Georges-Claude Guilbert 1998


Vattimo, G., Espérer croire. Paris: Éditions du Seuil, 1998, 116 p., Traduit de l'italien, ISBN: 2-02-030410-4.

Georges-Claude Guilbert -- Université de Rouen, France


    La réputation de Gianni Vattimo n'est plus à faire: il a collaboré avec Derrida, écrit le désormais classique La Société transparente, et ses relectures de Nietzsche puis Heidegger figurent dans quantité de savantes bibliographies. Son ouvrage La Fin de la modernité: nihilisme et herméneutique dans la culture postmoderne est devenu incontournable pour quiconque prétend théoriser sur le postmoderne. Lorsque l'on aura examiné les écrits de Lyotard, Jameson ou Habermas sur la question, on se penchera sur Vattimo comme on prendra en compte Scarpetta ou Raulet. Sa contribution au débat a la mérite de la clarté, mais de plus elle inscrit le postmoderne dans un vaste cadre philosophique qui fait parfois défaut ailleurs.

    Aussi ce nouveau livre peut-il surprendre, au premier abord. Dans Espérer croire Vattimo exprime le désir de concilier sa foi catholique et une réflexion philosophique débarrassée de bien des carcans. On pourrait être tenté de ne voir là que contradiction, toutefois ses arguments s'enchaînent de manière saisissante, même si comme il le reconnaît lui-même il y a quelques brèches dans son discours ("je n'écris pas ici un traité philosophique"). Il ne s'agit aucunement d'une tentative de prosélytisme, mais plutôt d'une sorte de récit autobiographique, dans lequel Vattimo livre le cheminement de sa pensée "chrétienne". Il serait donc possible de croire encore ("credere di credere"), après avoir consacré des années à l'examen de la fin de tous les métarécits? On peut suivre l'enseignement du Christ quand on a tant écrit sur "la fin de la métaphysique", sur "la sécularisation de la pensée"?

    Précisément, Vattimo a déniché dans les textes de Heidegger des espaces inexplorés dans lesquels pouvaient s'infiltrer sa réflexion chrétienne. A l'aide de ce concept d'"ontologie faible" qu'il a mis en oeuvre (cf. Il Pensiero debole), il conduit à se poser des questions que l'on croyait périmées. Mais finalement, si le postmoderne a véritablement dépassé les tentatives forcenées des modernes de tout rationaliser, si la faillite des métarécits modernes est consommée, pourquoi ne pas opérer un retour vers ce métarécit prémoderne qu'est le christianisme? "Le fait est que la fin de la modernité, ou en tout cas la crise de la modernité, a aussi apporté avec elle la dissolution des principales théories philosophiques qui considéraient qu'elles avaient liquidé la religion", nous dit Vattimo. En matière de production artistique postmoderne, on recycle abondamment les créations d'antan, se moquant de la volonté d'innovation désespérée des modernes. Vattimo en fait autant en matière de credo. On lira avec intérêt la façon dont il développe sa conception de la kénôse; son catholicisme est très personnel, il ne fait que peu de cas du Pape et de ses positions sur la contraception ou le SIDA. C'est un catholicisme "démythologisé", tout entier tourné vers l'amour du prochain.

 


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