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Le soja est certainement le végétal le plus
cultivé dans le monde du fait de la forte teneur en protéines de sa graine
en vue ensuite de son utilisation dans l’alimentation humaine ou animale.
Les Matières Protéiques Végétales (MPV)
constituent une des classes de produits alimentaires intermédiaires destinés
aux industriels alimentaires ou non alimentaires. On distingue les farines,
les concentrés et les isolés. Ceux ci contiennent au minimum 50% de
protéines.
Les graines de soja doivent être nettoyées,
dépelliculées et les amandes obtenues, délipidées afin d’obtenir la farine
dont la teneur en protéines se situe autour de 50%.
Le nettoyage, élimination des corps étrangers
(sable, pierres, déchets végétaux et animaux, graines étrangères) et des
graines indésirables (endommagées, immatures ou germées), et le décorticage
sont réalisés de façon classique. En effet, les graines sont successivement
prénettoyées, séchées puis réhumidifiées à une humidité de 10% pour
faciliter le décorticage et limiter l’activité de la lipoxygénase enzyme
impliquée dans la flaveur désagréable de haricot. Elles sont ensuite
nettoyées complètement, éclatées en quatre à huit morceaux et enfin
décortiquées.
Les soucis principaux lors de cette étape sont
d’obtenir une farine à haute teneur protéique grâce à un fort degré de
décorticage et de limiter la perte de solubilité des protéines reflet de
leur dénaturation.
La délipidation s’effectue ensuite par
extraction à l’aide d’un solvant, généralement de l’hexane. Les fragments
d’amandes sont tout d’abord conditionnés thermiquement vers 65°C. Ensuite,
les amandes sont aplaties pour donner des flocons afin d’augmenter la
surface accessible à l’hexane. Enfin les flocons et le solvant sont réunis
dans un extracteur : à l’issu de cette opération les flocons sont dits
délipidés : la teneur en lipides doit être inférieure à 1%.
La farine est obtenue
alors après broyage.
Celle-ci constitue la MPV la plus utilisée
dans le monde et sert aussi de base pour la production de produits à plus
haute teneur en protéines : les concentrés (ou concentrats) et les isolés
(ou isolats).
La préparation de concentrés a pour but
d’améliorer les caractéristiques nutritionnelles et organoleptiques des
farines déshuilées. Cela consiste en l’extraction la plus spécifique
possible des composés non protéiques, antinutritionnels ou gênants solubles
dans des solvants aqueux plus ou moins polaires.
Les protéines ne doivent pas être solubilisées
lors de cette opération (signe de dénaturation) et le concentré obtenu aura
une teneur en protéines d’environ 70%.
Comme le montre la figure 2, la farine
est dans ce processus tout d’abord lavée (lavage comprenant un nombre
variable d’étages selon le degré d’extraction souhaité) par un solvant qui
peut-être un mélange éthanol/eau (70/30 par poids), de l’eau récupérée après
coagulation thermique ou de l’eau acidifiée à pH 4,5[1]
(pH correspondant au pI des protéines du soja, point auquel elles sont
presque insolubles). Les sous produits solubles sont mis de côté et, le
concentré humide résultant est éventuellement neutralisé (dans le cas de
l’utilisation de l’eau acidulée) avant d’être séché et broyé afin d’obtenir
le concentré souhaité.
La fabrication d’isolés de soja est réalisée à
partir de la farine et implique donc l’isolement de ses protéines par
rapport à ses autres constituants. Les isolés finaux obtenus auront une
teneur en protéines généralement supérieure à 90%.
La figure 3
représente le processus de fabrication de l’isolé.
Deux étapes successives
sont nécessaires à l’obtention du produit :
1-
la solubilisation des protéines et leur séparation des substances insolubles
(amidon, constituants pariétaux). Elle est régie par un certain nombre de
paramètres liés à la matière première et aux conditions de mise en œuvre (pH
et température du solvant, ratio solvant/matière première, temps et nombre
d’extraction). Le plus souvent, la solubilisation se fait avec un mélange
eau/soude à pH 8-9 et à 55°C. Les composés insolubles sont éliminés par
centrifugation. L’extrait protéique obtenu contient généralement que 5 à 8%
de matière sèche et contient, outre les protéines, les autres constituants
solubles de la farine qui seront éliminés lors de la deuxième étape.
2-
la concentration des protéines et leur purification vis-à-vis des autres
composés. Deux voies sont envisageables alors :
- soit, la précipitation isoélectrique des
protéines (par addition d’une solution d’acide chlorhydrique ou phosphorique
jusqu’à un pH de 4,5-5) et
leur séparation par centrifugation vis-à-vis des autres molécules restées
solubles
(la suspension obtenue après précipitation est centrifugée, puis lavée par
de l’eau à 50-55°C pour entraîner les composés solubles et, recentrifugée.
L’isolé est enfin neutralisé à pH 6,5-7 et séché par atomisation .
- soit, l’ultrafiltration qui
permet de récupérer en plus
des protéines précipitables au pI, les protéines solubles à pH légèrement
acide (albumines…). Le retentat correspond à l’extrait purifié et concentré
en matière sèche.Il est séché pour obtenir l’isolé.
Le soja constitue la base des produits
enrichis en protéines destinés à la consommation directe. Le monde
occidental ne consommait du soja que par l’intermédiaire des animaux ou sous
forme de matières protéiques végétales destinées aux industriels (farines,
concentrés, isolés). En revanche, les orientaux utilisent directement le
soja depuis des millénaires sous forme de produits fermentés ou non,
liquides (tonyu, sauces,…), pâteux (tofu, miso, tempeh,…), ou même solides
(germes, graines grillées). Or, aujourd’hui l’attrait à ces produits
d’origine asiatique grandit chez les occidentaux.
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Le tonyu désigne traditionnellement le jus de
soja obtenu après broyage de graines entières et d’eau. Il est parfois
appelé lait de soja, traduction de l’anglais « soymilk ».Il est utilisé dans les pays occidentaux en
remplacement du lait de vache pour les individus digérant difficilement ce
dernier. En effet, les teneurs en lipides et en protéines de ces deux
produits sont très proches (>3,6%).
Le tonyu peut être plus riche (de 10 à
11,5% de matière sèche, 4,5 à 5,2% de protéines…) lorsqu’il doit servir de
matière première pour la fabrication de tofu ou d’autres produits élaborés.
Il peut être employé pour la préparation industrielle de crèmes et desserts
glacés[22] car dans le cadre d’une substitution aux produits
laitiers, l’apport protéique peut provenir entière |

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La fabrication traditionnelle du tonyu en
milieu industriel se déroule selon un processus en trois à cinq étapes
fondamentales représentées sur la figure 4[23].
- le lavage (un nettoyage à sec préalable des
graines est nécessaire). Les graines sont lavées trois fois minimum, à
température ambiante ou peu élevée, puis égouttées ou même essorées. Il
permet, de plus, l’élimination d’une faible part de composés solubles
accessibles.
Vient ensuite le trempage dont le but est,
entre autre, de solubiliser et éliminer des facteurs indésirables.
L’utilisation de solution saline alcaline permet de raccourcir le temps de
trempage, ce qui diminue le risque de perte de matière sèche et de protéines
solubilisées. Elle permet aussi de limiter la flaveur de haricot, sans
l’éliminer totalement, et inactive les inhibiteurs trypsiques[24].
- le blanchiment. C’est un traitement
thermique bref (5 à 30 minutes) qui a pour but essentiel de dénaturer les
enzymes responsables du goût de haricot, les lipoxygénases (type I et II).
De plus, les inhibiteurs trypsiques sont en partie détruits. En revanche, le
blanchiment insolubilise une partie des protéines.
- le broyage humide. Celui-ci, selon les
procédés occidentaux de fabrication, se fait à chaud (>80°C) afin d’éliminer
l’action des lipoxygénases et préparer la cuisson ultérieure. Cependant, si
un blanchiment a été effectué selon le procédé traditionnel, la température
maximale de broyage est de 55°C afin de ne pas accroître l’insolubilisation
des protéines. Le broyage dure généralement de deux à dix minutes. Jusqu’à
six minutes, augmenter cette durée est bénéfique pour le rendement protéique
du tonyu.
- la cuisson du broyat. Le but ici est de
terminer l’élimination des lipoxygénases et de la flore bactérienne, mais
également d’améliorer la digestibilité des protéines. Il existe deux
possibilités pour la cuisson : soit cuire le broyat, soit séparer d’abord le
tonyu et l’okara (partie essentiellement constituée de fibres) et cuire ou
stériliser le tonyu ensuite. Une durée de cuisson inférieure à dix minutes
augmente la digestibilité des protéines par inactivation des inhibiteurs
trypsiques (cas de la cuisson du tonyu et non du broyat) : digestibilité
maximum quand l’inactivation des inhibiteurs trypsiques est à 80%.
- enfin, la séparation
du tonyu et de l’okara par extraction.
b) Le tofu
Le tofu est un produit protéique concentré
obtenu par coagulation des protéines du tonyu. C’est un produit solide
(figure 5) hydraté plastique apte à la découpe en morceaux dans lequel
les protéines représentent près de 50% de la matière sèche.
Il est utilisé dans la cuisine traditionnelle
chinoise coupé en lamelles cuites puis présentées avec une sauce chaude[25].
En revanche, dans la cuisine indienne, les morceaux de paneer (tofu dont la
fabrication se fait par coagulation des protéines avec de l’acide citrique
et non avec des sels alcalins) sont frits[26]. La cuisson
avant consommation permet de compléter l’inactivation des inhibiteurs
trypsiques. Cette cuisson peut être effectuée soit sur le produit tel quel,
soit sur le produit alimentaire fini si le tofu est utilisé comme aliment
dans des fabrications industrielles (de charcuterie, pâtes farcies, plats
cuisinés…). Il peut être aussi consommé cru, en salade ou à la cuillère,
mais dans ce cas, les facteurs antinutritionnels doivent être éliminés lors
de la fabrication et une pasteurisation ou une stérilisation doit être
effectuée pour optimiser sa conservation dans la mesure où c’est un produit
frais et altérable.
3) Les produits de soja fermentés
[27]
Les produits fermentés de soja sont obtenus
par transformation fermentaire de la graine elle-même, de ses dérivés
directs (tonyu, tofu) ou des mélanges faisant intervenir des ingrédients
amylacés. Ces produits fermentés ont une flaveur relevée, et peuvent
améliorer la saveur et la valeur nutritionnelle (apport protéique) de
l’alimentation.
a) Les produits dérivés directement du soja par hydrolyse
Pour la préparation de ces produits, il est
nécessaire de préparer le koji (mélange de soja cuit, de blé ou de riz
inoculés avec Aspergillus orizae ou Aspergillus sojae pour
réaliser une fermentation). C’est une source enzymatique (protéolytique et
amylolytique) susceptible d’hydrolyser les protéines de soja jusqu’au stade
d’acides aminés grâce à des peptidases et protéases. La transformation de la
glutamine par une glutaminase (présente grâce à Aspergillus) va entraîner la
formation d’acide glutamique, un exhausteur de goût.
- Le miso (pâte de soja) (figure
6): essentiellement consommé comme ingrédient aromatique de soupe.
Il contient en moyenne 14% de protéines[28].
Il est fabriqué par l’intermédiaire d’un
mélange de soja cuit, de koji de sel et d’eau et ensemencé avec des cultures
pures de microorganismes halophiles spécifiques (levures, bactéries
lactiques…).
- Le shoyu (figure 7): c’est un
hydrolysat liquide de blé et de soja servant de condiment pour de nombreux
aliments dont il relève la saveur. Le type tamari, très proche est à base
uniquement de soja : il a une teneur plus élevée en protéines, il est plus
consistant et a un goût plus prononcé. Il entre plus souvent dans les
préparations médicinales et s’harmonise moins facilement avec les aliments[29].
b) Les produits issus de la culture de microorganismes
alimentaires sur le soja
- Le tempeh (figure 8): c’est un
des aliments fermentés ancestraux le plus populaire d’Indonésie. Plusieurs
types de tempeh existent, mais, le tempeh kedelai, à base de soja uniquement
est le plus répandu et le plus riche en protéines : il contient 50% de
protéines par Matière Sèche et peut être utilisé comme adjuvant
technologique[30] ou pour enrichir la valeur diététique[28].
Il est la principale source protéique de certains consommateurs javanais.
Lors de sa préparation, les inhibiteurs
trypsiques sont détruits par traitement thermique.
- Le natto (figure 9): il se
présente sous forme d’un bloc compact formé grâce au gel protéique du
polymère d’acide glutamique.
La composition en acides aminés est
pratiquement semblable à celle du soja pur si ce n’est un enrichissement en
tryptophane et lysine.
C’est une bonne source de protéines pour
l’alimentation infantile ; par exemple, sous forme déshydratée, il peut
supplémenter des biscuits pour enfants.[31]
De même que dans le cas du tempeh, les
inhibiteurs trypsiques sont dénaturés par traitement thermique lors de sa
fabrication ; la lipoxygénase responsable du goût de haricot l’est aussi.
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