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Laboratoire "Ailleurs"
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Identité - Localité AILLEURS Territorialités - Normes - Transferts
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"La vie est ailleurs"... Milan Kundera.
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Projet scientifique
Motivations générales L'équipe « AILLEURS » soumet un projet de poursuite et développement d'une orientation rouennaise déjà éprouvée. Le LEDRA créé par J. Gallais, avait porté son effort sur divers aspects de l'ancienne géographie tropicale comme P. Gourou l'avait élevée. A l'attention portée aux techniques d'encadrement pour combattre le «racisme climatique » avait été ajoutée la recherche de systèmes dessinant des « écologies culturelles », à travers ce qui commençait à se nommer « espace vécu ». Cette orientation aboutit à prendre en compte la variété des formes de la distance de sorte que l'expression « culturelle » des représentations de l'espace prit un tour à la fois social, économique et politique. De quoi réviser notablement le champ de la géographie du développement puis de la géographie du politique dans les domaines étudiés (principalement Inde et Afrique sahélo-saharienne). L'interprétation des « crises » écologiques ou politiques fut en particulier l'objet d'une révision radicale : sécheresse, urbanisation, frontière... ont été les sujets de travaux d'étudiants et d'enseignants chercheurs jusqu'à l'organisation d'un colloque sur la pauvreté et la violence puis la publication du livre « Terres de violence » en 1994. Depuis le départ de J. Gallais puis l'entrée nécessaire de l'équipe LEDRA dans l'UPRESA puis UMR puis FRE « IDEES », la lisibilité de cette orientation a été progressivement effacée au moment même où ces thèmes, ces problèmes et ces outils ont connu une extension mondiale, tant dans les réorientations de la géographie anglo-saxonne (cultural studies) que dans l'émergence d'une géographie dite post-coloniale attachée à la « symétrie » (subaltern studies), si nécessaire dans la pratique des sciences humaines et sociales hors d'Europe et de ses extensions. A ceux qui ont tenu ces problématiques à jour, il a semblé que l'abandon de cette avance et de cette originalité (du moins en France) était contre-productive et que les modes de gouvernement de la recherche locale en « géographie » ne pouvait conduire qu'à un affaiblissement et une dilution dans l'ordinaire. Lorsque se présentent à l'actualité les questions graves de la définition même des sociétés avec les lieux comme repères d'inclusion ou d'exclusion, lorsque la cohabitation n'est plus que co-présence sans régulation supérieure légitime à tous, lorsque à toutes les échelles, des quartiers de la ville aux territoires ethniques et même aux aires culturelles, les formes spatiales sont instrumentalisées dans les mobilisations politiques, prétextes à violence, enjeux généralisés (« mondialisation culturelle »), les approches éprouvées donnent quelques résultats. Ils ont été valorisés par des collaborations transdisciplinaires (sciences politiques, sociologie, anthropologie, histoire) en France et surtout hors de France. Cette reconnaissance qui permet d'affirmer l'existence et la valeur des recherches menées et à poursuivre, s'institutionnalise par la mise en place d'un réseau unissant des chercheurs indiens, africains, américains, japonais, européens. Ce réseau « Identité-Localité » s'organise autour d'un point de nouveau départ, manifestation inaugurale : le séminaire « Actualité de la géographie culturelle», pour une géographie culturelle sans culturalisme, réuni à Rouen en février 2006. Ce réseau est collectivement attentif à la relation social-spatial lorsque l'association des deux n'est pas posée comme un simple jeu de miroirs. La réalité des sociétés étant faite en partie de ce qu'elles pensent et disent d'elles-mêmes, ce qu'elles conçoivent de leur espace et de leur relation à des formes spatiales qui leur sont étranges doit occuper les travaux à venir. Si le monde est unifié (globalisation), il n'est pas pour autant homogène : comment la diversité se rencontre-t-elle et pour produire quelle forme intégrée ? Proposer un début de réponse à cette question est notre motif principal.
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Orientations cardinales
Les thématiques et régions sur lesquelles portent les recherches des membres de l'équipe renvoient à cet héritage du LEDRA et plus spécifiquement aux postures de recherche des membres fondateurs de la nouvelle équipe, enseignants-chercheurs et doctorants. Si les opérations de recherche témoignent d'une grande variété, 3 orientations peuvent néanmoins être dégagées qui structurent démarches et travaux dans leur ensemble. Elles permettent également une entrée transdisciplinaire, qui se traduit par le rattachement à l'équipe de chercheurs non géographes ou leur participation à des projets élaborés en commun. Les 3 orientations cardinales : Territorialités, Normes, Transferts se fondent sur des transversalités thématiques et des entrées géographiques qui soulignent, à travers la diversité des situations, la cohérence problématique et épistémologique d'ensemble. Transferts Normes Territorialités Aux confins de ces trois cardinaux, et pour affirmer la proximité possible des « ailleurs », une expérience rarement partagée est néanmoins profitable : tenter l'observation des territorialités familières selon des normes qui nous sont étrangères, c'est-à-dire pratiquer le transfert de l'ailleurs vers l'ici : les concepts sont alors révisés et bien souvent clarifiés, dégagés des schèmes et des réflexes « naturels », c'est-à-dire culturels. Le comparatisme peut avec profit se nourrir d'une telle expérience que l'on nomme décentrement. Par exemple, la mondialisation observée d'un point de vue nomade ou d'un point de vue « diasporé », et non à travers le paradigme inter-étatique, l'urbanité d'ailleurs comme contre-modèle au canon européen aujourd'hui transgressé, les territoires du genre vs. les territoires normés, l'espace social de la maladie vs. l'espace technocratique, l'eau comme arme et non comme ressource... Champ problématique Méthodologies
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Transfert
La question des transferts mérite d'être développée en premier lieu ici car elle constitue le fondement des démarches et des thématiques des chercheurs de l'équipe. Elle gagne d'ailleurs à être explicitée pour mieux positionner les interrogations. Ces transferts renvoient à des angles d'approche variés mais témoignant tous de la réfléxivité croissante qui anime la recherche en sciences sociales, notamment en ce qui concerne les groupes ou sociétés « exotiques ». La notion d'universalité est dès lors revisitée, dégagée à la fois de l'ethnocentrisme européen et du culturalisme. - Les modalités du passage des pratiques et conceptions observées « sur le terrain » à leur consignation « savante ». Quel procès entre les réalités du quotidien, l'imaginaire des sociétés ou encore l'oralité des entretiens et l'écriture des discours scientifiques relatant des « résultats » ? - Les transferts méthodologiques et conceptuels d'une science sociale à une autre : les entrées spatiales, temporelles, économiques, philosophiques, anthropologiques, sociologiques... ne peuvent être envisagées comme un découpage de la société étudiée en strates qui se présenteraient comme des domaines fermés et réservés dans la mesure où les sociétés sont toutes pluri-dimensionnelles. En même temps, les disciplines apprécient différemment les concepts utilisés et les histoires disciplinaires ont pu engendrer des tabous ou des oppositions théoriques dont le dépassement ouvre bien souvent des pistes inexplorées. Les transferts d'expériences, d'angles d'approches différents mais néanmoins complémentaires, ne valent-ils pas d'être tentés ? - L'expertise de l'expertise : face au transfert de modéles européens (occidentaux) pour régler des problémes dans les sociétés exotiques, une réflexion s'impose sur le continuum idéel/matériel des sociétés. Ainsi les fréquents échecs des programmes de développement économique, de gestion sanitaire... donnent-ils à voir une appréciation insuffisante de l'environnement global des sociétés « traitées ». En amont de l'expertise, un travail doit être mené sur la diversité des réponses apportées par les sociétés aux problèmes communs à toutes les sociétés : nourriture, habitat, santé, sacralité, pouvoir...L'expertise de l'expertise peut s'apparenter ici à l'analyse critique des solutions préconisées par les détenteurs de la connaissance scientifique et à la compréhension en situation des savoirs des sociétés locales. - Dans cette perspective, la question du développement qui a constitué un thème majeur dans les travaux dédiés aux sociétés non occidentales (désignées selon les époques comme « sous-développées », « en développement », « pauvres », « des Suds ») peut être renouvelée par une approche culturelle englobante : les schémas de développement issus de l'expérience historique et spatiale européenne conviennent-ils à des sociétés qui sont nos contemporaines, qui vivent dans un monde à la fois unifié et non homogène ? C'est à la question de la diversité des conceptions du monde que peut s'attacher la problématique du développement, sans pour autant écarter mutations et comparatisme. - Le transfert didactique peut se présenter comme la rencontre de la conception du monde connu par cartes et livres - devenu savoir scientifique « donc » universel car « mesurable et vérifiable » - et des savoirs « locaux » ou « traditionnels ». Cette rencontre et cet écart, loin de se produire uniquement dans l'enseignement de la géographie aux fins fonds du désert ou de la brousse, existent aussi dans les sociétés occidentales. (des constructions théoriques aux pratiques et inversement). - Enfin, mais de façon centrale, la question du transfert se pose sur le plan méthodologique et épistémologique. En effet, si l'activité de recherche ne peut se concevoir sans recours aux concepts, ceux-ci méritent d'être clarifiés avec grand soin. En effet, des concepts couramment utilisés peuvent se révéler être des modèles. Ainsi penser le politique hors des institutions qui nous sont familières requiert-il une vigilance considérable pour dépasser les fausses évidences : l'apparence des objets ou des situations ne suffit pas sous peine de projeter nos propres schèmes sur des conceptions différentes. Doublant ainsi le problème de la transposition des concepts d'une situation culturelle ou historique à une autre, celui de la traduction : traduire des mots ne se résume pas à une simple transposition lexicale. C'est une affaire de concepts et de ... conception. En effet, l'on sait désormais que la sémantique renvoie à un environnement culturel au sens large, à une façon de voir donc d'interpréter le monde. Pourtant, nous croyons à la traductibilité mais en prenant en compte tant l'« impensé » d'ailleurs que l' « impensé » d'ici. A retenir ici le caractère relatif des notions d'ailleurs et d'ici, situées hors des métriques euclidiennes. Retour
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Normes
« Ici », « Ailleurs » ne renvoient pas seulement à l'espace mais revêtent aussi une connotation normative. Ces désignations banales rejoignent en fait métaphoriquement et pratiquement les formes de la distance. - La distance n'est pas relative à sa seule mesure euclidienne, laquelle est largement insuffisante pour exprimer le rapport à l'espace des sociétés. Ainsi les distances anthropologiques intéressent-elles aussi les géographes : espacements, limites dépendent des normes sociales qui varient en fonction des sociétés qui les édictent et les vivent, mais aussi des époques. Dans cette perspective, la production d'idéologies spatiales constitue un champ privilégié pour comprendre les conceptions de l'espace, les conceptions du monde. - La thématique des normes réclame un double décentrement pour envisager d'une part la différenciation des sociétés entre elles et d'autre part la différenciation interne aux sociétés. L'universalisation des cadres de pensée européens nous a conduit bien souvent à penser le monde selon une logique et une rationalité uniques. Or, « le monde est plus grand que nous le pensons » (A. Berque) et la pensée scientifique s'inscrit elle-même dans un cadre culturel et historique singulier. Appréhender la question de l'espace-temps oblige à observer la production de configurations spatiales et de cadrages temporels très différents de ceux qui obéissent à la norme la plus fréquemment rencontrée. L'illusion de l'uniformisation culturelle issue de la diffusion d'un ordre économique et technologique mondial (c'est-à-dire occidental) peut résulter de l'interprétation d'apparences matérielles ou encore de la façon d'élaborer le questionnement. - La patrimonialisation présente un faisceau de questions soumises à la problématique des normes. Invention européenne et nord-américaine, l'idée de patrimoine culturel et naturel s'inscrit dans un rapport au temps et à l'espace singulier. Pourtant, le souci patrimonial est devenu « universel » mais à bien y regarder, la conception linéaire du temps, l'attachement aux traces matérielles ou encore les représentations de l'homme dans la nature (lesquels sont propres à l'occident moderne) orientent ce processus de patrimonialisation dans le monde. L'idée de patrimoine se trouve projetée, plaquée sur d'autres visions qui peuvent être fort différentes de la norme internationale imposée via l'Unesco. Dans le même temps, à la fois comme un paradoxe et comme une conséquence logique, de nombreux pays colonisés accordent à l'urbanisme colonial une place essentielle dans leur patrimoine... C'est que la question de la patrimonialisation rejoint deux thématiques pré-citées : le développement économique (par le biais de l'exploitation touristique) et les idéologies spatiales (par le biais des critères retenus dans le choix des opérations de valorisation patrimoniale). Retour
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Territorialités
La territorialité apparaîtra sans doute comme l'axe le plus explicitement géographique. Pourtant, si elle vient en troisième place ici, ce n'est point pour ménager la susceptibilité de nos collègues des autres sciences sociales. Le traitement de l'espace n'est pas chez nous exclusivement affaire d'étendue mais aussi de conceptions, de représentations et de controverses (territorialités). La territorialité est définie ici comme relation de la société à l'espace et plus précisément au lieu : le « territoire » ne peut être isolé de la société qui l'imagine, le produit et l'anime. Par ailleurs, la relation constante entre espace et société qui définit la spatialité ne peut être séparée des territorialités plurielles. - Les configurations les plus banales méritent d'être examinées dans la double perspective de la singularité et de l'universalité. Ainsi en est-il de la ville ou plutôt de l'urbanité dont la diversité des formes renvoie à un concept commun autorisant à reconnaître des « villes » partout ou presque. De la même façon le nomadisme dépasse-t-il le nomadisme historique pour atteindre la compréhension d'une acception de la territorialité très différente de celle des conceptions d'un espace de ressources allouées. La mobilité, le mouvement peuvent alors être envisagés pour des situations apparemment aux antipodes de celles des groupes nomades « classiques ». Dans cette perspective, la dialectique territoire/réseau qui avait pu constituer une phase de conceptualisation des nouvelles géographies cède la place à une dialogique permettant de comprendre d'autres configurations et d'autres représentations de l'espace et du temps. - Le terme territorialité se décline plutôt au pluriel dans les sociétés. Face à une conception de l'espace dominante, se développent des conceptions transgressives qui bien souvent, au demeurant, donnent toute sa valeur au mode spatial dominant. Les territorialités subalternes, les controverses territoriales, ne peuvent être envisagées comme des marges mais bien comme les éléments constitutifs des situations globales. De la même façon, les changements ne peuvent être abordés comme la désagrégation d'un état authentique mais comme la participation de toute société à la dynamique temporelle. La production d'espaces nouveaux, la mutation des configurations socio-spatiales existantes ne témoignent pas du péril des sociétés. « Ailleurs » (qu'en occident) n'est synonyme ni de tradition, ni d'immuabilité. Retour
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Méthodologie
Comparatisme En géographie, comparer est une opération banale. Cependant, la comparaison se limite le plus souvent à la juxtaposition d'études de cas, de situations ou encore à la mesure de caractères. La plupart des comparaisons sont opérées sans réflexion sur la méthode utilisée. Il en résulte un regard très orienté car comparer consiste le plus souvent à observer ce que l'on ne connaît pas en se référant à ce qui est familier. De plus, les choix opérés sur les éléments les plus significatifs à retenir orientent les résultats qui conduisent surtout à mesurer l'écart par rapport à la norme, en l'occurrence ce qui se passe ou s'est passé « ici ». Ainsi les modèles indiscutés utilisés pour mesurer les faits démographiques ou économiques dans le monde, s'inspirent-ils des réalités et de l'évolution occidentales. Il en va de même de même dans les domaines moins mesurables et plus « axiologiques » du politique, de l'éthique, de l'identité, globalement le domaine des formes que peuvent prendre les fondements sociétaux. Si les travaux des géographes présentent des faiblesses dans ce domaine, une réflexion véritable sur le comparatisme comme méthode s'impose. Des recherches menées dans d'autres disciplines apportent des éléments transposables à nos problématiques. En effet, historiens et anthropologues ont conjointement participé à l'élaboration de « comparables » en dégageant leurs objets des fausses évidences. Ainsi ont-ils réfléchi à la comparaison des modes de pouvoir, à celle des productions territoriales... en s'écartant des institutions ou modes de territorialisation qui nous sont connus. Ces travaux ont mis en évidence l'importance du concept pour évincer les modèles et les schèmes supposés fonctionner en tout lieu ou toute époque. La re-conceptualisation est apparue comme une condition sine qua non de compréhension du singulier : maîtriser la connaissance de l'idée générale, du concept, permet d'approcher les « particularités locales ». Les échanges transdiciplinaires s'avèrent ici particulièrement fructueux, anthropologues et historiens rencontrant la même étrangeté culturelle. Ailleurs, dans le temps ou dans l'espace, les repères trop connus conduisent souvent à de fausses pistes. Ainsi les chercheurs de notre équipe éprouvent-ils cette nécessité de prendre quelque distance vis-à-vis des conceptions occidentales familières pour mieux comprendre les autres. Il est vrai que la diffusion des valeurs par l'Europe et a fortiori l'inscription même des sciences de l'homme et de la société dans la culture européenne, constitue un obstacle supplémentaire à ce décentrement. Néanmoins, les échanges et contacts ne se traduisent jamais par une simple adoption par les « dominés » de la manière de penser des « dominants ». Les « branchements » identifiés par l'anthropologue J.L. Amselle attestent de flux complexes qui sont le signe de possibles inversions des références. La méthode comparatiste se trouve bien face à deux écueils : le culturalisme et l'ethocentrisme européen qui se pense comme universalisme. L'efficacité du comparatisme dépend de notre capacité à surmonter ces obstacles, c'est-à-dire à re-conceptualiser. Constructivisme Rien n'est donné, tout est construit, les concepts et les modèles que la recherche géographique peut utiliser sont en prise avec un monde partagé : celui de l'observateur et celui de l'habitant ou du passant. Il se trouve que c'est le même mais qu'ailleurs, le chercheur se retrouve le plus souvent en situation d'apprentissage, plongé en pleine expérience cognitive qui l'amène à réviser ce qu'il sait ou croit savoir. Le positivisme étant pris en défaut dans la tentative de restituer les motivations de la vie ordinaire avec l'espace comme une de ses dimensions et dans les innombrables opérations de transferts dites de développement, nous préférons ce « constructivisme » réaliste portant sur les choses qui sont là, et conservant à l'esprit que les raisons ne sont pas des causes. Plus proche de la réalité vécue et de la confrontation des réalités qui doivent désormais se combiner et s'arranger, le chercheur constructiviste mais réaliste fait une place importante à la négociation des savoirs et des arguments, interroge en situation et en contexte plutôt que par questionnaire et comptage. L'espace « construit » n'est pas, loin s'en faut, exclusivement matériel et son « étendue » n'est pas que physique. L'espace mental qui n'est pas seulement individuel mais aussi « idéel » (idéologique) ouvre la compréhension de l'espace technique et de l'espace social par l'usage de raisonnement d'actions (localisées) que nous cherchons à établir. Malgré l'usage habituel des cartes comme sources, le surplomb du « géographe » n'est jamais assuré. Le constructivisme permet de reprendre un travail d'épistémologie de la représentation dont la représentation cartographique, qui donne à l'écriture géographique une place que lui avait retirée l'examen des seuls discours (idéologie, modèles). Cette écriture qui restitue une expérience est une traduction comme résultat d'une négociation et non une épuration comme d'autres postures scientifiques plus courantes dans les sciences humaines et sociales ont pu en produire. La complexité ne s'y réduit pas à une modélisation formelle élaborée, mais exprime le besoin de concepts qui ne soient pas des « copies de la réalité », plutôt des intermédiaires pour combler les creux de l'expérience imparfaitement partagée où se fonde la connaissance. Dans nos travaux, cette posture se signale par le besoin de révision des concepts admis dans la discipline et bien souvent confondus avec des modèles ou des types idéaux établis sur la base de l'expérience européenne (voir plus haut). L'urbanité plutôt que l'urbanisation morphologique, l'espace mobile produit plutôt que l'espace méthodologique légal, les stratégies plutôt que les déterminations, la poly-localité plutôt que l'ancrage dans la formation de l'identité, l'horizon plutôt que la frontière comme limite, les lieux comme ressources symboliques plutôt que seulement localisation de ressources matérielles... tout ce qui peut constituer le « capital spatial » non des lieux mais des individus, groupes, sociétés.
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Actualité du laboratoire
Identité et localité ACTUALITÉ DE LA GÉOGRAPHIE CULTURELLE Hommage à Jean Gallais QUELQUES QUESTIONS ET PROPOSITIONS L'espace n'est pas neutre car il est fait de distances dont les mesures sont prises selon des normes très variables avec les sociétés et même en deçà, avec les âges, les genres, les « classes »... Les pratiques culturelles des lieux sont en jeu dans la définition même de ce qui est proche ou lointain, attirant ou répulsif etc. Cette proposition conduit à reprendre la question de l'identité collective et de son rapport à l'espace par le territoire dont les formes et les contenus sont très variables. Quels sont donc les ancrages matériels et symboliques et comment jouent-ils dans la définition des trajets sociaux par lesquels les individus se reconnaissent un lien, et quel lien ? Quels sont, en définitive, les arrangements par lesquels les « géographies structurales », très collectivement intimes, se retrouvent dans les géographies savantes, quelles soient « vernaculaires » ou « technico-scientifiques » et qui seules fournissent les faits relevés jusqu'alors par les chercheurs en géographie ? Comment identité et localité sont-elles liées et faut-il que dans toutes les sociétés une bijection s'exprime de la même manière de l'identité au lieu comme du lieu à l'identité ? Faut-il même admettre, sans frais, l'évidence éthologique qui fait du territoire un impératif assez peu examiné dans la variété de ses formes ? Les définitions d'identité et de lieu sont touchées par de telles questions malgré l'existence d'une géographie commune qui ne saurait définir des objets de sciences humaines et sociales sans les localiser et les délimiter. Il faudra bien s'en inquiéter. Cette forme de la définition des identités par les lieux perturbe ce que l'on appelle comparaison. D'un côté, cela rend possible l'utilisation de systèmes unifiés de mesures ; d'un autre côté l'assurance manque de la pertinence des objets, lorsque catégories, concepts et modèles « occidentaux » sont appliqués à l'observation de constructions sociales dont les fondements appartiennent à d'autres systèmes culturels. C'est d'abord vrai pour les conceptions du temps et de l'espace. Le débat de l'universalisme et du relativisme reste pourtant stérile : c'est que l'essentialisme est à la base des deux postures. En matière d'identité collective consciente, immanences et transcendances sont objets de discours, mais stratégies et actions pourraient compter plus que les doctrines dans la production finale. C'est pourquoi il est utile de revenir sur la production de l'espace en n'espérant pas trouver dans des lois extérieures aux sociétés, l'explication d'une relation identité - localité, qu'il s'agisse de lois de la nature terrestre en tant que milieu ou de lois de l'espace en tant que surface de transport. Comment donc « cartographier » ces multiples appréciations de l'unité et de la différence qui fondent les territoires et que nous proposons d'appeler « géographie spontanée », pour rendre compte de l'espace des représentations sans se contenter de représentations homogènes mais inégales de l'espace ? Sous la géographie scientifique et sous les géographies vernaculaires, une géographie spontanée anime les petites choses et les petites actions ; ajoutées les unes aux autres, elles finissent par remplir le monde ? Ce Monde-là est l'objet de la géographie culturelle dont la rénovation n'ajoute pas une branche thématique à d'autres branches thématiques de la discipline, mais prend de front les problèmes de norme, de conceptualisation et de modélisation comme le comparatisme maîtrisé l'impose. Les quatre ateliers proposés pour mener ces réflexions devraient permettre d'avancer. Le premier sera consacré aux formes variées de la distance et constituera un hommage à Jean Gallais. Le second examinera les productions d'espace au sens qu' « il se produit » quelque chose (qu'on appelle lieu). Le troisième tentera de lever les contraintes portant sur l'opération de représentation (la cartographie) qui ne se réduit pas au report sur une feuille blanche d'une information réduite à l'échelle, même variable. Enfin, pour provisoirement boucler la réflexion commune, nous verrons comment l'attention portée aux traits de culture qui orientent ces « géographies spontanées » ne conduisent pas fatalement au culturalisme et à l'incomparabilité. La traduction ou la transposition seront au cur de nos problèmes de(re)conceptualisation. ATELIERS Les formes de la distance (hommage à Jean Gallais). L'usage d'un espace méthodologique pour la représentation de l'espace anthropologique n'a été possible que par l'établissement d'une forme standard de la distance et l'adoption du principe de nécessaire espacement. La surface terrestre en a été la référence. Lorsque l'espace n'est pas à l'extérieur des sociétés qui l'habite, mais à l'intérieur, dimension constitutive en quelque sorte, les distances anthropologiques font retour. Quelles en sont les aperceptions et comment pouvons-nous en rendre compte ? Cette question première provient évidemment de ce que les travaux qui nous réunissent sont menés dans et avec des sociétés qui n'ont pas été productrices des cadres de la pensée « scientifique » autorisée. Production de l'espace, espace des représentations, normes et conceptualisation. L'espace des représentations est ce que nous pouvons saisir de la production sociale des distances qui comprend du social au sens restreint, de l'économique, du politique, des héritages historiques plus ou moins vivants, le tout dans un système d'appréciation des dominances que l'on dira « culturel » puisque là sont établies les normes de réception, d'action et de jugement. Comment les champs conceptuels en ressortent-ils ? Cartographies : l'évidence d'un langage universel en question Nous pouvons comprendre l'inversion de démarche privilégiant le phénomène dans l'opération de conceptualisation. Si la surface de la terre a été la référence de l'espace méthodologique dans lequel les représentations de la société ont pris forme, et si la géométrie de ces représentations en a fourni l'axiomatique, comment pouvons-nous accéder à un même niveau d'évidence dans la présentation de l'espace des représentations, c'est-à-dire « cartographier » les sociétés comme elles sont avec l'espace ? La géographie culturelle sans culturalisme La culture n'explique pas. Elle n'est ni une instance disposée en surplomb ni un génie qui sourd par les racines. Faculté humaine de la projection et de la signification par laquelle se jugent les actions, elle est évolutive et stratégique. C'est pourquoi il est utile d'en observer les intersections avec d'autres instances qui la comprennent et qui sont comprises dans elle comme le social, l'économique, le politique...l'historique. L'holisme doux passe par le territoire. Peut-il exister un territoire de la culture en dehors des constructions idéologiques et stratégiques ? Comment les apprentissages lient-ils géographie savante et savoirs communs, explication et action ? Retour
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Informations complémentairesNos coordonnées : Le laboratoire Ailleurs a de nouveaux locaux : salle L301. 02 32 76 94 23 Les statuts : Les statuts ont été votés lors de l'Assemblée Générale du 23 mars 2006.
Le laboratoire Ailleurs a un nouveau site internet http://www.georouen.org/spip.php?article37 |
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Mis à jour le 02/12/2009
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Les activités programmées
1 - un livre collectif 2 - un séminaire des doctorants : Aux marges des normes, Rouen, Juin 2008
3 - Contribution à un numéro thématique des Travaux de l'Institut de Géographie de Reims portant sur la géographie culturelle.
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Les opérations de recherche :
1 - opérations individuelles : thèses et habilitations. 2 - opérations transversales qui recoupent les opérations inividuelles : lieux de la patrimonialisation, diaspora et identités reconstruites, ville et identité, territoires du « tribalisme », ...
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