1- Axes de recherche
Les travaux récents du laboratoire s'organisent dans plusieurs directions, que l'on peut regrouper en trois axes thématiques. Si chacun de ces trois axes laisse apparaître des thématiques différentes, ils sont tous structurés autour de la même problématique de recherche : développer à la fois des innovations méthodologiques, qui sont ensuite testées et " validées " dans le cadre de recherches appliquées. Ainsi, les recherches en géomatique apparaissent dans chacun des trois axes.
1.1- Risques environnementaux
Ces quatre dernières années, cette thématique a rassemblé un certain nombre de recherches sur le ruissellement érosif, coordonnées par Daniel DELAHAYE. Ces travaux ont pour " laboratoire " principal les bassins versants de Haute-Normandie, et utilisent largement des compétences informatiques et géomatiques (P. LANGLOIS, S. FREIRE-DIAZ). Depuis la mutation de Daniel DELAHAYE à Caen en 2003/2004 (direction du laboratoire Géophen), les collaborations avec le laboratoire MTG se sont prolongées (obtention par exemple en 2004 d'un co-financement Géophen MTG dans le cadre de l'ACI Systèmes complexes en SHS). Ces innovations méthodologiques trouvent des prolongements dans d'autres espaces d'études : programme Interreg sur l'espace Rives Manche, Jordanie, Chine. Le recrutement en 2004 de Damase MOURALIS au poste de maître de conférences de géographie devrait permettre de prolonger ces recherches, notamment dans le cadre de ces travaux sur la vulcanologie en Turquie. Dans cette thématique s'intègrent également les travaux coordonnés par Yvette MARCHAND-VAGUET sur l'organisation spatiale des villes pétrolières et gazières de Sibérie occidentale en émergence (télédétection, SIG). Ceux ci relèvent toutefois aussi de l'axe 2 et 3.
Principales opérations de recherches en cours ou programmées :
-" Plages à risques" ; Programme INTERREG III, en collaboration avec l'Université de Caen, Laboratoire Géophen ; l'Université du Littoral (Dunkerque) ; l'Université de Brighton, juin 2002-déc 2004
- " La maîtrise collective par les agriculteurs du ruissellement
érosif sur le territoire agricole "
Programme GESSOL de l'INRA, 2002-2004
- programme " émergence des villes pétrolières et gazières de sibérie occidentale, modèle d'organisation spatiale. Approche par télédétection et SIG ", ACI " jeunes chercheurs", 2002-2004
- Analyse cartographique des risques d'inondation dans le bassin du Taihu (Chine) à l'aide de la télédétection, DRI-CNRS et Académie des Sciences de Chine, 2002-2003
- Analyse de la structure et de la dynamique d'un système spatial complexe : le bassin versant. Apport de la modélisation des risques hydrologiques, 2004-2007, ACI " Systèmes complexes en SHS ", en collaboration avec le laboratoire Géophen
1.2- Environnement socio-culturel et qualité de la vie (coordinateurs,
A.Vaguet-F.Lucchini)Dans cet axe, Alain VAGUET et plusieurs doctorants
travaillent principalement sur les questions de santé (pathologies,
prescription médicale équipement sanitaire
) ; Françoise
LUCCHINI étudie la question des activités culturelles et sportives,
à la fois en terme de pratiques, d'équipement et d'avantages
concurrentiels entre les lieux ; Gérald BILLARD travaille sur la question
de l'insécurité, sous l'angle de l'ouverture/fermeture des lieux.
Une des originalités de l'approche du laboratoire MTG est de continuer
de privilégier le développement de modélisations à
l'échelle intra-urbaine (Patrice LANGLOIS, Sylviano FREIRE-DIAZ, Eric
DAUDE) et des réflexions théoriques (Bernard ELISSALDE). Au
cours des deux dernières années, la dimension comparative internationale
de cet axe s'est considérablement renforcé : travaux d'Alain
VAGUET sur l'Inde, de Françoise LUCCHINI sur le Royaume-Uni, de Gérald
BILLARD sur la Chine, l'Australie et l'Amérique du Nord. Ainsi, pour
la période 2004-2007, un travail comparatif sur les équipements
olympiques urbains (en particulier en Chine) fédèrera plusieurs
chercheurs du laboratoire. Cet axe a également fait l'objet d'attribution
pour le laboratoire d'allocations de recherche doctorale par la région
Haute-Normandie : certaines seront soutenues en 2005 (Aude CORDIER sur la
question des " Eco-parcs "), d'autres débutent en 2004 (Virginie
CREMADES sur la question de l'offre culturelle sur l'espace trans-Manche).
Principales opérations de recherches en cours ou programmées
:
- " Insécurité, habitat urbain et risque de sécession sociale dans les villes européennes et nord-américaines ", ACI villes : insécurité, habitat et sécession (2000-2003)
- Le choix des modes de transport dans l'espace urbain et périurbain dans l'agglomération de Rouen, programme PUCA-PREDIT " mobilités et territoires urbains ", 2002-2003
- Contrat " la dépendance aux médicaments psychotropes
", appel d'offre "Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie",
en collaboration avec le CESAMES (Paris V), 2002-2004
- Contrat " Atlas dynamique trans-manche ", financée par
la Haute-Normandie et le programme Interreg 3, 2004-2006
- Programme Intergouvernemental de Recherches Avancées Franco-chinois, 2002-2004, coopération avec l'Institut de géographie de l'académie des sciences de Nankin
- Organisation d'un ouvrage collectif " Inde /Santé " (publication 2005) traduction financée par le Centre de Sciences Humaines de Delhi, après l'organisation d'un atelier de recherche à Delhi (mars 2003).
1.3 - Systèmes politiques, concurrences et coopérations
territoriale (coordinateurs, M.Bussi-G.Billard)
Cet axe intègre la dimension politique : les expertises sur l'aménagement du territoire menées par Y. GUERMOND ; les recherches de Gérald BILLARD sur la " gouvernance " dans les villes anglo-américaines ; les analyses de Michel BUSSI et Gérald BILLARD sur la place du " tiers secteur " dans le développement local ; les recherches de Michel BUSSI sur la démocratie électorale et les modes de représentation politique. La réflexion générale porte sur l'évolution des méthodes des géographes pour aborder le tournant de l'aménagement, " du zonage au contrat ", qui laisse une plus large part aux jeux d'acteurs, y compris individuels. Les travaux coordonnés par Bernard ELISSALDE, qui rassemblent sept chercheurs de l'équipe sur les " concurrences territoriales en Europe " et les " dynamiques complexes des systèmes spatiaux en Europe " entrent à la fois dans le second et le troisième axe.
Principales opérations de recherches en cours ou programmées :
- "Concurrences territoriales en Europe ", IRSHS de Rouen, 2001-2004
- Contrat " les pays milieux innovants de l'économie sociale et solidaire ?, secrétariat d'Etat à l'économie sociale et solidaire, 2001-2003
- Contrat " Applications des systèmes multi-agents aux dynamiques complexes des systèmes spatiaux en Europe ", ACI Systèmes complexes en SHS, 2004-2007
- "Désalignements et réalignements électoraux en France", recherches avec le groupe pluridisciplinaire ADRET, en collaboration avec l'UMR ESO, l'Association Française de Science Politique et le Centre de la Vie Politique Française, 2004-2007
- Contrat " Normandie Métropole : quel bassin de vie ? ", financé par le réseau Normandie Métropole, 2004-2005
2- Thématiques transversales
Lors du rapport de notre laboratoire il y a deux ans, nous avions souhaité, au delà de ces trois axes thématiques, engager une réflexion sur trois axes transversaux, permettant de renforcer les collaborations entre chercheurs et de nourrir des débats lors de nos séminaires.
- 21- L'approfondissement de nouvelles voies de recherche en modélisation
L'activité de modélisation a été riche et variée aussi bien en termes de contrats que de réalisations. De plus, elle traverse les problématiques de beaucoup de chercheurs MTG, en permettant de répondre à certaines de leurs questions. Nous ne séparons pas ici bilan et perspectives dans la mesure où la plupart des opérations de recherche présentées sont en cours encore pour plusieurs années.
Depuis la formalisation mathématique pour la modélisation et
l'analyse spatiale, jusqu'à la conception et développement de
logiciels de simulation de processus géographiques, nous avons réalisé
ou perfectionné un certain nombre d'outils, en particulier à
travers les automates cellulaires et systèmes multi-agents (E. Daudé).
De plus, un ouvrage collectif est en cours de réalisation (chez
Hermès) sur la modélisation.
Cette réflexion a abouti à la réalisation de plusieurs
logiciels de simulation à travers différents contrats de recherche
:
a) logiciel SpaCelle : Plate-forme permettant de définir les règles,
dans un langage simple, de modèles dynamiques spatiaux s'appliquant
à une couche qualitative (comme l'occupation du sol) définie
dans des cellules carrées ou hexagonales. La première version
de ce logiciel a permis de travailler par exemple sur la croissance urbaine
(Y. Guermond, E. Dubos-Paillard, P. Langlois). Ce logiciel est en cours de
transformation pour aboutir à un modèle beaucoup plus général,
autour d'une plate-forme de modélisation de la dynamique de systèmes
spatiaux complexes. Une première ébauche a servi à modéliser
la diffusion du comportement de vote en France (M. Bussi, C. Colange), ainsi
que pour la diffusion des niveaux de vie ou les problématiques de transport
dans les régions européennes (B Elissalde, P. Langlois).
De plus, son développement est engagé dans trois programmes
de recherche dont deux ACI :
- ACI Systèmes complexes en SHS : " application des sytèmes
multi-agents aux dynamiques complexes des systèmes spatiaux européens
" qui a débuté en 2003, avec B Elissalde, P. Langlois,
E. Daudé, F. Lucchini, A. Vaguet, Y. Marchand-Vaguet.
- ACI Prosodie : " Modélisation spatiale du développement
urbain chinois " qui a débuté en 2004, coordonnée
par Y. Guermond, avec G.Billard, A.Cordier, E.Daudé, P.Langlois, L.Lemoine,
A.Vallette et J. Tong pour le correspondant chinois
- il a participé aussi au programme de recherche régional de
la IRSHS de Haute-Normandie: 2002-2003, Programme "Concurrences territoriales
en Europe". L'objectif est d'utiliser les systèmes multi-agents
ou les automates cellulaires, dans le cadre d'une simulation du comportement
socio-économique des régions européennes vis-à-vis
des différentes aides européennes.
b) logiciel RuiCells : automate cellulaire de simulation du Ruissellement
qui permet l'évaluation par simulation des risques hydrologiques dus
à des inondations catastrophiques dans des bassins versants secs (par
exemple du Pays de Caux) : Ce logiciel s'est développé à
travers plusieurs programmes de recherche :
- Programme SIG 2000 du GDR SIGMA, arrivé à échéance
en Juin 2001,
- Programme EPR "Evaluation et Prise en compte des Risques naturels et
technologiques" du Ministère de l'Aménagement du Territoire
et de l'Environnement. terminé en 2003 (coordonné par D. Delahaye)
- Programme GESSOL en liaison avec l'INRA SAD (Grignon) se termine en décembre
2004 (coordonné par D. Delahaye)
- ACI Complexité, projet 2004 " Symbad " en collaboration
avec le laboratoire GEOPHEN de Caen rattaché à l'UMR LETG 6554.
Ce programme débute en octobre 2004 pour 3 ans : "Analyse de la
structure et de la dynamique d'un système spatial complexe : le bassin
versant. Apports à la modélisation des risques hydrologiques
" (coordonné par D. Delahaye)
Ce logiciel est toujours en développement, pour répondre aux
différentes problématiques abordées dans les différents
programmes de recherche.
c) Logiciel de déformation spatiale de cartes par anamorphose scalaire, fait suite à une réflexion sur des méthodes mathématiques développées au laboratoire. Ce logiciel à été présenté à ThéoQuant en 2003.
En dehors de ces logiciels d'autres travaux de modélisation et d'analyse
spatiale sont en cours, à travers un certain nombre de thèses
:
- F. Lucchini, L. Lemoine, S. Freire-Diaz qui travaillent sur l'analyse des
stratégies d'implantation des équipements culturels et sportifs,
- Y Marchand-Vaguet, A. Gaye, sur le développement des villes pétrolières
de Sibérie nord-occidentale,
- M. Bussi, G. Bally sur l'analyse de la diffusion de l'intercommunalité
en France
Nous contributions aussi au projet S4 de portail européen des modèles de simulation spatiale, du GDR Libergeo et nous faisons partie du GDR SIGMA
.22- Une géographie de la démocratie
Un axe transversal défini il y a deux ans concernait le développement d'une " géographie de la démocratie ", c'est-à-dire une géographie qui s'insère par nature dans le champ politique (et de sa traduction spatiale, l'aménagement), mais en privilégiant les interactions entre les acteurs, individuels et collectifs. Cette " géographie de la démocratie " a pour objectif de s'appliquer à des enjeux sociétaux variés : recompositions territoriales, activités culturelles, santé, insécurité, environnement Cette géographie, ni uniquement théorique, ni uniquement appliquée, s'intègre au questionnement de la FRE IDEES dans l'axe " valorisation, communication ", autour des enjeux d'" aide à la décision ", d'" expertise ", et de " médiation ".
Cette géographie de la démocratie peut se définir comme une géographie du pouvoir qui considère l'individu comme un acteur majeur. Dans ce domaine, plusieurs types de travaux ont émergés. Tout d'abord ceux orientés autour de groupe de recherches ADRET (Analyse de la Démocratie, des Représentations des Elections et des Territoires). Il concerne des chercheurs de trois des quatre équipes de la FRE IDEES. Ce groupe a organisé des rencontres (http://infodoc.unicaen.fr/adret) et des publications en commun (Cybergéo, Espaces Populations Sociétés, Revue Française de Science Politique ). Ces recherches portent sur les nouveaux territoires de la démocratie. Dans ce champ, la géographie des élections a fait l'objet d'une attention particulière. A partir d'une base de données socio-politiques originale et d'une convention avec le ministère de l'intérieur, des analyses électorales, notamment sur les élections de 2004, ont pu être réalisées et valorisées dans la presse scientifique, dans les médias nationaux, et dans des communications croisées avec des politistes (J.P Gosset, M.Bussi, C.Colange). Ce travail sur les élections a trouvé un prolongement dans le cadre de la modélisation, en particulier à travers un modèle dynamique de diffusion (P.Langlois, M.Bussi). Ces questions politiques ne se limitent pas au cadre national. Ainsi, la question des frontières palestiniennes a été abordée (Y.Guermond) dans le cadre d'une mission sur le terrain, de deux colloques organisés par l'AFDG et le ministère des affaires étrangères (DGCID) et de plusieurs publications. Une publication pilotée par MTG (numéro spécial de la revue Espaces Populations Sociétés, " Elections, territoires sociétés ") dresse un bilan de l'approche comparative des élections dans le monde, par exemple pour l'Inde (A.Vaguet).
La réflexion sur la démocratie ne se limite pas aux élections. Le rapport entre le politique, les individus et les territoires a trouvé une application naturelle dans les recompositions territoriales. Plusieurs travaux dans ce domaine ont été produit. Dans le cadre de l'émergence des " pays " en France, une recherche sur le lien entre l'Economie Sociale et Solidaire et les territoires a été financée sur un appel d'offre ministériel (M.Bussi, G.Billard). Cette recherche a abouti à l'élaboration de concepts sur la territorialisation de l'économie sociale et à une typologie de la reconnaissance des acteurs associatifs au sein des conseils de développement des pays. Cette recherche-action a été conclue par un colloque co-financé par la région Haute-Normandie, qui a rassemblé plusieurs centaines d'acteurs locaux à la maison de l'Université de Rouen. Le travail de thèse de G.Bailly sur la diffusion de l'intercommunalité en France, et sur le périmétrage de ces nouvelles collectivités, s'inscrit également dans cette réflexion sur les " espaces négociés ". Vis à vis des travaux des politistes sur ce sujet, cette thèse présente l'intérêt d'ouvrir des réflexions nouvelles par le test de méthodes d'analyse spatiale. Ici aussi, la réflexion ne se limite pas au cadre national. L'intercommunalité a été étudiée dans d'autres contextes, tels le Canada ou l'Australie (G.Billard).
En ce qui concerne les recompositions territoriales et leur négociations, deux projets pour les années futures émergent. D'une part un ouvrage collectif sur les recompositions territoriales locales est en préparation. Piloté par le laboratoire MTG il s'inscrit directement dans la FRE-IDEES. L'ouvrage proposé recouvrerait deux parties. Une première proposerait une mise au point théorique de la recomposition territoriale, au carrefour de l'économique, de la sociologie et des sciences politiques. Les concepts de cette géographie des espaces renégociés restent à poser, en dépit des nombreuses études de cas de développement local. La seconde partie reposerait sur une approche comparative des expériences de recompositions, à partir des travaux de la FRE IDEES en France, en Europe, et dans le reste du monde.
Un second projet concerne les modèles " individus-centrés ". Ceux ci occupent une place importante dans l'ouvrage collectif MTG en cours de parution aux éditions Hermes. Ces modèles, qui font l'hypothèse de l'émergence d'une auto-organisation à partir des règles élémentaires appliquées à des individus ou des pixels, peuvent être d'une certain point de vue considérés comme " libéraux " et/ou " démocratiques " : ils font l'hypothèse que l'organisation naît de la liberté et du choix stratégique des acteurs individuels. Une application possible concerne par exemple la théorie des jeux coopératifs (M.Bussi, E.Daudé), telles les théories d'Axelrod, qui malgré leurs fortes incidences spatiales, ont fait l'objet de peu d'applications en géographie.
Cette géographie de la démocratie s'inscrit pleinement dans la charte fondatrice du laboratoire MTG : " Il s'agit plus globalement d'entreprendre des travaux de recherche qui aident la société à agir sur elle-même, en particulier la société locale, par le développement de méthodes, d'outils, de mesures innovantes ". Cette posture revendiquée d'une géographie à la fois modélisante, politique et sociale n'est pas si fréquente, mais semble néanmoins correspondre à un nouveau paradigme en géographie.
23-Le rôle des sociétés dans la stabilité
des systèmes
Objet d'un débat sémantique au sein du laboratoire, le concept de développement durable a indéniablement investi une partie de nos recherches. Mais préférant la notion de " stabilité des systèmes dans le temps et l'espace " à celle de développement durable, peu à peu transformé en slogan fourre-tout par de multiples déclinaisons médiatiques et politiques, les travaux développés témoignent de la volonté de traiter de problématiques contemporaines. L'espace urbanisé s'est logiquement imposé comme terrain de recherche privilégié pour tester la réalité de cette notion de durabilité face à des phénomènes tels que l'étalement urbain, la fragmentation socio-spatiale ou encore les risques. S'appuyant notamment (mais non-exclusivement) sur les méthodes de modélisations systémiques développées au sein de MTG, plusieurs programmes de recherche ont été conduits depuis plus deux ans. En effet, les systèmes complexes sont reconnus dynamiques, capables de maintenir une solution malgré les perturbations qui touchent leurs éléments constitutifs. On peut faire l'hypothèse que plus le nombre de niveaux est élevé et les interrelations nombreuses, plus le système sera complexe et susceptible de générer de la nouveauté. En ce sens, il est utile de croiser les réflexions théoriques sur la complexité avec des approches thématiques et appliquées du concept de " développement durable "
Le cadre national a ainsi servi de support à des travaux de jeunes chercheurs sur les "pratiques sportives auto-organisées " (Thèse de Ludivine Lemoine) ou encore " Le management environnemental des parcs d'activités " (thèse de Aude Cordier). A l'échelle régionale, l'étude des risques de ruissellement et d'inondation sur plusieurs décennies est une entrée également pertinente pour évaluer l'évolution des communes, notamment rurales et périurbaines, et leurs choix territoriaux face à un aléa d'origine naturelle (Thèse de Céline Hay-Leprêtre). En 2003, un collectif de sept chercheurs du laboratoire a aussi répondu à un appel à propositions de recherche en présentant un projet d'étude sur les " Inégalités spatiales à l'épreuve des pratiques et de la pensée du développement durable : évaluation de la valeur ajoutée des PADD en Haute-Normandie ".
Des recherches menées en Sibérie sur les villes pétrolières, aux États-Unis (étalement et planification urbaine dans les grandes agglomérations) ou encore en Chine (planification des nouvelles zones économiques) confèrent également une dimension internationale à notre démarche. D'ailleurs, les premiers résultats issus des études menées en Chine soulèvent, au-delà du discours officiel, la question de l'émergence d'un véritable modèle chinois de planification urbaine écologique. En partenariat avec l'Institut NIGLAS (Nankin, Chine), cette interrogation a servi d'assise au dépôt d'une proposition de recherche (ACI-PROSODIE 2004) sur l'analyse de l'occupation des sols en Chine et la simulation de la croissance urbaine par automates cellulaires. Cet ambitieux projet contribue d'une part au dynamisme interne de l'équipe MTG, en stimulant le dialogue déjà fécond entre thématiciens et modélisateurs, et assure d'autre part une réelle visibilité de l'équipe sur l'extérieur, à l'instar des collaborations établies avec l'Institut NIGLAS. Trois chercheurs du laboratoire prolongeront aussi ces travaux sur le thème de la durabilité par le montage d'un projet d'étude sur le devenir urbain et social des équipements post-olympiques.
3- Axe de réflexion 2004-2007 : " les systèmes complexes
"
Nos réflexions au cours des deux années écoulées nous ont progressivement conduit à travailler autour d'un axe fédérateur majeur, les " systèmes complexes "
C'est autour de la question des " systèmes complexes " que notre laboratoire souhaite décliner ses travaux de recherche pour les années futures. Ces recherches sur les systèmes complexes en géographie s'inscrivent dans la continuité du terrain d'étude privilégié de l'équipe MTG : les structurations spatiales des sociétés envisagées sous une approche de modélisation et de traitement des données. Avec le paradigme de la complexité, les cadres de pensée et les méthodologies tentent de s'ajuster au monde de l'incertain et de l'improbable, non par gratuité intellectuelle, mais parce que telle ou telle trajectoire inimaginable dans le cadre de modèles déterministes pourrait devenir un jour réalité.
La simulation et la prospective n'ont pas pour objectif de permettre de trouver la seule et unique réponse à un problème géographique, mais par des réponses multiples d'intégrer l'incertitude et d'informer les décideurs et les citoyens d'un éventail d'options crédibles dans un monde changeant. Ces démarches s'inscrivent dans la poursuite des travaux de l'équipe sur les risques torrentiels, la géographie électorale, les dynamiques intra-urbaines ou la géographie de la santé..
La modélisation géographique des systèmes complexes s'applique à une réalité qui n'est pas statique, mais évolutive, et à une réalité qui n'est pas constituée d'unités isolées et étanches mais fonctionnant selon des relations interactives. Elles permet d'intégrer l'idée d'auto-organisation qui se manifeste dans la capacité des systèmes spatiaux à s'auto-organiser (Union européenne, Sibérie, ou villes chinoises) ainsi que celle de résilience à la suite d'une perturbation dans leur fonctionnement. Si les sciences sociales en général et les études portant sur l'espace géographique en compte les relations entre complexité et temporalités de l'espace (Union européenne, etc).
D'un point de vue méthodologique cet axe sur la complexité
s'appuie sur les apports de l'intelligence artificielle (systèmes multi-agents
et automates cellulaires). Savoir comment interagissent les éléments
(capacités de mémorisation, d'intention, de développement
de stratégie, de représentation) à différentes
échelles d'analyse permet d'envisager la formalisation de cette complexité
socio-spatiale. Cette réflexion débouchera en particulier sur
une formalisation mathématique de la notion de système dynamique
socio-spatial, ainsi qu'une formalisation permettant de préciser la
structure et le fonctionnement et certaines propriétés des "
machines abstraites " adaptées à la simulation de processus
spatiaux en géographie humaine. Ces plates-formes s'inspirent à
la fois des automates cellulaires, des systèmes multi-agents, (intelligence
artificielle distribuée), mais utilise aussi les techniques de la géomatique
(SIG, statistiques spatiales, etc).
Le laboratoire MTG souhaite donc dans les années qui viennent prolonger cette réflexion fédératrice autour des " systèmes complexes ". Outre les programmes de recherche actuellement engagés, cette réflexion est entretenu par l'invitation de conférenciers externes et la participation à des écoles thématiques. Cette thématique nous semble présenter l'avantage de rassembler autour de réflexions théoriques un ensemble de chercheurs d'horizons divers, et non seulement des spécialistes identifiés de géographie " théorique et quantitative ".en particulier sont sensées étudier les effets des actions humaines, celles-ci doivent prendre en compte la liberté des acteurs, même déployée dans le cadre d'un certain nombre de contraintes, et d'autre part leur intentionalité. La recherche au niveau global de propriétés nouvelles, de phénomènes émergents, difficilement observables par l'analyse des interactions élémentaires tente de cerner cette complexité multi-niveaux. Cette mise en relation des différents niveaux d'analyse s'applique, au sein de l'équipe MTG à des domaines aussi variés que la diffusion d'innovations culturelles ou sportives, l'identification de morphologies urbaines en gestation ou les recompositions politiques de territoires locaux.
Modéliser aujourd'hui les relations entre espace et sociétés,
implique désormais de rendre également explicite la présence
de la dimension temporelle dans les raisonnements. Une caractéristique
des systèmes complexes, réside dans le fait que leur évolution
se manifeste à différentes échelles temporelles, impliquant
des rythmes différenciés.

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