Les probiotiques


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Historique


Dans le Caucase, en Europe de l'Est, en Russie et au Moyen-Orient, où l'on consomme des produits laitiers fermentés depuis des centaines d'années, on a toujours considéré que ces aliments étaient source de santé et de longévité.

Vers la fin du XIXe siècle, des microbiologistes se sont rendus compte que la composition de la flore intestinale des personnes en bonne santé différait de celles des personnes malades. C'est le lauréat d'un prix Nobel, Elie Metchnikoff qui, au début du XXe siècle, a découvert qu'on pouvait contrecarrer les effets des bactéries pathogènes en consommant des bactéries lactiques. Sur la foi de ces études, la consommation de produits laitiers fermentés augmenta sensiblement en Europe et en Amérique du Nord jusqu'aux années 1920, pour ensuite diminuer. Cependant, au début des années 1960, les chercheurs s'intéresseront de nouveau à la flore intestinale et étudieront de façon approfondie les effets des bactéries intestinales sur des animaux dont on avait détruit la flore.

La consommation de produits laitiers fermentés est très répandue à travers le monde, mais les quantités absorbées varient beaucoup. Par exemple, les Nord-Américains avalent en moyenne environ quatre kilos de yogourt par an, tandis que les Français en ingurgitent 33 kilos!

Au début des années 1920, en Indochine, un microbiologiste français du nom de Henri Boulard a isolé une nouvelle souche de levure à laquelle il a donné son nom, Saccharomyces boulardii. Son usage est beaucoup plus répandu en Europe qu'en Amérique du Nord.

De nos jours, les probiotiques font l'objet de recherches intensives et on trouve de plus en plus, dans le commerce, des préparations renfermant divers micro-organismes bénéfiques. On ajoute parfois à ces produits des fibres destinées à favoriser la production de micro-organismes (des fructo-oligosaccharides, par exemple, comme l'inuline, extraite de la racine de chicorée). On donne à de telles fibres le nom de prébiotiques parce qu'elles favorisent la multiplication des colonies de probiotiques. On appelle « symbiotiques » les produits qui renferment à la fois des probiotiques et des prébiotiques.




Définition

Les probiotiques sont des micro-organismes ingérés vivants dont on considère qu'ils sont capables d'avoir un effet bénéfique sur l'hôte en ayant une action sur la flore intestinale. Les plus connus sont les bactéries lactiques et les bifidobactéries largement utilisées dans les yaourts et d'autres produits laitiers fermentés. La caractéristique de ces organismes est de rester vivants pendant leur conservation et de survivre à leur passage à travers la partie supérieure du tube digestif. En revanche ils ne colonisent pas durablement l'intestin. Ils doivent remplir les conditions suivantes : être non pathogènes et non toxiques bien entendu ; exercer un "effet bénéfique" sur l'hôte ; contenir un nombre élevé de cellules viables posséder une survie élevée dans le tractus gastro-intestinal ; exercer un effet métabolique pendant le transit intestinal ; rester viables pendant le stockage et l'utilisation ; enfin avoir de bonnes propriétés gustatives.





Les principaux probiotiques

Les bactéries lactiques comptent parmi les principaux probiotiques. Leur nom générique vient du fait qu'elles ont la propriété de produire de l'acide lactique. Elles comprennent, notamment, les lactobacilles (bactéries du genre Lactobacillus), les bifidobactéries (bactéries du genre Bifidus) et des streptocoques (bactéries du genre Streptococcus). Ce sont des bactéries de ce type qui servent généralement à la production du yogourt (Lactobacillus bulgaricus, Streptococcus thermophilus), de la choucroute, des légumes lactofermentés et du salami (Lactobacillus plantarum, extrait du levain à pain classique).

La levure de bière active (ou « vivante ») est également un probiotique. Elle est constituée d'une colonie de champignons microscopiques, généralement de l'espèce Saccharomyces cerevisiae de la souche boulardii, communément appelée levure boulardii. Ces micro-organismes, qui ne sont pas pathogènes, digèrent le sucre et l'amidon des céréales, créant un milieu riche en protéines et en vitamines, principalement en vitamines du groupe B (il s'agit de l'une des plus importantes sources naturelles de thiamine, une vitamine du groupe B qui est essentielle au métabolisme des hydrates de carbone et des gras). Le milieu créé par la levure est séché à froid et réduit en poudre, laquelle est vendue en vrac ou en sachets, ou sous forme de capsules ou de comprimés. Tous les essais cliniques ayant porté sur la diarrhée ont été menés avec la souche de levure de bière Saccharomyces cerevisiae Hansen CBS 5926, appelée Saccharomyces boulardii ou levure boulardii dans le commerce. Dans le passé, on a cru qu'il s'agissait d'une autre espèce à laquelle on avait donné le nom de Saccharomyces boulardii, mais aujourd'hui, la plupart des experts s'entendent pour dire qu'il s'agit simplement de l'une des souches de S. cerevisiae.



Rôles des probiotiques

Le mode d’action des probiotiques reste encore à élucider parfaitement, et de nombreuses hypothèses subsistent encore. L’effet bénéfique provoqué par leur ingestion pourrait donc s’expliquer par plusieurs mécanismes.

Les probiotiques inhibent les « mauvaises » bactéries

La répression du développement de germes indésirables ou pathogènes peut se faire de plusieurs façons.

La production d’acides organiques à partir des glucides de la ration alimentaire, tels que l’acide lactique ou l’acide acétique limite en abaissant le pH, le développement des Esherichia coli et des salmonelles.

Les souches probiotiques pourraient également réprimer la croissance de bactéries pathogènes par production de substances anti-microbiennes., de type bactériocine, capables d'éliminer les germes fréquemment responsables d’infection en élevage.

Certaines souches possèdent également la capacité de déconjuguer les sels biliaires ; ces formes déconjuguées ont un pouvoir inhibiteur important sur le développement des bactéries.

Les souches probiotiques pourraient également agir en inhibant l’implantation des germes pathogènes par compétition pour la colonisation, par inhibition compétitive.

Les probiotiques neutralisent des produits toxiques
 

Les probiotiques provoqueraient une orientation de la microflore intestinale pour réduire l’absorption de substances toxiques telles l’ammoniac, les indoles... et diminuer les biotransformations de sels biliaires ou acides gras en produits toxiques.

Ces micro-organismes auraient aussi la capacité de produire des métabolites susceptibles de neutraliser in situ certaines toxines bactériennes.

Les probiotiques améliorent la digestibilité

La production d’enzymes par les souches probiotiques serait une des possibilités pour favoriser la digestibilité de la ration alimentaire.

Ainsi certaines bactéries probiotiques, notamment les Lactobacillus, excrètent la β-galactosidase souvent déficiente dans le tractus digestif de l’hôte, facilitant ainsi la digestion du glucose.

Ces souches pourraient améliorer l’utilisation de la ration alimentaire de manière directe, en agissant sur la microflore intestinale ou au niveau des cellules épithéliales du tube digestif de l’hôte. Elles stimuleraient l’activité enzymatique des micro-organismes endogènes permettant ainsi une meilleure assimilation des aliments, notamment les activités lactase, invertase et maltase des cellules épithéliales du tractus digestif.

Les probiotiques permettraient, de plus, d’améliores l’assimilation des acides aminés essentiels pour l’hôte soit en les synthétisant, soit en inhibant l’action des désaminases et des décarboxylases excrétées par la microflore du tube digestif.

Les probiotiques stimulent l’immunité
 

Les bactéries probiotiques auraient une action stimulante sur le système immunitaire de l’hôte en agissant sur les cellules impliquées  soit dans l’immunité soit dans l’immunité spécifique.

     La phagocytose réalisée essentiellement par les macrophages est le principal mécanisme de défense immunitaire non spécifique de l’organisme .en réponse à la pénétration d’une substance étrangère. L’état d’activation des macrophages est donc une mesure de la réponse immunitaire naturelle de l’hôte.

Les probiotiques stimuleraient l’activation des macrophages et différents auteurs ont mis en évidence cette activation des macrophages par des bactéries lactiques.

La souche de Lb.casei agit sur le système immunitaire non spécifique en activant les macrophages.

Actuellement les mécanismes par lesquels les bactéries lactiques activent les macrophages sont encore inconnus. Mais il est certain que seules les bactéries capables de survivre et de se développer dans le tractus gastro-intestinal sont efficaces sur l’activation des macrophages.

Le système immunitaire spécifique  comprend en fait deux systèmes :

-l’un agit par l’intermédiaire des anticorps sécrétés par l’es lymphocytes B ; c’est l’immunité humorale.

-l’autre agit par l’intermédiaire direct des lymphocytes T ; immunité à médiation cellulaire.

Les deux systèmes communiquent entre eux par l’intermédiaire de substances chimiques telles les interleukines (Il). L’augmentation de la réponse immunitaire spécifique se traduit par une activation des lymphocytes T et B, provoquant une augmentation du taux d’interleukines et des anticorps circulants (IgM et IgG).

Perdigon et all. ont mis en évidence une activation du système immunitaire spécifique en réponse à une infection par Salmonella Typhimurium, de souris nourries avec des laits fermentés, durant 8 jours précédant leur infection. Chez les souris traitées avec le lait fermenté contenant Lb .casei et Lb.acidophilus, le taux de survie est de 100 %  et la colonisation du foie et de la rate par la souche pathogène est fortement diminuée.

Chez les souris témoins ou encore les souris traitées soit avec Lb .casei soit Lb. Acidophilus , le taux de survie est beaucoup plus faible.(20%)

De plus, les plus forts taux d’anticorps anti-salmonelle sont retrouvés chez les souris nourries avec le lait fermenté contenant les souches de Lactobacillus. Le traitement avec l’une ou l’autre des souches s’est révélé curatif mais non préventif. Ces résultats suggèrent que les 2 souches agissent en activant le système immunitaire spécifique de la muqueuse intestinale de l’hôte. Leur action serait synergique.

Aussi, Bifidobacterium breve activeraient les cellules de type macrophage ; en effet celles-ci secrèteraient une fois activée, un facteur soluble stimulant la prolifération des lymphocytes B.



Effets des probiotiques en alimentation humaine

Les probiotiques les plus largement utilisés en alimentation humaine sont des préparations à base de Lactobacillus et Bifidobacterium.


Des bénéfices nutritionnels ont surtout été observés en utilisant des produits alimentaires fermentés par des souches de bactéries lactiques et particulièrement de Lactobacillus.

La disponibilité des protéines est fonction de la quantité totale d’acides aminés présents. La composition totale en acides aminés des yaourts  et des laits fermentés ne diffère pas de celle du lait, mais il y a une grande quantité d’acides aminés libres  du fait d’une hydrolyse partielle des protéines par les bactéries lactiques.

Cependant les protéines du lait sont très, digestibles et leur hydrolyse partielle dans les yaourts et les laits fermentés n’améliore pas leur assimilation sauf chez les personnes malades qui présentent des déficiences pour certaines enzymes digestives.

Aussi une meilleure qualité nutritionnelle des produits laitiers fermentés, du fait de la prédigestion des composants du lait par les enzymes protéolytiques et lipolytique des bactéries lactiques, a pu être observée.

De plus, il semblerait que la disponibilité des minéraux comme le calcium ; le zinc, le fer ;…soit augmenté dans les produits laitiers fermentés par rapport au lait.

Les Lactobacillus sont capables de synthétiser, dans certain cas de la vitamine B : B1, B2, B9…Les produits fermentés contiennent donc une quantité élevée de vitamines et minéraux facilement assimilables par l’organisme.

Les Bifidobacterium agissent sur la digestion  en modifiant la morphologie et la physiologie du tractus gastro-intestinal en influençant la maturation et le renouvellement des entérocytes*.

Elles sont capables de synthétiser de nombreuses vitamines et acides aminés : l’alanine, la thréonine, la valine.

Ces différentes propriétés expliquent l’utilisation de Bifidobacterium en tant que probiotique, car il améliore les bénéfices nutritionnels de l’hôte.

Les Lactobacillus et les Bifidobacterium sembleraient avoir un rôle bénéfique sur la santé de l’homme. Ils seraient efficaces dans les traitements de nombreux désordres digestifs : diarrhées, flatulence, constipation, colites et gastroentérites…Mais, ils auraient également une action sur d’autres troubles : tumeurs, taux de cholestérol élevé…

- Traitement des diarrhées

Depuis de nombreuses années, les produits fermentés sont considérés comme capables de prévenir ou de traiter les désordres intestinaux.

- Traitements des diarrhées infantiles

L’administration de Lactobacillus casei ou GG (souche d’origine humaine), que ce soit sous forme lyophilisée ou sous forme de lait fermenté, permet de réduire la durée des diarrhées provoquées par des rotavirus* chez les nourrissons. Au niveau intestinal, la souche induirait une réponse immunitaire se traduisant par une augmentation d’anticorps anti-rotavirus.

Chez des enfants atteints de diarrhées, l’administration d’Enterococcus faecium enraye rapidement les diarrhées comparativement aux enfants du groupe témoin ayant reçu un placebo.

L’administration de lait fermenté par des souches Bifidobacterium breve diminue les diarrhées chez les jeunes enfants. De même Bifidobacterium longum joue un rôle thérapeutique chez des patients atteints de diarrhées.

 - Traitement des diarrhées dites du voyageur

La souche de Lactobacillus GG est efficace en prévention des diarrhées survenant chez les touristes. L’administration du probiotique durant la période à risque a permis de réduire l’apparition des diarrhées de 39,5 % chez les sujets traités.

Par contre, le traitement de diarrhées provoquées par de souches d’Escherichia coli entérotoxiques en utilisant des souches Lactobacillus autre que Lactobacillus GG n’a donné aucun résultat significatif.

A été également étudié, l’effet thérapeutique d’Enterococcus faecium SF68 sur des diarrhées provoquées par des souches d’Escherichia coli entérotoxiques ou Vibrio cholerae. L’étude réalisée sur 41 patients atteints de diarrhées par Escherichia coli et 114 patients infectés par Vibrio cholerae n’a pas donné de bons résultats : la souche probiotique ne possède aucune activité anti-diarrhéique.

- Traitement de diarrhées consécutives à une antibiothérapie

Les traitements antibiotiques provoquent souvent l’apparition de désordres intestinaux s’accompagnant de diarrhées. Les préparations probiotiques contenant des bactéries lactiques sont proposées en traitement prophylaxiques* des diarrhées consécutives à une antibiothérapie.

Lactobacillus GG permet de traiter l’apparition de diarrhées à Clostridium difficile consécutives à un traitement antibiotique.


- Intolérance au lactose 

L’intolérance au lactose est provoquée par l’absence de synthèse de la lactase ou

β-galactosidase par les cellules en brosse de la surface épithéliale de l’intestin. De ce fait, n’étant pas assimilé, le lactose, principal glucide du lait, est responsable de troubles intestinaux chez les personnes déficientes en cette enzyme. Les bactéries lactiques produisent la β-galactosidase qui hydrolyse le lactose en glucose et galactose : plus de 50 % du lactose du lait est utilisé par les Lactobacillus. L’utilisation des bactéries lactiques comme probiotique facilite la digestibilité du lactose chez les personnes atteintes d’intolérance.

Des expériences ont été menées sur des sujets atteints d’intolérance au lactose. Les patients recevaient une quantité égale de lactose contenu soit dans du yaourt, soit dans du lait ou de l’eau. Le taux de lactose dans le côlon des sujets consommant les yaourts est réduit d’un tiers par rapport à celui des autres groupes. De plus, ce groupe alimenté avec les yaourts souffre beaucoup moins de troubles intestinaux ; ceci suggère que la β-galactosidase excrétée par les micro-organismes présents dans le yaourt favorise la digestion du lactose chez les patients.

L’administration de yaourts contenant des cellules bactériennes vivantes et de yaourts chauffés montre que les meilleurs résultats sont obtenus avec les yaourts dont les ferments sont vivants.

Les yaourts ou les laits fermentés avec des souches Bifidobacterium bifidum n’améliorent pas significativement l’assimilation du lactose chez les patients. Seules des souches de Lactobacillus bulgaricus, Lactobacillus acidophilus et Streptococcus thermophilus ont une action positive sur la digestion du lactose.


- Effet sur la constipation 

La supplémentation de l’alimentation avec des souches de Lactobacillus influence favorablement le transit digestif.

Chez des individus hospitalisés depuis longtemps, les muscles abdominaux se relâchent causant souvent des problèmes de constipations. L’administration de Lactobacillus acidophilus permet de réduire l’utilisation des laxatifs. En effet, les laxatifs ont l’inconvénient d’éliminer, en plus du bol fécal, différentes substances essentielles comme les minéraux. L’augmentation de la dose de probiotiques provoque l’effet inverse : les patients sont à nouveau constipés et doivent être traités avec des laxatifs.

L’administration de yaourts contenant une souche de Lactobacillus acidophilus et des fibres de lactitol* permet de réduire les problèmes de constipation chez les personnes âgées hospitalisées.

Cet effet contre la constipation n’a été obtenu qu’avec des bactéries vivantes.

Des effets bénéfiques sur les problèmes de constipation ont également été observés en utilisant des souches de Bifidobacterium comme probiotique.

 

- Activité anticancérigène  

Certaines bactéries utilisées comme probiotiques, les Lactobacillus, possèderaient même une activité anticancérigène.

Les propriétés anticancérigènes de ces souches bactériennes peuvent être classées en deux catégories : la prévention de l’initiation d’un cancer et la suppression des cellules tumorales.

Les souches lactiques agissent sur la prévention de l’initiation d’un cancer soit en détruisant des substances précancérigènes présentes dans l’organisme telles que les nitrosamines, soit en inhibant des bactéries présentes dans le tractus digestif productrices d’enzymes tells que la β- glucosidase, la β-glucuronidase, l’azoréductase et la nitroréductase qui catalysent la conversion de substances précancérigènes en substances cancérigènes.




Où trouve t'on les probiotiques ?

Les probiotiques peuvent être trouvés dans :
 
  • *les produits de la mer : poissons fumés, filet frais...
  • les produits carnés : jambon, saucisses
  • *Fromages
*
  • *Jus de fruits